14/07/2026
Josilonus
Esambe Josilonus
©2026

Henri IV devait-il l'tre ?    


NB. Ce texte a la queue plus grosse que le corps car, pour allŽger l'exposŽ, de nombreuses notes de fin, parfois longues, prŽcisent les rŽfŽrences, compltent les citations ou Žclairent des points annexes. En premire lecture, il sera prudent de les nŽgliger pour ne pas perdre le fil d'une affaire aussi embrouillŽe qu'Žtrangre ˆ notre esprit.

Tous les soulignements sont miens.

Rappelons que le degrŽ de parentŽ civil est la longueur du chemin (montant et descendant) qui va d'un individu ˆ l'autre en passant par leur anctre commun. Le canonique est la distance (nombre de gŽnŽrations) qui les sŽparent de leur anctre commun. Ainsi, deux frres sont au 2e degrŽ civil et 1er canonique.

 

Le BŽarnais a ŽtŽ roi de France. C'est un fait. Et aussi une lŽgende posthume (le bon roi Henri).

Mais ne nous laissons pas embourbonner ! Devait-il l'tre ? Aujourd'hui que la chose est indiffŽrente et que le "bilan" de Henri IV ne nous dupe plus, pourquoi ne pas poser la question ? L'Histoire de France a connu de "bons" et de "mauvais" rois (pas toujours les mmes selon la pŽriode o l'on Žcrit !) et, dans le temps long, nos yeux y voient d'autant moins de diffŽrence que nous comprenons mieux la complexitŽ du systme de pouvoirs dans cette sociŽtŽ primitive, et donc la relativitŽ du roi absolu (Thireau, 1997).

Un autre roi que Navarre Žtait possible. Son triomphe doit beaucoup aux circonstances (succs militaires, divisions de la Ligue, vaines outrances espagnoles, misre et lassitude) que je laisse de c™tŽ pour me centrer sur son droit ˆ la Couronne et les dŽbats partisans dont il fut l'objet, dŽbats polluŽs et souvent envahis par le facteur religieux : celui-ci, terriblement simplificateur, rend superfŽtatoire toute discussion juridique. C'est seulement par l'aval ou l'amont qu'il touche parfois au "constitutionnel". Je ne l'aborderai que sous cet angle.

En effet, sans les minimiser, les passions populaires excitŽes par les prcheurs des deux c™tŽs, sont instrumentalisŽes par les ambitions des Grands. Tout le monde sait les puissants interests, les ialousies & les inimitiez particulires de la Maison de Lorraine contre celle de Bourbon & de Mommorency, qui iecterent les vns dans le party des rebelles, & les autres dedans celuy du Roy. Au commencement de ces divisions il sembloit que ce ne deust estre que de petites querelles entre ces Maisons: mais les vns & les autres ayant ioinct l'interest de la religion, de l'Estat, & de la libertŽ ˆ leurs malveillances privŽes, porterent mille fois la Couronne iusqu'au bort du prŽcipice & de sa ruine (Gomberville, 1620 [1]).

La fin des Valois (1589) ressemble ˆ celle des CapŽtiens directs (1328) : dans un contexte troublŽ par les rŽvoltes nobiliaires et la pression de l'Žtranger, trois frres se succdent dont aucun n'a de fils. Mais le dernier CapŽtien, les filles ŽcartŽes, ne manquait pas de cousins. Ceux du dernier Valois le sont par les femmes. Aussi la loi salique est-elle au centre de la lutte entre les prŽtendants qui nourrissent leur revendication de ses insuffisances. Ce sera la premire (et la dernire) fois qu'elle fera l'objet d'un dŽbat "franco-franais".

Navarre affirme : ... La vraie & certaine loi fondamentale du Ro•aume, pour la succession d'icelui, est la loi Salique, qui est si sainte, parfaite & si excellente [...] Elle est aussi si nette & claire, qu'elle n'a jamais reu d'interprŽtation & exception (DŽclaration du 19 Janvier 1593). C'est faux : la "Salique", ˆ la fois douteuse et fŽtichisŽe, ne dŽsignait pas le BŽarnais de faon indiscutable. Aussi fut-elle disputŽe, ses failles exploitŽes par les uns, comblŽes par les autres, jusqu'ˆ ce que le triomphe de Henri IV dicte, ex post, ce qu'elle aurait dž dire. Gardons-nous de rŽtropoler !

Pour permettre au lecteur de se repŽrer dans la confusion d'une question alors mal perue et, de plus, compliquŽe par les circonstances, je reconstitue dans le schŽma suivant la problŽmatique rationnelle de la dŽvolution de la couronne. Je mets en gris les cases ˆ cocher pour justifier Navarre. Elles dŽfinissent le contenu final de la "loi salique" :


succession ("Dieu") ou Žlection ("peuple")?

1 Žlection

 

11 validation (explicite ou implicite) du successeur "naturel"

 

12 choix au sein de la famille royale ou ad libitum

2 succession (automatique et immŽdiate)

 

21 hŽrŽditaire ou linŽale?

 

 

211 hŽrŽditaire (ˆ partir du dernier roi) : l'a”nŽ des descendants ou, ˆ dŽfaut, le parent collatŽral le plus proche

 

 

212 linŽale (ˆ partir du premier roi) : le mieux placŽ dans la hiŽrarchie des lignŽes royales et des personnes en leur sein

 

22. cognatique ou agnatique?

 

 

221 cognatique avec prioritŽ des m‰les

 

 

222 agnatique : fils de fils


Les propagandistes de Navarre se servent du droit des m‰les pour restreindre la compŽtition (section I) et du droit du sang lignager pour la soustraire aux dŽcisions humaines et mettre hors jeu les rgles d'hŽritage (section II).


I. Le droit des m‰les

Lorsque, en 1584, la mort du dernier frre de Henri III lui ™te son successeur naturel, pourquoi ne pas le remplacer par un descendant de fille royale, parent tellement plus proche du roi que Navarre ? (¤1.2) Cette interrogation renvoie ˆ la querelle anglaise que nous commencerons par Žvoquer rapidement pour prendre ˆ ses dŽbuts une "loi salique" dont l'origine, le statut (loi, coutume, routine, imposture ?) et la signification restent flous : les filles ne rgnent pas, cela concerne-t-il leur fils ? (¤1.1).

1.1. La loi salique

Esquissons l'arrire-plan historique (a) avant d'examiner le "ventre mou" de la Salique (b).

a) position du problme

ET la premiere specialitŽ que j'y trouve bonne, est qu'iceluy royaume va par succession masculine, sans pouvoir tumber en main de femme, selon la loy que les Franois appellent Salique, qui est une tres bonne chose: Car tumbant en ligne feminine, elle [le royaume] peut venir en pouvoir d'homme d'Žtrange [Žtrangre] nation. Aussi venant les successeurs de masle en masle l'heritier est tousiours certain... encores qu'il soit en loingtain degrŽ, & qu'il y ayt filles du defunct.

Au dŽbut de sa Grand'Monarchie (I, 7), publiŽe en 1515 et rŽŽditŽe sans cesse au cours du sicle, Seyssel Žnonce ainsi cette loy que les Franois appellent Salique par laquelle, les filles exclues de la Couronne, celle-ci passe du pre au fils et, si le roi dŽfunt n'en a pas, le collatŽral le plus proche la reoit, encores qu'il soit en loingtain degrŽ.

Cette "loi salique" dont les prŽmices datent de la fin XIVe-dŽbut XVe ne sera gure utilisŽe alors contre les Anglais [2]. Elle s'inspire de la succession de Philippe le bel, dŽbut XIVe. Un texte de 1464 (Pour ce que plusieurs [3]) popularise l'argumentaire : imprimŽ ds 1507, mis ˆ profit par Gaguin et Paul-Emile, historiographes de fantaisie, il est attribuŽ ensuite ˆ Seyssel lui-mme et inclus dans l'Ždition 1557 de sa Grand'Monarchie, ce qui, quoique faux, ne manque pas de sens car Seyssel, le premier, traite la Salique comme une loi fondamentale en la dŽcontextualisant (combien qu'en autre temps cy devant y ait eu grans questions & diffŽrens pour telles occasions, dont s'en sont ensuyvies grans guerres, persecutions & dŽsolations au royaume, toutesfois c'estoit plus par autres occasions).

de Philippe le bel ˆ Henri III

Le schŽma ci-dessous montre que, historiquement, le cas le plus frŽquent est la transmission verticale (en trait plein), mais parfois, ˆ dŽfaut de fils, elle s'opre de frre ˆ frre, voire de cousin ˆ cousin (trait pointillŽ) :

Aprs la mort du dernier fils de Philippe le bel en 1328, la couronne Žchoit ˆ son cousin germain, Philippe de Valois, parent au 4e degrŽ (civil). S'ensuivent six successions directes jusqu'ˆ Charles VIII dont les fils ne vivent pas.

La Couronne remonte alors quatre gŽnŽrations (Charles V) et en descend trois pour trouver un cousin OrlŽans, parent du roi dŽfunt au 7me degrŽ (civil) : Louis XII.

Celui-ci n'a que deux filles et son successeur, Angoulme (Franois I) est Žgalement au 7e degrŽ.

Henri II laisse quatre fils vivants qui resteront sans hŽritiers. Trois rgnent ˆ la suite (Franois II, Charles IX, Henri III) et lorsque, en 1584, le dernier prŽdŽcde ˆ son frre qui lui-mme n'a et n'aura pas d'enfant, la dynastie Valois est condamnŽe ˆ l'extinction puisque sa ligne cadette issue du frre de Philippe VI, Charles II d'Alenon, cousin au 13e degrŽ de Franois Ier, a dŽjˆ trouvŽ sa fin en 1525 (cf. Michon, 2011).

Dans de telles conditions, la tradition aurait dŽvolu la Couronne ˆ Henri de Bourbon, chef de sa Maison, lointain descendant de S.Louis, roi en titre d'une Navarre fant™me [4], ŽlevŽ ˆ la Cour avec les enfants royaux, Žpoux d'une fille de Henri II, si les temps n'avaient ŽtŽ tellement troublŽs par les oppositions confessionnelles dont jouent des ambitieux plus soucieux de rivalitŽs de pouvoir que de la messe. Les peuples, eux, s'Žmeuvent. L'art et l'hystŽrie des propagandistes et des prcheurs exacerbent la crainte "identitaire" de voir la religion ancestrale annihilŽe par la concurrente.

Navarre doit rester huguenot pour avoir un parti ˆ l'intŽrieur et des secours de l'extŽrieur (Angleterre et Princes protestants) : ce faisant, il se rend inacceptable pour les catholiques dont une partie mŽritera le sobriquet de catholigues. Aussi la succession est remise en cause et le droit de Navarre combattu.

les troubles du 2nd XVIe sicle

 Entre le Tumulte d'Amboise (1560) et la conversion de Navarre (1593), les principaux moments sont : la S. BarthŽlŽmy (1572) ; la mort de l'hŽritier prŽsomptif (1584) ; l'insurrection parisienne contre Henri III (mai 1588), l'exŽcution des Guise par ce dernier (Blois, dŽc. 1588), l'assassinat du roi (aožt 1589), l'intervention armŽe espagnole et les "Žtats gŽnŽraux" de la Ligue (ˆ partir de janvier 1593).

La pŽriode 1584-94 est paroxystique. Outre les pŽripŽties militaires, catholiques et huguenots, guisards et royalistes, fanatiques et "politiques", s'affrontent sur le terrain idŽologique. D'aucuns contestent ou nient la Salique, d'autres profitent de son flou pour la formuler ˆ leur grŽ : aprs 1584, l'enjeu est le roi futur. Dans l'Histoire de la Salique, la succession de Philippe le bel ( 1314) importe moins que celle de Henri III : elle fait alors l'objet d'une polŽmique entre Franais. EpluchŽe, dŽnoncŽe, enrichie, et, bien loin de ses origines, elle reoit sa forme dŽfinitive de l'avnement de Navarre. Son triomphe valide a posteriori les critres qui le justifient. The fundamental laws of succession were less well defined in the sixteenth century than has been generally supposed [...]. The decade 1584-1594 was in fact the critical period for the definition of these laws (Baumgartner, 1973[5].

NŽgligeons les chansons, les vers et les dessins. Une immense littŽrature anonyme (cf. BibliographieÑ sources), allant du bref pamphlet au long traitŽ, contient plus de pŽdanterie, de rŽpŽtitions, de poncifs et d'invectives que de raisonnements. Elle ne se laisse pas facilement exploiter car, derrire chaque opinion, g”t un prŽtendant, souvent implicite puisque le discours se donne l'air de dŽfendre un principe. Que le m‰le le plus proche succde au roi dernier mort, est d'application incertaine lorsqu'il n'y a pas consensus sur la personne.

Parmi tous ces auteurs, je privilŽgierai de Belloy, le dŽvouŽ et courageux dŽfenseur de Navarre [6] : quoiqu'il s'englue trop volontiers dans les citations bibliques et l'histoire ecclŽsiastique, ce lourd juriste a le souci de motiver en droit sa position. Il publie sous la signature d'un Catholique, Apostolique, Romain, mais bon franais & trs fidle sujet de la Couronne de France. De l'autre c™tŽ, DorlŽans [7], l'un des plus connus  polŽmistes de la Ligue, brille plus par l'ironie et la virulence que par l'argumentation. Sa palinodie de 1604 (Remerciement au roi) prendra l'excuse facile de la religion (i'etois un pauvre Catholique insensŽ d'amour).

b) tare congŽnitale de la Salique

La voici : les raisons qui excluent les filles ne valent pas contre leur fils.

fille-roi ?

De Capet ( 996) ˆ Philippe le bel ( 1314), tous les rois ont engendrŽ un ou plusieurs fils, parfois trs laborieusement comme Louis VII (trois mariages et un miracle). Louis X le Hutin ( 1316) a une fille et un fils posthume qui ne vit pas : la petite Jeanne sera-t-elle roi ? Enfant du roi dŽfunt,  elle devrait supplanter le frre de celui-ci.

En principe, qu'elle ait seulement quatre ans n'empche rien : jusqu'ˆ sa majoritŽ un RŽgent gouvernerait pour elle, vraisemblablement son grand-pre maternel, le Duc de Bourgogne, qui d'abord soutient sa cause, avant de se laisser acheter par Philippe. MalgrŽ les bruits qui ont couru (tour de Nesle), son pre a reconnu sa lŽgitimitŽ. Les Grands aussi, et ils la traitent en fille de roi.

Rompra-t-elle la continuitŽ des m‰les ?

La question est sans prŽcŽdent en France : aucune doctrine ne fixe la rŽponse. Comme l'Žcrira bien plus tard (1733) l'anglophile Rapin-Thoyras De ce quÕil nÕy a jamais eu en France de Reine qui ait portŽ la Couronne de son chef, & par son propre droit, il ne sÕensuit pas nŽcessairement que les Femmes nÕaient eu aucun droit ˆ la Succession; comme on ne pourroit pas dire en Angleterre, quÕun boiteux ou un manchot ne peut monter sur le Trone, sous prŽtexte quÕen ce pa•s-lˆ il nÕy a jamais eu de Roi boiteux ou manchot [8].

 Certes, partout, en ce temps, le m‰le prime la femelle et, ˆ ŽgalitŽ de degrŽ, s'ils sont en concurrence pour un hŽritage, il l'efface. Mais, en gŽnŽral, en l'absence de m‰le, la femme hŽrite. Cela se rencontre rŽgulirement en matire de fiefs.

Ici, cette possibilitŽ ne se rŽalisera pas : Philippe, l'Žnergique oncle de la fillette, nŽgocie avec ses rivaux et s'empare de la Couronne [9]. Quand il meurt, son frre Charles l'imite. Toutes les petites-filles de Philippe le bel ont ŽtŽ court-circuitŽes [10]. C'est un fait accompli. DŽfinitif. Sans phrases ni Salique : des rapports de force sanctionnŽs par des "assemblŽes" ad hoc ont suffi.

Par consŽquent, lorsque dŽcde le dernier CapŽtien direct, Charles IV, la Couronne ne retourne pas ˆ Jeanne ou ˆ son fils. Non, elle arrive au cousin Valois dont Edward III d'Angleterre, unique petit-fils de Philippe le bel, dŽnoncera l'usurpation. On inventera aprs coup les arguments qui auraient pu tre ŽchangŽs et leur mise en scne. Les opŽrations militaires (Poitiers, 1356) et leur conclusion diplomatique aussi inespŽrŽe que temporaire (TraitŽ de BrŽtigny-Calais, 1360 [11]) s'en passent :  ƒdouard renonce ˆ la Couronne de France en Žchange de la souverainetŽ sur lÕAquitaine. Lorsque la guerre reprendra, on ne parlera plus de la Couronne.

Ds 1328, Isabelle, malheureuse et vindicative Žpouse d'Edward II, dŽnonant l'usurpation du Valois au nom de son fils mineur, avait commencŽ des prŽparatifs militaires que ses difficultŽs avec les barons en Angleterre l'obligrent ˆ abandonner. Aussi, en 1329, elle dŽfŽra aux sommations franaises et envoya le jeune Edward, profil bas, prter hommage au Valois pour la Guyenne, le reconnaissant par lˆ comme roi et suzerain. Mais quand Philippe VI confisqua la Guyenne (1337), Edward, son pouvoir assurŽ et les Ecossais battus, relana la guerre sŽculaire contre la France, s'en proclamant roi : a war measure pure and simple (Lowe, 1901) qui lui procure une commode couverture ; a bargaining tool (Taylor, 2011) pour obtenir la souverainetŽ sur la Guyenne [12].

La "loi salique" que les Franais opposeront au XVe sicle au droit d'Edward est ˆ double dŽtente : l'exclusion des filles et femmes  provoquerait en Žcho celle de leur fils (et donc de l'Anglais). Le premier temps est bizarre, le deuxime problŽmatique.

Les Franais exhibent un code salique que quelqu'un aurait vu dans un certain monastre. Bien qu'il soit relatif aux conflits entre particuliers et que les cinq premiers alinŽas du titre 62 relatif aux Alleux admettent les femmes ˆ dŽfaut de m‰les, ils prŽtendent que le sixime (62.6) rgle la dŽvolution de la couronne parce que terra salica (mystŽrieuse expression) dŽsignerait le Royaume : De terra salica nulla portio hereditatis mulieri veniat, sed ad virilem sexum tota terr¾ hereditas perveniat. Certes, cette "loi" obscure lŽgitime a posteriori les frres du Hutin et les Valois mais, quoi que signifie terre salique, les mots toujours citŽs concernent les femmes, non leur fils. Qu'ˆ cela ne tienne, les Franais extrapolent. Alors que le texte oppose clairement une femme et un homme, ils gŽnŽralisent : mulier signifierait "ligne fŽminine" et virilis sexus "ligne masculine". Le fils reprŽsente sa mre, ils sont la mme personne. L'exclusion de l'une est celle de l'autre.

Dans le texte des prŽliminaires et du TraitŽ de Troyes (1420) qui assure la Couronne ˆ Henry V d'Angleterre, les Anglais victorieux Žvitent soigneusement d'argumenter : Was the 'heirship' which Henry now held an acknowledgement of the validity of his earlier claim to the French throne, and by implication that of his predecessors from Edward III onwards? Or was it a new right created by the treaty of Troyes? This issue was, I think, kept deliberately vague in the treaty... there is no mention of this English hereditary claim to France in the treaty itself (Curry, 2008, p.24). Cela n'empche pas les Franais du Dauphin de revenir sur le terrain juridique de plusieurs c™tŽs ˆ la fois : i) la Salique ne permet pas ˆ Catherine de recevoir et transmettre la Couronne [13] ; ii) elle en exclut Edward III et ses descendants ; iii) de toutes faons, Henry V n'a pas droit ˆ l'hŽritage d'Edward [14].

Le point central est le second. Selon l'expression de l'illuminŽ Postel (1552) [15], la phlŽbotomie opŽrŽe par la Salique prive le roi de la moitiŽ de son sang, mais ce sang expurgŽ ne conserve-t-il pas, en lui-mme, son excellence ? Voilˆ le hic.

de la mre au fils

At first glance, the Salic Law seems an odd choice (Taylor, 1998) [16] car, paradoxalement, elle profite aux Anglais ! Ceux-ci, ds le dŽbut, approuvent la mise ˆ l'Žcart des filles (sans quoi Jeanne serait roi) et partagent les lieux communs misogynes qui l'accompagnent. Seulement, disent-ils, le fils d'une fille est un m‰le et donc ad virilem sexum tota terr¾ hereditas perveniat dŽsigne Edward III. Que la faiblesse du sexe, sa soumission biblique ˆ l'homme, les dŽfauts intrinsques qu'on lui prte ˆ plaisir, Žcartent les femmes, soit ; leur fils n'en est pas une !

Les Franais, pris ˆ leur propre pige, rŽpondent par une fausse Žvidence : Isabelle ne saurait transmettre ˆ son fils un droit qu'elle n'a pas elle-mme. Elle ne fait pas pont et planche.

Cela se discute car un Fol est incapable d'exercer une Charge hereditaire ˆ sa Famille mais cela n'empche pas que son Fils, qui ne sera pas fol, ne soit capable de l'exercer [17].

En effet, la Couronne de France ne vient pas ˆ Edward en reprŽsentation de sa mre, il la rŽclame de son propre chef, en tant que plus proche descendant de Philippe le bel car en l'a•eul est la source du droit de l'hŽritier (Navarre, plus tard, ne dira pas autre chose).

Que la revendication d'Edward ait ŽtŽ tactique (bouclier de son entreprise militaire), chevaleresque ou opportuniste (Guyenne)  [18], il faut bien, malgrŽ la tradition nationale franaise, reconna”tre la justesse de son fondement : lors de la mort de Charles IV, le pre du roi dŽfunt Žtait grand-pre d'Edward. Au neveu, on a prŽfŽrŽ le cousin germain, Philippe de Valois, parent au 4e degrŽ, comme si 4 Žtait moins que 3 !

En assimilant le fils ˆ la mre, les Franais procdent ˆ un tour de passe-passe (a simplistic sleight of hand) superflu : forclore les filles de roi ne manque pas de sens parce que, souvent unies ˆ un prince Žtranger, elles lui transporteraient leur droit ˆ la couronne. Tumbant en ligne feminine, elle [le royaume] peut venir en pouvoir d'homme d'Žtrange [Žtrangre] nation, Žcrit Seyssel. Telle est la fort que cache l'arbre des prŽjugŽs misogynes, ˆ nos yeux courroucŽs comme ˆ ceux des contemporains complaisants pour qui les filles sont dŽchues en tant que telles ; d'elles viennent tous les malheurs dont la menace d'un roi Žtranger est un parmi d'autres.

Vers 1550, du Tillet, l'antiquaire royal, l'archiviste des Arcana Imperii,  est le premier ˆ Žcarter l'arbre : pour lui, contrairement ˆ la croyance commune, la Salique admet les filles ˆ la Couronne ; il faut nŽanmoins la leur refuser pour ne pas courir le risque d'une domination Žtrangre [19] : se faut Žbahir de si longue ignorance, ayant attribuŽe ladite coutume [d'exclure les filles] ˆ la loi salique.

Donc pour annihiler Edward, inutile de le traiter en fille fictive ! Il aurait suffi de rappeler qu'un Žtranger, alibi natus (aubain), n'a aucun droit dans le royaume. Il est surprenant que cette Žvidence n'ait pas servi. Peut-tre parce que le droit de la naturalitŽ est encore vague [20] ; peut-tre parce que, si le roi d'Angleterre est Žtranger, quid de la mme personne, duc d'Aquitaine, comte de Ponthieu, homme du roi de France ? ConsidŽrer la coutume qu'on appelle "salique" comme une loi implicite de naturalitŽ (ce que dira du Tillet et fera le fameux arrt Lema”tre de 1593) rŽglerait la question de leurs descendants, sauf toutefois s'ils sont natifs : Charles d'Evreux, dit le mauvais, petit-fils du Hutin par sa mre Jeanne, aidŽ par les circonstances et le discrŽdit des Valois, jouera de sa proximitŽ ˆ une Couronne qui ne lui dŽplairait pas [21].

FŽminiser le fils, voilˆ de quoi exciter les juristes. Cette embrouille joue son r™le dans les discussions diplomatiques et les plaidoyers. Elle est aussi infructueuse que superflue car c'est sur le terrain militaire que l'affaire se dŽnouera, fin XVe (traitŽ de Picquigny, 1475), suite aux victoires franaises et aux conflits anglo-anglais.

Aprs six fils de roi successifs, la sÏur de Charles VIII ( 1498), la puissante Anne de Beaujeu, puis les filles de Louis XII ( 1515), Claude et RenŽe, laissent "saliquement" le tr™ne ˆ un cousin ŽloignŽ. Le vieux dŽbat ne resurgit qu'en 1584 quand la Couronne menacŽe de dŽshŽrence doit choisir entre les plus proches parents du roi et de trs lointains Bourbon.

1.2. Parents du roi par femme

Quoique la gŽnŽalogie compte moins que les rapports de force, ŽnumŽrons les prŽtendants possibles (a), avant de donner les arguments pour et contre eux (b).

a) quels sont-ils ?

Le dernier frre du roi, Franois, Duc d'Alenon puis d'Anjou, constituait un espoir ˆ la fois dynastique et politique [22]. Sa disparition ouvre la succession de Henri III, par une anticipation criminelle puisque, prŽvoir les consŽquences de la mort prochaine du roi, c'est la souhaiter et prŽparer [23]. Pour le huguenot Hurault (1588, p.6) sa faiblesse [du roi] a permis ˆ tout le monde, non seulement de disputer de la succession en sa prŽsence, mais ˆ quelques uns de le vouloir contraindre encore d'y pourvoir & de faire son testament, comme s'il ne restait plus que cela qu'il ne mouržt.

Le roi de Navarre est en "pole position", descendant de S.Louis de m‰le en m‰le, encore que cet ancrage remonte ˆ trois sicles et que, catholicisŽ de force lors de la S.BarthŽlŽmy, il se soit "dŽconverti" depuis. Henri III lui demande vainement de revenir en arrire. Sa huguenoterie dans un royaume catholique fait craindre que, roi, il n'impose sa religion (Cujus regio, ejus religio, tel prince, telle religion). Elle devient rŽdhibitoire quand, fin 1585, le pape Sixte Quint proclame sa dŽchŽance de tous droits, biens et dignitŽs (bulle privatoire). On Žviterait ces obstacles si l'on passait par les filles qui ouvrent des possibilitŽs ˆ la fois plus proches et plus acceptables.

Soulignons d'abord une absence qu'on oublie trop : Marguerite, sÏur cadette de Henri III. A part Brant™me [24] qui n'est ni fiable ni significatif, nul ne songe, pas mme elle, qu'elle pourrait suivre ses frres sur le tr™ne. Certes, dŽjˆ doublement compromise avec son frre Alenon, Žpouse de Navarre qui par elle mettrait la main ˆ la couronne, elle est en disgr‰ce au cours de la pŽriode cruciale, enfermŽe au loin dans le ch‰teau d'Usson. Mais, surtout, le tabou "salique" l'incapacite : pas de  scandaleuse gynŽcocratie [25].

Restent les descendants par fille des derniers rois, Henri II, Franois Ier, Louis XII. Navarre n'en fait pas partie puisque sa mre n'est que la fille de la sÏur de Franois Ier. Leur pre Charles d'Angoulme, arrire-petit-fils de Charles V, mettrait Navarre plus prs d'un roi que S.Louis, mais cela ne l'avancerait gure !

Je rŽcapitule dans le schŽma simplifiŽ suivant qui commence ˆ Charles V (1338-1380) : "D." signifie Duc, les rois sont surlignŽs en bleu, les femmes-pivots en rose, et en orange les prŽtendants possibles de leur fait :


Je prŽsenterai les "candidats" dans l'ordre dŽcroissant de parentŽ ˆ Henri III, en dŽbutant (on verra pourquoi) par le cas exorbitant d'une fille de fille, l'Infante d'Espagne, ˆ laquelle de trs fortes pressions assureront presque la Couronne. Ensuite, au mme degrŽ, nous trouvons le fils du Duc de Lorraine. Et, plus loin, quelques autres qui n'ont rien d'insignifiant.

l'Infante

Pour consolider la paix de Cateau-CambrŽsis (1559) Henri II a mariŽ sa sÏur au Duc de Savoie et sa premire fille, ƒlisabeth, au roi d'Espagne. Leur fille a”nŽe, Isabelle-Claire-EugŽnie, est, par la mort d'Alenon, l'hŽritire naturelle de Henri III. Du moins, selon la coutume espagnole qui admet les femmes ˆ la Couronne. Philippe II apporte son soutien financier et militaire ˆ la Ligue qui, autrement, serait vaincue. En retour, elle fera roi Isabelle. Il l'exige ouvertement lorsque, en 1590, il envoie le Duc de Parme, gouverneur des Pays-Bas, au secours de Paris assiŽgŽ par Navarre.

Les Liguards aspirent autant ˆ ses secours qu'ils doutent de ses moyens (empire ŽparpillŽ, quasi banqueroute, guerre sans fin contre les Provinces-Unies, Žchec en Angleterre...) et se mŽfient de ses ambitions. Si les ultras prŽfrent tre espagnols catholiques plut™t qu'allemands calvinistes, les autres tentent de jouer au plus fin, sans oser refuser ouvertement l'Infante pour ne pas se retrouver seuls contre les Navarristes.

Quand, en partie sous la pression espagnole, Mayenne rŽunit enfin ses "Etats-gŽnŽraux" chargŽs d'Žlire un roi ˆ opposer ˆ Navarre (1593), les reprŽsentants de Philippe emploient tous les moyens pour imposer l'infante, tandis que de son c™tŽ Navarre, saisissant le doigt tendu par Mayenne, cherche ˆ saper les Etats par une nŽgociation parallle entre catholiques ligueurs et royaux ˆ fin de parvenir au repos tant nŽcessaire ˆ ce Royaume, pour la conservation de la Religion Catholique & de l'Etat (confŽrences de Suresnes).

Les Espagnols coincent les "Etats" dans l'alternative Infante ou Navarre, Rome ou Genve. Ils conditionnent le renforcement de leur aide ˆ l'admission d'Isabelle qui condescendrait ˆ tre Žlue au lieu de reconnue. Le 29 mai, ils dŽclarent aux "Etats" que selon droicts de nature, divin et commun, madame l'infante est lŽgitime royne de ce royaume et Mendozza leur inflige une longue harangue latine sur ces droits, non pour mettre en problme ce quÕon espŽroit que les Etats confirmeroient par leur libre Žlection, mais pour Žclairer & appaiser les esprits, afin que la disposition libre de l'assemblŽe sÕaccord‰t prudemment avec lÕŽquitŽ, & se conform‰t ˆ la raison, l'lnfante voulant bien reconno’tre quÕelle tiendroit de leur choix, un Sceptre qui lui Žtoit dŽvolu par droit de succession (PV des Etats). Sans entrer dans les intŽressants dŽtails de ce plaidoyer (cf. Mousset, 1914 [26]), notons les principaux points :

- ƒlisabeth Žtait l'a”nŽe des filles de Henri II, donc, par primogŽniture, sa fille Žlimine toutes les autres (et donc sa sÏur Claude, et donc le fils de celle-ci, le marquis du Pont) ;

- la loi salique ne contient aucune disposition rŽglant la succession au tr™ne ; l'interprŽtation qu'on a voulu en faire est invraisemblable, elle date de Franois I ou de Louis XII (Seyssel !) qui ne pouvaient arriver au tr™ne qu'en piŽtinant les femmes ;

- quoique les m‰les excluent les femmes, celles-ci sont admises ˆ dŽfaut de m‰les du mme degrŽ qu'elles ;

- reste la coutume franaise : si elle existe, elle rŽsulte d'une suite d'actes de violence et d'injustice qui lui ™tent toute valeur ;

- et quand elle serait lŽgale, il faudrait l'oublier pour cette fois car jamais le cas ne s'est offert d'une femme aussi proche parente du roi dŽfunt que l'infante, comparŽe aux autres prŽtendants et, en particulier, ˆ Henri de BŽarn.

 

Les Etats, non convaincus, refusent un roi-fille [27]. Pour leur donner un m‰le en p‰ture, les Espagnols, sautant de la pole dans le feu, proposent un duo malheureux : ils marieraient l'infante ˆ l'archiduc Ernest d'Autriche, frre de l'Empereur ! Nouveau refus, doublement indignŽ. Le 21 juin, les Espagnols reculent : l'infante Žpousera celui des princes franais, y compris toute la maison de Lorraine, que choisira le roi d'Espagne. Et plus tard, dans un dernier effort, ils promettent que ce prince sera le jeune et populaire duc de Guise. L'Infante et lui rŽgneront in solidum. Cette solution pla”t mais suscite le doute : ils demandaient une royautŽ prŽsente sous l'esperance d'un mariage futur s'exclame d'Epinac, archevque de Lyon, pourtant ligueur. Il s'offusque que le roy d'espagne se reservast le choix de leur donner un roy: qu'il pouvait bien se faire un gendre ˆ sa volontŽ, mais que de constituer roy sur eux, cela dŽpendait de leur pouvoir & authoritŽ, et non de prince estranger (27 juin).

Inversement, les Espagnols suspectent une consommation de mariage sans royautŽ.

Chaque c™tŽ craint d'tre trompŽ par l'autre : si l'infante est, en premier, dŽclarŽe reine, Žpousera-t-elle Guise ensuite ? si Guise est d'abord Žlu roi, que deviennent les droits "naturels" de l'infante ? si l'on commence par le mariage, quelle garantie que, ensuite, le couple soit Žlu ?

Et Mayenne ajoute, approuvŽ par les "Etats" ÑclergŽ rŽticentÑ, que cette Žlection aggravera la guerre civile. Elle n'est pas opportune tant qu'il n'y a pas une plus forte armŽe espagnole. A quoi les Espagnols rŽpondent : pas de royautŽ, pas d'armŽe.

Les "Etats", constatant l'impasse, dŽcident (4 Juillet) que la situation actuelle des affaires ne permettoit pas de procŽder ˆ l'Žlection. Le dossier passe aux diplomates, vite dŽpassŽs par les ŽvŽnements : le 31 juillet, six jours aprs la conversion de Navarre, celui-ci s'accorde avec la Ligue pour une trve de trois mois renouvelable, prŽlude ˆ sa victoire finale.

Bien que les Espagnols ne manquent pas d'appuis, beaucoup craignent que l'accession de l'Infante ne dŽguise une annexion de la France. De son c™tŽ, Navarre, en discussion indirecte avec Mayenne et les ligueurs modŽrŽs, joue sur le dŽsir de paix.

Sur le plan juridique, le Parlement de Paris a tranchŽ la question par le fameux arrt Lema”tre (28 juin 1593) qui annule tous traitŽs faits ou ˆ faire qui appelleraient au tr™ne de France un prince ou une princesse Žtrangre, comme contraire ˆ la loi salique et autres lois fondamentales de l'Žtat. La Salique est invoquŽe comme loi de naturalitŽ, non de masculinitŽ (prince ou une princesse Žtrangre). Plus encore, on interprŽtera cet arrt comme excluant les Princes sortis des Maisons estrangeres, bien qu'ils fussent habituez en France &: faits regnicoles. Et voilˆ pour les autres !

Lorraine

Au cours de son voyage d'Allemagne (1552) qui prend ˆ la Lorraine Metz, Toul et Verdun, Henri II en avait enlevŽ aussi le jeune hŽritier, Charles III, ‰gŽ d'une dizaine d'annŽes, pour l'Žlever ˆ la Cour dans les idŽes franaises. En 1559, il le marie ˆ sa 2me fille, Claude, et lui permet de rejoindre ses Etats. Leur premier fils, Henri, Marquis de Pont-ˆ-Mousson, na”t en 1563. Il est petit-fils de Henri II et neveu de Henri III. Aucun m‰le ne s'approche plus que lui de la Couronne.

En cette qualitŽ, j'aurais pu le placer en premier car ce m‰le effacerait l'infante. A quoi les promoteurs de celle-ci objectent la primogŽniture : sa mre, Elisabeth, annule Claude, sa cadette. Bien que rien ne soit plus incertain que l'existence d'un droit d'a”nesse entre filles [28], l'infante Žtant un cas tout ˆ fait spŽcial, j'ai prŽfŽrŽ la traiter avant le Lorraine.

Les deux sont ˆ l'opposŽ. La trs problŽmatique infante (fille de fille) est fortement dŽfendue et il s'en faut de peu qu'on la choisisse. Au contraire, le marquis a une position forte sur le papier mais faible en pratique. Quasi inconnu en France o les tout-puissants cadets de Lorraine (Guise) oblitrent la branche a”nŽe, il n'avait pour lui que la reine-mre ( 1589) dont lui et son frre Žtaient les seuls petits-fils. Selon le Huguenot Hurault (1588, p 36) : elle a jetŽ ses yeux et ses voeux sur la maison de Lorraine & sur les enfants de sa fille... ne cessant jour & nuit de reprocher au roi qu'il doit mieux aimer pour hŽritiers ses neveux fils de sa sÏur qu'un Žtranger de sa maison (Ainsi nomme elle le roi de Navarre).

La misŽreuse Lorraine occupe une position ˆ la fois stratŽgique et ouverte entre la France, les Pays-Bas et la Franche-ComtŽ espagnols, et l'Empire. En dŽlicatesse avec la premire (Barrois mouvant, trois ŽvchŽs, etc.), elle est alliŽe ˆ l'Espagne dont le roi redoute sa rŽunion ˆ la France si le duc ou son fils Žtait Žlu roi, ce qui couperait la route stratŽgique entre le Milanais et les Pays-Bas par laquelle passent les convois militaires. OpposŽ ˆ la candidature du marquis, il exigerait, si par hasard elle rŽussissait, la cession de la Lorraine.

Charles III, hostile ˆ Henri III et plus encore ˆ Navarre, a jouŽ un r™le moteur dans la naissance et le financement de la Ligue [29]. Il prŽfre son fils cadet ˆ l'a”nŽ. Que celui-ci puisse revendiquer la Couronne est un atout prŽcieux dont le Duc use avec rŽticence : il le montre sans le jouer. Ds la premire AssemblŽe gŽnŽrale de la Ligue ˆ Nancy et les pourparlers avec l'Espagne (1584), aprs avoir proposŽ le marquis comme successeur Žventuel de Henri III, il accepte le vieil oncle de Navarre, le Cardinal de Bourbon (TraitŽ de Joinville 31/12/1584).

Lui-mme flirte avec la lŽgende carolingienne lorraine par laquelle il est numŽrotŽ troisime Charles au lieu de deuxime. Il conduit une campagne dissimulŽe pour proclamer les droits de la Maison de Lorraine (et donc de lui, son chef) ˆ la Couronne de France (DavillŽ, 1908), volŽe jadis par Capet ˆ son hŽritier lŽgitime, Charles de Basse-Lotharingie (rebaptisŽ Charles I de Lorraine), frre de Lothaire, l'avant-dernier roi carolingien. Louis V mort (987), Capet a combattu Charles, vaincu, capturŽ, emprisonnŽ et peut-tre assassinŽ.

Le Duc a rŽcompensŽ de Rosire, archidiacre de Toul, qui, en 1580, a "prouvŽ" sa carolingianitŽ par gŽnŽalogie [30]. DŽjˆ en 1576, le fameux mŽmoire de l'avocat David dŽclarait (au bŽnŽfice de Guise) : le dit Cappet usurpant la couronne a violŽ par outrecuidance tŽmŽraire la bŽnŽdiction de Charles. Aussi a t-il acquis sur soy et les siens une malŽdiction perpŽtuelle.

Les Huguenots s'emparent du thme pour criminaliser les Guise (Duplessis) qui dŽnoncent une machination [31], quoique leurs partisans soient sŽduits. Le Duc de Lorraine, lui-mme, ne le manie qu'avec prŽcaution. Le MŽmoire Vironcourt rŽdigŽ pour les "Žtats gŽnŽraux" de 1593 (que le Duc Charles III avait un droit incontestable ˆ la Couronne de France, comme hŽritier de Charles I Duc de Lorraine, Frre puinŽ de Lothaire & son plus proche hŽritier[32] circule en sous-main sans leur tre soumis par Bassompierre, l'ambassadeur de Lorraine.

Si le marquis a tentŽ de se faire conna”tre en dirigeant des secours ˆ Paris assiŽgŽ, les "Žtats" l'ignorent. Lorsque, ici et alors, on dit "Lorraine", tout le monde entend "Mayenne" ou "Guise".

In fine, en 1599, Henri IV fera Žpouser ˆ ce fervent catholique sa sÏur unique, farouche huguenote. Ce mariage calamiteux scellera la rŽconciliation des Maisons de Bourbon et de Lorraine, y compris la branche cadette Guise (traitŽ de Saint-Germain-en-Laye). Charles III n'y gagnera pas grand chose.

Savoie, Guise et Nemours

A c™tŽ du Lorraine, dans la mme catŽgorie de fils de fille, on trouve le Duc de Savoie. Mais, petit-fils de Franois Ier, il est plus ŽloignŽ d'un degrŽ canonique (deux degrŽs civils) de Henri II ou Henri III ˆ qui il s'agit de succŽder. Charles-Emmanuel Ier (1562-1630), duc de Savoie, a pour mre la dernire fille de Franois Ier, Marguerite, mariŽe par son frre Henri II ˆ Emmanuel-Philibert de Savoie, ˆ la suite de la paix de Cateau-CambrŽsis (1559), en parallle avec l'hymen espagnol. Charles-Emmanuel se targue d'un droit ˆ la Couronne pour nourrir ses ambitions sur la Provence et le DauphinŽ dont, ds la mort de Henri III, il tente de s'emparer [33].

 

Enfin, encore plus loin, mentionnons Guise et Nemours qui descendent de Louis XII par leur grand-mre, via leur mre. Non seulement, c'est un double pont ˆ franchir, mais l'ancrage compte une gŽnŽration de plus que celui des simples fils de fille. Comme l'Žcrit l'un de leurs dŽfenseurs, il est absurde de leur prter l'idŽe de revendiquer cette ascendance car ils passeraient aprs tous les autres : [je] ne puis penser quel droict Messieurs de Guyse se puissent attribuer ˆ la Couronne, quand bien la loy Salique seroit abrogee, si ce n'etoit pour les enfans de la feu‘ Royne d'Espaigne [Elisabeth], ou de la feu‘ Duchesse de Lorraine [Claude], soeurs de notre Roy. Encores en tout cas ils seroient bien loing... (1587, Sommaire responce..., p.8). En effet, lorsque, le Duc de Guise et Henri III morts, Mayenne a failli se faire roi, c'Žtait comme chef de la Ligue, non comme descendant de Louis XII.

Indiquons nŽanmoins le chemin : Franois Ier a mariŽ la fille cadette de Louis XII, RenŽe, au duc de Ferrare, Hercule d'Este, en 1525, pour l'empcher par l'Žloignement de prŽtendre au duchŽ de Bretagne aprs la mort de sa sÏur a”nŽe, Claude (1524) [34].

Sa fille Anne d'Este (1541-1607) Žpouse (1548) Franois, Duc d'Aumale, bient™t Duc de Guise : leurs fils, Henri (1550-1588), Duc de Guise ; Charles (1554-1611), Duc de Mayenne ; Louis (1555-1588), Cardinal de Lorraine ; sont ˆ la fois redoutables et colorŽs de sang royal [35]. Si cette origine, en elle-mme, ne leur donne pas de droits rŽels, elle dore leur image, ce qui n'est pas sans importance. Ainsi DorlŽans (1588, Responce a un livre de Beloy...) : si la maison de Lorraine eust estŽ si petite que vous la faictes, messieurs de Bourbon ne se fussent alliez par tant de fois, comme ils ont fait p.22... Voila ce me semble des alliances, pour n'estre rabaissŽes par la main d'vn argoteur mercenaire, qui les veut ranger au rang de simple gentil-homme, si ne leur peut on oster, qu'ils ne soient descendus du Roy Saint Louis par Madame Anthoinete de Bourbon leur aieule, du Roi Iean par Madame Iolant d'Anjou, mere de RenŽ  Duc de Lorraine, & du Roi Louis [p.23] douzieme par Madame RenŽe de France aieule de monsieur de Guise, du roy Henri second par madame Claude de France duchesse de Lorraine. Consequemment qu'ils ne soient parens proches de nostre Roy. Car combien que la loi Salique ne les admette ˆ la couronne de France, la loy diuine &  humaine fait les enfans de Lorraine estre neveus du Roi p.24.


Aprs l'assassinat de Franois de Guise (1563), Anne se remarie au duc de Savoie-Nemours dont elle a encore deux fils, Charles-Emmanuel et Henri, ducs de Nemours successifs, grands personnages qui sont donc, derrire Guise, arrire-petits-fils de Louis XII en ligne directe !

 

Bien sžr, tous ces descendus de fille rivalisent entre eux mais leurs dŽfenseurs, comme jadis les Anglais, d'accord pour l'exclusion des femmes, nient qu'elle s'applique ˆ leur fils : ils sont des m‰les et, de surcro”t, plus proches du roi que d'antiques Bourbon. Le schŽma ultra-simplifiŽ ci-dessous illustre la diffŽrence :



b) le dŽbat sur les fils de filles

pour

J'ai rencontrŽ le meilleur argumentaire en leur faveur dans un factum anonyme d'une quarantaine de pages, datŽ de 1588, que, ˆ ma connaissance, personne ne mentionne, ni Lelong dans sa Bibliothque historique de la France de 1719, ni les auteurs d'aujourd'hui. Peut-tre passe-t-il inaperu ˆ cause de ses qualitŽs mme : l'une des rares publications du temps qui soit raisonnable, ne parle pas de religion, n'insulte personne et Žvite toute polŽmique. La 2me Žd. de la Bibliothque historique (Fevret de Fontette, 1769) dans laquelle je l'ai dŽcouvert le rŽsume ainsi :

28503. TraitŽ de la Succession ˆ la Couronne de France, 1588, in- 8. L'Auteur rapporte & examine tous les sentimens pour & contre la Loi Salique. Il croit qu'un petit fils de Roi par sa mre pourroit succŽder ˆ la Couronne ; que s'il n'y en a point d'exemple, c'est que le cas n'est pas arrivŽ, exceptŽ dans la personne d'ƒdouard, Roi d'Angleterre, qui ne fut exclus (selon cet Auteur) que parce qu'il Žtoit Etranger & ennemi des Franois. Cependant, ajoute-t-il fort sensŽment, il faut s'en tenir ˆ la Coutume & ne changer point les Loix, quoiqu'elles paroissent contenir quelque chose d'injuste. Il discute ensuite si la Succession au Tr™ne peut avoir lieu ˆ l'infini ; il paro”t n'tre pas de ce sentiment, & dit qu'il seroit absurde qu'un Petit-fils de France par sa mre fžt exclus, par exemple, par un parent qui descendroit par m‰les de Louis le Gros qui rŽgnoit il y a environ cinq sicles. (T.2, Chp. V. TraitŽs politiques concernant les Rois & le Royaume de France, Art. 8 Ouvrages sur le Droit de la Succession ˆ la Couronne de France, p.847).

 

DŽtaillons un peu ce curieux et subtil petit TraitŽ de la succession [36] qu'il faudrait largement citer (Appendice IV). Il dŽfend, sans le dire, la cause lorraine (les seuls petits-fils de Henri II). Son raisonnement en trois points procde par dŽcrochements :

1) la "loi salique" ne justifie pas l'exclusion des filles de la Couronne puisqu'elle concerne les contentieux entre particuliers, non les affaires publiques. En outre, elle n'a pas cours parmi nous : ˆ preuve, on n'en allgue qu'un article sur quatre cents et, heureusement, on n'applique pas les autres. D'ailleurs, les filles hŽritent des fiefs et les gouvernent aussi bien que les hommes ;

2) mais admettons-la avec tout le monde. Quid alors des fils de filles, s'ils tiennent de plus prs au roi dŽfunt que des collatŽraux ? Que Valois ait ŽtŽ prŽfŽrŽ ˆ Edouard ne prouve rien car Edouard Žtait Žtranger donc inhabile. Le fameux art. 62.6 de la loi salique, dispose que nulla portio hereditatis mulieri veniat... Il est muet ˆ propos du fils Žventuel de cette femme, donc ne permet pas de l'Žcarter. D'une part extensio non est facienda contra ius commune (l'extension ne doit pas tre contraire au droit commun). D'autre part ubi cessat ratio legis & ipsa lex cessare debet (lˆ o la raison d'tre de la loi cesse, la loi elle-mme doit cesser) : les "infirmitŽs" de genre qui Žliminent les femmes ne concernent pas leur fils. Et le roy donc qui aura de sa fille un fils aura grande occasion de dŽsirer qu'il lui succde. Enfin, contre l'opinion d'Aristote, l'enfant est fait du sang de la mre comme du pre. Un petit-fils est du sang, par le m‰le ou la femelle ;

3) mais admettons encore cette exclusion inique. Il faudra alors chercher un collatŽral. Jusqu'ˆ quel degrŽ? ˆ l'infini ? Que d'embrouilles na”tront de cette question ! Tout fils de Capet que soit un trs lointain cousin, le roi rŽgnant lui prŽfŽrera toujours son petit-fils, mme s'il vient de sa fille. Et l'auteur, grossissant le trait, s'exclame : la difficultŽ serait [...] si l'un de ceux de Courtenay ou de Dreux [le dernier dispara”tra en 1590], ŽloignŽs de trente degrŽs ou environ, seraient ˆ prŽfŽrer ˆ la succession d'un petit-fils de notre Roy par sa fille, et si notre Roy voulait souffrir que son petit fils fžt reculŽ de sa succession par un qui ne lui serait que du Roy Louys le Gros qui rŽgnait il y a 470 ans. Dieu veuille que telles disputes ne se fassent point de nos jours !

contre

De l'autre c™tŽ, les dŽfenseurs des Bourbon pr™nent la masculinitŽ pure, de m‰le en m‰le. Ils entonnent la vieille rengaine franaise, la plus belle fille du monde... : une femme ne saurait transmettre ce qu'elle n'a pas. Nemo plus juris ad quiam transfere potest quam ipse habet (nul ne peut cŽder ˆ autrui plus qu'il ne possde) ou Nemo dat quod non habet (nul ne peut donner ce qui n'est pas ˆ lui). Le principe est d'Žvidence pour les transactions portant sur des biens ou des crŽances. Sa gŽnŽralisation aux droits, parfois correcte, constitue ici une facilitŽ abusive qui, de plus, servirait seulement si un fils de fille prŽtendait ˆ la Couronne en reprŽsentation de sa mre. Mais il dira (comme Edward) qu'il agit de son propre chef et que son droit lui vient directement de son grand-pre roi.

De Belloy, l'obstinŽ hŽraut de Navarre, Žvite habilement de disputer du droit des femmes et du sang (1587, Examen du discours...). Pour lui, l'enfant appartient ˆ la Maison de son pre dont il porte le nom & armes ; si ce dernier est "fleurdelisŽ", lui aussi ; s'il ne l'est pas, lui non plus. De ce fait, la femme en se mariant en dehors de la famille royale, brise la cha”ne. Elle empesche & coupe l'entresuite et donc prive son fils de royalitŽ : la Loy Salique & l'usage d'icelle, defend de transporter la succession de la Couronne hors de la famille Royale, de laquelle les enfans des filles ne sont point, ains [mais] ils sont naiz [nŽs] en la puissance, agnation, & consanguinitŽ de leurs parens du costŽ paternel, dont ils portent le nom & armes... la Couronne appartient au Roy & ˆ sa generation ou posteritŽ, sous le nom de laquelle les descendans des filles ne sont point entendus... (p. 78-79)

Il ajoute ironiquement : Si pour avoir espousŽ des Princesses de France [les Lorrains] se peuvent dire Princes, aussi sont bien [...] une infinitŽ d'autres qui ont eu cet honneur plus tost qu'eux (p.142) et conclut : Il est bien raisonnable de porter un respect publique aux filles de nos Roys, tant qu'elles vivent, pour l'honneur de leur origine, mais ˆ leurs enfans, on doit rendre ce qu'ils prenent de leur pere (p.145). CQFD.

De Belloy trouve enfin une justification ˆ l'exclusion des fils de fille, du moins ceux dont le pre est hors de la famille Royale. Voilˆ, dit-il justement, le vrai sens de la Salique : la raison de la Loy [...] n'est point seulement fondee sur l'imbecillitŽ & infirme condition du sexe, laquelle se trouve trop souvent aussi au sexe masculin: mais principallement pour empescher, qu'elle ne tombe en estrangere main (p.85-86). Estrangere au royaume, du Tillet l'avait dit, mais de plus, notons le bien, estrangere ˆ la famille royale. ExprimŽ en termes anachroniques, la royalitŽ est ˆ la fois "nationale" et "clanique" : il faut tre un fils de Capetnatif et appartenir ˆ l'entourage royal.

au-delˆ

L'auteur du Discours critiquŽ par de Belloy (Antoine Hotman ?  [37]) publie en retour, la mme annŽe 1587, sa Sommaire responce a l'examen d'un heretique (Belloy, soutenant Navarre, s'assimile par lˆ aux hŽrŽtiques qui, d'ailleurs, Žcrivaient souvent comme s'ils Žtaient catholiques. Cf. Daussy, 2015).

L'auteur dŽpassel'Žpineuse question des fils de fille. Il tire parti de l'Žlimination des femmes pour en faire l'application d'une cause gŽnŽrale d'inhabilitŽ ˆ la Couronne : l'infirmitŽ. L'hŽritier indigne ou inapte est exclus, donc Navarre : d'autant que la loy Salique est fondŽe sur l'incompetance des femmes, il est vraysemblable que si lors que la loy fust faite [...], on eust demandŽ si un fils heretique y devoit succeder, que l'on eust repondu que si la femme pour son infirmitŽ en etoit incapable, ˆ plus forte raison un idiot & insensŽ, en seroit indigne & encores un heretique (p.21).

Les Liguards, au lieu de discuter la Salique, prŽfrent la minorer en la subordonnant ˆ une loi suprme, la loi de religion comme le firent dŽjˆ les Žtats gŽnŽraux guisards de 1576 dans les Instructions aux dŽputŽs envoyŽs sommer Navarre et CondŽ de se convertir [38].

En 1588, une trs longue Responce des vrais Catholiques franois ˆ lÕavertissement des Catholiques anglois... [39] pose, sans craindre la redondance, que la loi de religion est la loy fondamentale & principale de toutes les loix fondamentales & principales de tout l'etat de l'auctoritŽ du Roy, de l'obeissance du peuple, de l'execution & observance des loix... (p.161). En consŽquence, "fils de roi" est ˆ comprendre au sens charnel et aussi (surtout !) spirituel. Pour accŽder ˆ la Couronne, il faut avoir les qualitez requises en l'une & l'autre naissance, en la charnelle, de sang, & en la spirituelle, de la foy... (p.196).

Cette double naissance est une trouvaille ! Que Navarre s'appuie sur la charnelle, on lui opposera la spirituelle. Qu'il nie la loi de religion, on niera la Salique : Si le R. de N. ose debatre ou nier cette cy [Loi de religion]: pourquoy n'en pourra on faire autant de l'autre [Loi salique] puisque l'une & l'autre est une mesme coustume & loy de la gent Franoise? (p.201).

La Salique joue contre ceux de Lorraine, la Religion contre Navarre, et cette dernire domine l'autre : Si toutesfois il [Navarre] pense & peut iustement exclurre ceux de Lorraine par cette loy, de ce qu'ils ne viennent de l'estoc masculin, pourquoy ne le peuvent ils aussi iustement exclurre par l'autre, de ce qu'il n'est Chrestien, Catholique & de la religion des anciens Roys ? (p.204). Et donc : Pour estre Roy de France il est plus necessaire d'estre Chrestien & Catholique que d'estre homme & le plus proche de sang masle (p.272).

Et enfin, l'auteur ajoute que Navarre, ayant dŽsertŽ sa lignŽe royale, mme la Salique s'oppose ˆ lui : il ne peut [plus] etre censŽ de la maison de France, & ne peut [plus] jouyr des privileges & prerogatives d'icelle, apres avoir degenerŽ de la foy & piŽtŽ des Roys. De mme qu'un moine apostat perd la possibilitŽ de se rŽclamer de son couvent, l'hŽrŽsie rŽduit Navarre en personne privŽe (p.540).

Cette dŽnonciation a de quoi enflammer les foules, surtout relayŽe par des prcheurs virulents et excitŽe par des processions hystŽriques. NŽanmoins, c'est lancer un chien dans un jeu de quilles, il les renverse et nul ne sait lequel des concurrents catholiques de Navarre gagnerait.

Reste... la filiation charnelle ! En opposant ˆ l'auto-proclamŽ Henri IV leur fantoche "Charles X", cardinal de Bourbon, les Ligueurs admettent la force du sang m‰le.

II. Le droit du sang

Nous examinerons d'abord quelles questions il suscite (2.1.). Sa pseudo-Žvidence biologique cache une construction "constitutionnelle", presque une fiction : le roi incarne la Couronne (2.2).

2.1. Questions

Le pacte initial par lequel la Nation a confiŽ sa souverainetŽ au Roi est dŽfinitif et irrŽversible. Le sang (Dieu) dŽsigne le successeur que, bon ou mauvais, la Nation doit accepter.

Cette thse classique est contestŽe (a).

Si elle s'applique, ˆ quel Bourbon bŽnŽficie-t-elle ? (b).

a) contestation

Le roi est-il donnŽ ou choisi ? Son acceptation, automatique ou conditionnelle ?

L'hŽrŽditŽ, quelle qu'en soit la modalitŽ, confre ˆ son bŽnŽficiaire une suprŽmatie surnaturelle (monarchie pure). Les opposants au roi la remplacent par l'Žlection qui dŽboucherait sur un "contrat de gouvernement". Pour cela, ils inventent des coutumes franques par lesquelles "le peuple" aurait immŽmorialement le pouvoir de choisir son roi, et donc de le contr™ler et de le dŽfaire s'il erre. La thse, d'abord huguenote, est reprise par la Ligue aprs 1584 :... plusieurs de nos rois premiers de la race de MerovŽe ont ŽtŽ chassŽs tondus... & Charles duc de Lorraine dernier de la race de Charles Maigne plus proche Prince du sang fut deboutŽ (DorlŽans, Apologie..., 1586).

revenir ˆ "l'Žtat naturel" (Žlectif)

Impossible de ne pas mentionner la Gaule Franoise (Franco-Gallia), antŽrieure aux annŽes 1580, mais toujours prŽsente dans les esprits. Le massacre de la S.BarthŽlŽmy (1572), endossŽ par Charles IX, poussa Franois Hotman ˆ prouver le droit du "peuple" ˆ destituer son roi. Ecrit en latin (1573) et traduit en 1574, cet ouvrage, affectant une neutralitŽ d'antiquaire, constitue la matrice "historiographique" [40] de tout l'argumentaire contre l'hŽrŽditŽ que reprendra la Ligue.

RŽsumons brivement : les Etats gŽnŽraux souverains Žlisent leur roi (Žventuellement parmi les fils du dŽfunt), lui fixent des conditions et le dŽposent s'il se rŽvle inapte, indigne, ou se comporte en tyran. Telle serait la loi originaire, fondatrice de la monarchie mixte franaise basŽe, depuis "Pharamond", sur les "assemblŽes du peuple".

Comme le peuple d'une sorte est obligŽ au Roy, aussi le Roy d'une autre sorte est obligŽ au peuple, soutenait dŽjˆ, aprs Amboise, la Sentence redoutable... de 1564. Cette rŽciprocitŽ des devoirs sera pensŽe et plaidŽe avec des arguments historiques, juridiques, politiques, mlŽs de beaucoup de cris et d'insultes. Le Roi relatif est l'antithse du Roi absolu. Relatif ˆ quoi ? au "peuple" : non le gros populas, mais la sanior pars, reprŽsentŽe par les Grands ou la noblesse, par les ƒtats gŽnŽraux, le Parlement ou les magistrats infŽrieurs (de Bze, 1574)  [41].

Loin de ce qu'on appelle "Loi salique", l'Histoire-selon-Hotman atteste que, ds les Gaulois d'avant CŽsar, ds les Francs germains, la couronne n'Žtait pas successive : l'assemblŽe du peuple l'attribuait, et cela a continuŽ (implicitement !) pendant des sicles et des sicles. Mais depuis cent ans (Louis XI), les rois, se mŽfiant des Žtats gŽnŽraux, leur ont substituŽ un Parlement aux ordres. Aussi faut-il revenir ˆ la coutume originaire : notre organisme social et politique ne sera guŽri que lorsque, par un bienfait du ciel, il sera remis en son Žtat ancien et pour ainsi dire naturel [42].

A quoi Bodin rŽpondait dans sa RŽpublique  (1576, VI/5, pp. 699sq.) que la Monarchie bien ordonnŽe, ne tombe en chois, ny en sort, ny en quenoille : ains [mais] quÕelle eschet par droit successif au masle le plus proche de lÕestoc paternel.

Le ligueur DorlŽans (Advertissement...,1586) s'amusera ˆ retourner l'argument d'Hotman contre les Huguenots : En leur Franoise Gaule, qui est l'un des plus dŽtestables livres qui ait vu le jour, et que l'on a composŽ pour mettre toute la France en combustion, ils chantent qu'il est loisible de choisir un roi ˆ son appŽtit. Dites donc aux hŽrŽtiques que le roi de Navarre n'est ˆ votre appŽtit (p.74-5).

La puissance d'Žlire les Rois par le peuple sera le refrain de ceux qui contestent la Salique [43] pour rŽcuser l'homme qu'elle dŽsigne. Cette puissance implique la soumission du roi aux Etats. Ds 1576, les Žtats gŽnŽraux guisards dissocient les loix du Roy de celles du Royaume... Les premires sont ŽphŽmres, les secondes ne peuvent tre changŽes ny innovŽes, qu'avec l'accord & commun consentement des trois Etats. Les Žtats de 1588 iront jusqu'ˆ se prŽtendre Etats du royaume, et non du roi : leurs ordonnances seraient irrŽvocables (Dispositif avec advertissement) et ils lieraient le roi par les lois qu'ils adoptent (Articles pour proposer aux Estatz...). D'innombrables Avis de ce genre ont ŽtŽ adressŽs aux dŽputŽs par les Ligueurs parisiens, thses qu'il ne faut pas moderniser (Rials, 1989). Il s'agit d'une machine de guerre correspondant ˆ une situation politique et ˆ un rapport de forces donnŽs.

Aprs l'assassinat de Henri III, un traitŽ assez sŽrieux (De la puissance des rois... [44]), reconna”t que le roy est le chef des Estats, les deputez sont ses conseillers... pour le nier aussit™t: Le chef n'ordonnera toutesfois rien contre l'advis d'iceux, puis que la teste ne doit discorder d'avec les membres (p.32). Le viol des Etats par Henri III a provoquŽ sa destitution. Navarre est coupable par complicitŽ puisqu'il s'est joint au violeur.

conserver "l'Žtat naturel" (hŽrŽditaire)

Contre cette souverainetŽ du "peuple", notre de Belloy publie l'Apologie catholique... (1585) qui aura grand succs. Ce long et fastidieux discours soutient le vieux principe : le Royaume appartient par succession, en vertu de la Loy Salique, au plus proche masle du Roy defunct, descendu par ligne masculine... le plus proche du sang Royal y est appellŽ par succession & surrogation perpetuelle, sans fin, selon l'ordre de consanguinitŽ ou agnation masculine (p.35-6).


Les premiers CapŽtiens, venus ˆ la Couronne au mŽpris du droit hŽrŽditaire des Carolingiens, l'imposrent ˆ leur profit [45]. Afin de soustraire la couronne au choix des Grands, le roi, de son vivant, s'emploie ˆ dŽsigner son successeur, le sacrer  et le faire reconna”tre (serments de fidŽlitŽ). Philippe Auguste (1165-1223) s'en dispensera, soit parce que son fils, par sa mre (!), est carolingien (reditus regni ad stirpem Karoli), soit par crainte de la concurrence d'un rex designatus. Tous les rois suivants l'imitent : dorŽnavant, la filiation suffit. Mme les successions collatŽrales suivront la carte gŽnŽalogique.

Tout en dŽnonant le mythe des "assemblŽes" gauloises, franques ou carolingiennes, les dŽfenseurs de l'hŽrŽditŽ s'appuient sur le fait : en France, les rois se sont toujours succŽdŽs hŽrŽditairement. Il s'agit donc d'une coutume sŽculaire, de la Loi du Royaume, de son ordre naturel.

Les opposants le nient maladroitement en soutenant que si, par amour pour la Maison de France, pendant "quelques sicles", il "a plu" au peuple que le fils du roi rgne, il n'a jamais renoncŽ ˆ son droit d'Žlire dont la trace demeure dans le cŽrŽmonial du sacre.

le sacre et le sang

Le sacre, le r™le des douze Pairs de France dans le couronnement, l'acclamation populaire qui l'accompagne, tŽmoigneraient d'une Žlection implicite. Et le serment du roi exprimerait le caractre contractuel d'une Monarchie qui ressemblerait ˆ l'Empire germanique (les Grands en rvent). Pourtant, la diffŽrence est grande car les Electeurs font l'Empereur & les Pairs ne font le Roi (Du Haillan, Žd.1572, Livre 3, p.100).

Le roi l'est-il par son pre ou par le sacre ? Ce dernier opŽrerait une espce de transsubstantiation, Dieu et le peuple y feraient le roi. Donc les sujets ne sont tenus d'obeyr aux Rois qu'apres leur sacre.

 

Tout ceci n'est qu'extrapolation partisane. Les premiers CapŽtiens s'appuyrent sur le sacre pour lŽgitimer leur usurpation et verrouiller la transmission. Mais, ce faisant, ils semblaient devoir leur couronne ˆ l'Eglise, dont la suprŽmatie appara”trait, entre autres, dans les exemples de Clovis (Saint RŽmi) et, surtout, du pape Zacharie. Dans la polŽmique du temps qui,  pour "immŽmorialiser" la thse soutenue, fantasme sur les premires races et abuse des vieux chroniqueurs douteux, l'affaire ChildŽric est discutŽe ˆ l'infini pour ses Žvidentes implications : le pape a-t-il seulement donnŽ sa bŽnŽdiction ˆ PŽpin ou lui a-t-il attribuŽ la couronne, aprs avoir  destituŽ ChildŽric pour n'avoir pas bien defendu l'Eglise ?

Pour s'Žmanciper du ClergŽ, les rois suivants se rŽclamrent directement de Dieu et de leur ŽpŽe. Depuis que Philippe III prit, avec l'approbation des barons, le titre de roi ds la mort de son pre ˆ Tunis (1270), la Chancellerie date les annŽes de rgne ˆ partir du dŽcs du roi prŽcŽdent et non du sacre.

De manire gŽnŽrale, les thŽoriciens de la Monarchie l'ont soustraite ˆ l'Eglise en assimilant l'intervention divine ˆ la nature (filiation) et non ˆ l'onction du sacre. Celui-ci se rŽduit ˆ bŽnŽdiction et confirmation. Gerson : le Sacre est solum solemnitatis, et non potestatis. Les Valois, ˆ cause de leur fragilitŽ dynastique et des difficultŽs qu'ils rencontrent, formalisent et durcissent cette doctrine de dŽvolution. Sans gloser le Songe du Verger (cf. Krynen, 1984), mentionnons la fameuse ordonnance de Charles V (aožt 1374). Cette loy, edict, constitucion et ordonnance perpetueles et irrevocables (lex irrefragabilis et in perpetuum valitura), confirmŽe par Charles VI ˆ plusieurs reprises, proclame que le roi l'est par son pre, indŽpendamment du sacre qu'il fait cŽlŽbrer quand, o, et comme il veut (pro sue libito voluntatis).

Certes, le sacre (de prŽfŽrence ˆ Reims et dans les formes), avec la subsŽquente entrŽe solennelle ˆ Paris, sont des cŽrŽmonies "socialement" nŽcessaires qui, publiant la qualitŽ royale, la concrŽtisent aux yeux de tous et la rendent inopposable : Jeanne d'Arc n'eut de cesse que Charles VII all‰t ˆ Reims (1429) et Navarre, ne le pouvant, se contentera de Chartres (1594). DŽmonstratif, le sacre n'est pas constitutif. Il ne sert au roi que de declaration & publication d'honneur de la marque de sa qualitŽ, laquelle luy estoit acquise auparavant par nature & par la Loy de la succession (de Belloy, Apologie..., p.111).

roi "absolu"

Une sorte de petit catŽchisme anti-Navarre de 1591 proclame : L'Etat est le vrai examinateur & juge des qualitez & conditions de ceux qui prŽtendent ˆ la Couronne, tant soient-ils proches du roy dŽcŽdŽ, pour admettre les capables & utiles & forclorre les autres (Les raisons povr lesquelles Henry de Bovrbon ne peut, & ne doit estre receu...).

Les partisans du droit du "peuple" ˆ choisir son roi, ˆ commencer par Franois Hotman dans sa premire pŽriode, illustrent la conditionnalitŽ par un exemple trivial : comme discours sagement Plutarque en la vie de Sylla, les bons veneurs ne cherchent pas ce qui est nŽ dÕun bon chien mais le chien mme qui soit bon. Quand les positions s'inverseront, Plutarque servira contre Navarre, le mauvais chien, atteint de la gale la plus affreuse, l'hŽrŽsie que de Belloy, entre autres, dans son Apologie catholique (1585), discute longuement : est-elle avŽrŽe ? si elle l'Žtait, entra”nerait-elle sa dŽchŽance ?

Non, s'exclame Belloy : Empires & Royaumes ne peuvent estre arrachez de la main de ceux qui en sont les Seigneurs legitimes, soit pour heresie, ou autre raison quelconque, pour ce qu'ils sont tenus immediatement de la main de Dieu Eternel, non des hommes... Je dy donc que ce n'est pas au peuple de controller [...] les actions & qualitez de son Roy, mais il doit seulement lever les yeux au ciel & considerer en soy-mesme que par la volontŽ divine le sceptre est tombŽ Žs mains & pouvoir de celuy qui porte la Couronne, soit-il bon ou mauvais: singulierement quand il y est appellŽ par legitime succession (p.78).

Soit-il bon ou mauvais, telle est la volontŽ de Dieu. Il n'appartient pas aux hommes de chercher Ses raisons et, moins encore, de Lui rŽsister.

 Juste aprs la mort de Henri III par laquelle Navarre se fait roi, Le Jay, dans un traitŽ quelque peu dŽlirant (1589, De la dignitŽ des rois...), sans craindre de ravaler les sujets en une condition trop basse; et surhausser celle des rois outre la droite et juste grandeur,  ira encore plus loin : Que les sujets sont tenus d'aymer & honnorer les Princes mauvais, n'y plus ny moins que les bons: Et se retenir en leur obeissance & sujetion, pour l'amour & reverence de Dieu... Que les sujets doivent porter honneur & respect ˆ leurs Princes, encores qu'ils soient enfans, ou jeunes, nŽgligens, paresseux ou nonchallans, laches, simples, hebetez, furieux ou privez de sens & d'entendement... (Chp.7) ; Que pour l'Heresie ou l'infidŽlitŽ des Princes, il n'y a subjet ni cause lŽgitime de s'Žlever contre eux ou les reietter (Chp.8) ; Que les subiects sont obligez par le commandement de Dieu de se tenir du party de leur Prince, quelque vicieux qu'il soit: Et le deffendre contre un usurpateur, fžt il le plus religieux & accomply Prince du monde (Chp.15) [46].

DŽgagŽes de leur enduit religieux, les limitations de souverainetŽ impliquŽes par la thŽorie Žlective visaient ˆ contr™ler le roi. En rŽponse les Navarristes dŽfendent la plŽnitude de ses prŽrogatives. Plus les premiers minorent le roi, plus les seconds le magnifient, parfois exagŽrŽment.

Le huguenot Hurault Žcrit dans son 2e Discours sur l'Žtat de la France (1591) : La personne du Prince seule, unique, portant en soi & de soi son autoritŽ, laquelle il reoit par la lŽgitime succession de son prŽdŽcesseur & n'est contraint venant au royaume ˆ aucune condition qu'ˆ celle de la loi salique: ne peut tre ni Žlu, ni dŽpossŽdŽ; ne peut tre contr™lŽ; n'a nul compagnon en sa souverainetŽ, nul arbitre de sa domination... "Nul compagnon", expression que reprendra Coquille (1595, Institution...[47]), est l'exacte traduction de monarque (monos arkh—s) : la souverainetŽ du roi, non plus divisible que le point en la gŽomŽtrie (dira Lebret, 1632), ne se partage, ni avec les Žtats, ni avec le Parlement, ni avec les Grands. Ne pas confondre conseil et codŽcision : c'est autre chose de crŽer, & autre donner conseil de crŽer.

Quand Navarre sera pleinement roi, il ne manquera pas d'auteurs pour venir au secours de la victoire. Les proclamations flatteuses, voire flagorneuses, se multiplieront.

Poisson (1597, TraictŽ de la majestŽ royalle) : Soyez sujets en toute crainte ˆ vos rois & princes non seulement aux bons & humains, mais aussi rigoureux (p.22Ro)... Est-il en la puissance des hommes de constituer rois ˆ leur poste [ˆ leur gožt], d'exhereder & priver de la succession d'un royaume ceux ˆ qui Dieu le defere et lesquels il appelle? qui resiste ˆ la puissance resiste ˆ l'ordonnance de Dieu... (p.23Vo).

Ou encore Chappuys (1603, Citadelle de la royautŽ) : personne n'est par dessus le roi en la monarchie...(p.62Ro) Personne, devant ce malheureux sicle, n'a doutŽ que le Prince ne domine & ne soit par dessus le peuple, & Dieu seul par dessus le prince... (p.63Vo) ...qu'il ne faut pas mesurer la domination des princes par leur vie mais par la hauteur de leur dignitŽ & office (p.81Vo) ...ceux qui se rebellent contre la puissance souveraine sont dits rŽsister ˆ l'ordonnance de Dieu (p.93Vo) ...& en rŽsistant s'acquirent damnation (p.96Vo).

Toutefois, on ne doit pas prendre au pied de la lettre cet absolutisme littŽraire, en partie courtisan, en partie fonctionnel : l'assertion royale, d'abord lŽgitimatrice, est ensuite dŽfensive, pour renforcer le roi face aux mŽcontents, aux importants, aux problmes inhŽrents ˆ l'exercice du pouvoir (Thireau, 1997).

b) application

Quand Navarre finira par gagner, avec lui, triomphera le principe linŽal : ˆ dŽfaut de descendant direct du roi dŽfunt, lui succde l'a”nŽ de la branche a”nŽe de la ligne royale la plus proche. Aprs coup, Loyseau (1610) le formulera ainsi : Mais quant au Royaume il n'est pas dŽfŽrŽ selon l'ordre des successions ordinaires, & selon les degrez de parentŽ, mais selon l'Ordre & prŽrogative des branches & familles derivŽes de la maison de France : & encore en chacune d'icelles selon la prŽrogative des personnes, en prŽfŽrant toujours les aisnez, comme chefs de la branche ou famille... cette substitution graduelle Žtablie ˆ perpŽtuitŽ par la loi fondamentale de l'Etat qui dŽfre la couronne graduellement aux branches qui en sont issues les dernires, et qui partant en sont les plus proches; et en chacune branche, au chef d'icelle, d'a”nŽ en a”nŽ successivement... (p.88) Si donc les simples gentilshommes dŽfrent et cdent au chef d'armes de leur famille [...] ˆ plus forte raison doit-il avoir lieu en la couronne qui toujours est dŽfŽrŽe ˆ l'a”nŽ de la maison....(p.89).

Ainsi la parentŽ avec le roi dŽfunt n'importe plus : tout ˆ fait indŽpendamment du degrŽ de cousinage, c'est l'ordre des branches et des rangs qui dŽfinit la transition lorsque la lignŽe rŽgnante s'Žteint.

les Bourbon

Dans les annŽes 1580 ce principe est disputŽ de manire confuse car, outre l'arrire-plan politique qui commande les positions juridiques, le droit flotte entre consanguinitŽ (personne), primogŽniture (lignŽe) et reprŽsentation (hŽritage). Du c™tŽ des Bourbon, qui l'emporte ? le moins lointain (le Cardinal ou Montpensier) ? ou bien, sans se soucier de degrŽs, le chef de la branche a”nŽe de la Maison (Navarre) ?

Dans le schŽma ci-dessous je marque en gris les Bourbon vivants en 1589 (la branche a”nŽe surlignŽe en bleu foncŽ ; C=comte, D=Duc, Pr= Prince). J'omets le fils posthume du Prince de CondŽ, nŽ le 1er septembre 1588, dont le statut est alors incertain (b‰tard ou lŽgitime ? [48]) :


 

Le TraitŽ de Joinville (1584) dŽsigne le vieux Cardinal comme successeur ˆ imposer ˆ Henri III [49]. Les Ligueurs, niant les droits de la Maison de Bourbon, protestent que le Cardinal ne viendrait pas ˆ la Couronne en tant que Bourbon mais, intuitu person¾, parce que plus proche en degrŽs que son neveu Navarre : tout bon Arithmeticien tiendra pour une maxime que celuy qui est au vingt & unieme degrŽ de parentŽ au Roy, est plus proche que celuy qui ne luy touche qu'au 22e (DorlŽans, 1586). Antoine Hotman, l'avocat du Cardinal, ne dit pas autre chose. Les deux "oublient" Franois, Duc de Montpensier qui est ˆ ŽgalitŽ avec le Cardinal [50]. Oubli volontaire : quoique catholique, Montpensier, souvent en contentieux avec Guise, n'a pas adhŽrŽ ˆ la Ligue et il a un fils qui lui succŽderait, tandis que la mort prochaine de l'autre laisse un espoir ˆ tous les prŽtendants.

De Belloy (Examen du discours..., 1587) se laisse entra”ner dans cette discussion vaseuse et, confondant primogŽniture et a”nesse, dŽfend Navarre en trafiquant l'arithmŽtique. Na•vement, il divise par deux la distance en comptant les degrŽs canoniques (et non civils) et, surtout, il remonte absurdement Navarre d'un degrŽ, en l'assimilant ˆ son pre Antoine : Quant au Roy de Navarre, il le faut considerer en un degrŽ plus hault, & pareil que celuy dudit feu Roy Anthoine son pere, au lieu & place duquel il est surrogŽ, tenant l'a”nesse d'iceluy encor que veritablement il succede ˆ raison de son droict & propre personne (p.334). Ce encore que... marque l'embarras de l'auteur.

Je reproduis en note [51] son invraisemblable schŽma qui, omettant le Cardinal, met Henri ˆ sa place, au 10e degrŽ de S.Louis, par reprŽsentation de son pre : les deux Žtant supposŽs la mme personne, Navarre comme son pre est l'a”nŽ du Cardinal, bien qu'il ait trente ans de moins. Zampini en rira : [l'a”nesse] ne peut jamais passer du pere au fils, vu que l'‰ge du pere ne peut aucunement tre l'‰ge du fils !

De mme, la Sommaire Responce (1587, vraisemblablement due ˆ Antoine Hotman) se gausse : Vous faictes la genealogie du Roy saint Loys, & mettez le Roy de Navarre au meme degrŽ de parentŽ que son pere propre... je n'en vis jamais un pareil au votre, qu'en une meme cellule il y ežt le pere & le fils: mais j'ay decouvert votre intention, c'est que Monsieur le Cardinal de Bourbon est au dixieme degrŽ de S.Loys, comme aussi Monsieur le Duc de Montpensier, & d'autant que le Roy de Navarre est ˆ l'onzieme degrŽ, & que craignez qu'il soit deboutŽ par son oncle plus proche en degrŽ, ou par son cousin aussi plus proche d'un degrŽ, vous vous voulez echapper, en mettant le pere & le fils en un meme degrŽ de parentŽ (p. 14-15).

oncle et neveu

Le Cardinal se laisse manipuler par les Guisards (cf. Saulnier, 1912). Outre sa catholicitŽ, il a pour lui (et contre lui) son ‰ge, prs de 60 ans quand la Ligue en fait son apparente Žgide, opposant un Bourbon ˆ un autre. Mais, Henri III mort, le Cardinal sera d'autant plus gnant qu'il a pour hŽritier Navarre (ou, ˆ dŽfaut, Montpensier) ! Il sert de drapeau et, surtout, ˆ gagner du temps dans l'espoir de se dŽbarrasser de l'ennemi.

Aprs l'insurrection de la Ligue parisienne (Barricades, 12 mai 1588) et la fuite du roi ˆ Chartres, celui-ci cde (Ždit d'Union, 15 juillet), promeut Guise lieutenant-gŽnŽral des armŽes, exclut une fois de plus tout protestant de la succession au tr™ne et accorde au Cardinal de Bourbon, plus proche parent de notre sang, des privilges d'hŽritier prŽsomptif, sans cependant le qualifier ainsi (Lettres patentes du 17 aožt, enregistrŽes par le Parlement de Paris le 26). Quoique ce soit la Loi du Royaume (en l'occurrence difficile ˆ interprŽter) et non le roi rŽgnant qui sŽlectionne le successeur, la Ligue veut voir lˆ une reconnaissance du statut de premier prince du sang du Cardinal.

Ce dernier, emprisonnŽ peu aprs par Henri III lors du coup de Blois (dŽc. 1588), puis captif de Navarre, est oubliŽ par les Liguards qui prŽfrent une royautŽ sans roi. Ils attendent 1590 pour le proclamer (mollement) roi Charles X [52]. Il meurt deux mois plus tard et ce n'est pas avant 1593 que des "Žtats-gŽnŽraux" sont rŽunis pour lui donner un successeur.

Marionnette de la Ligue, ce Cardinal pose nŽanmoins un problme intŽressant : indubitablement le plus proche du dŽfunt roi en termes de consanguinitŽ, il est annulŽ en termes de lignŽe car Navarre est l'a”nŽ, non pas du Cardinal (!), mais de la branche a”nŽe des Bourbon.

Saulnier, 1912 : Le principal argument des partisans du cardinal est qu'en ligne collatŽrale le droit de proximitŽ se substitue au droit d'a”nesse, c'est-ˆ dire que celui-ci dispara”t avec le dernier reprŽsentant de la ligne directe... les partisans du roi de Navarre rŽpondent que le droit d'a”nesse est toujours transmissible, que le droit de succession une fois entrŽ dans une lignŽe n'en sort point avant qu'elle ne soit complŽtement Žteinte (p.104).

Non, disent Antoine Hotman et Zampini, plaidant pour le Cardinal. Dans De la succession... (1588), Zampini soutient qu'il s'agit d'une affaire de personne, non de Maison. Henri de Navarre, ˆ la suite de son pre, est bien le chef de la Maison de Bourbon, pas de la Maison de Valois de laquelle Antoine n'Žtait issu: il ne pouvait tre dit & rŽputŽ l'a”nŽ d'une maison en laquelle il n'avait pris son origine... (p.12)... Par ce moyen, la condition de Henri fils, ne peut tre meilleure que celle de son pre qui est son auteur... (p.14) [53]. Le dernier hŽritier prŽsomptif Žtait Franois d'Alenon. Qui reoit ses droits ? Le Cardinal, non pas pour tre de la famille de Bourbon mais le plus proche du Duc d'Anjou dernier dŽcŽdŽ [20Vo]. Il y a aussi Montpensier que l'auteur ne cite pas.

En rŽponse ˆ la Ligue, ds 1585, Franois Hotman (Disputatio de controversia patruis & nepotis), oublieux du principe Žlectif qu'il pr™nait en 1572, dŽclarait que le neveu, nŽ du fils a”nŽ dŽcŽdŽ avant lui (Antoine), exclut tous les autres, tant oncles que cousins. Ce disputatio prend la forme d'un arbitrage juridique sans allusion au cas visŽ. Il se termine par: ...il faut conclure que la succession au royaume, non seulement en raison du droit de la fŽodalitŽ et du droit civil, mais aussi en raison de l'ŽquitŽ naturelle, appartient seulement au neveu, nŽ du fils a”nŽ dŽcŽdŽ avant lui (ad solum nepotem, ex filio natu maiore premortuo), ˆ l'exclusion de tous les autres, tant oncles que cousins ). Il y consacre un nouveau dŽveloppement en 1588 (De jure successionis...) : ˆ dŽfaut d'hŽritier m‰le dans la ligne directe de l'a”nŽ (Valois), la succession est dŽfŽrŽe au plus prochain m‰le dans la ligne suivante (LEX QVARTA. Vt, si in stirpe filii primogeniti masculus esse desierit, tum ad eum qui in altera gentis eiusdem stirpe, proximus deprehendetur, regni hereditas transmittatur). Ce sont les lignŽes qui se succdent, pas les individus.

En effet, l'extinction des Valois-Alenon (1525) a laissŽ la seconde place aux Bourbon. Suite ˆ l'Žlimination du dernier Duc, le ConnŽtable, (1523-27), les Bourbon-Vend™me deviennent la branche a”nŽe de la Maison. En tŽmoigne la qualitŽ de premier prince du sang reconnue ˆ Antoine de Navarre, pre de Henri qui hŽrite donc du rang. Le Cardinal, pu”nŽ d'Antoine, ne compte pas, non plus que les a”nŽs des branches cadettes (CondŽ, Montpensier...). Tous, d'ailleurs, finiront par l'admettre en se ralliant, non sans arrire-pensŽes, ˆ Navarre, chef du parti Bourbon.

Avant 1584, quand la question ne se posait pas, Bodin optait pour le neveu contre l'oncle (Ždition 1578 de sa RŽpublique) : quand deux cousins germains, ou l'oncle & le neveu viennent ˆ la couronne d'un Roy mort sans enfans masles, soit qu'il fust esloignŽ de cinquante degrez, neantmoins celuy qui est venu des plus aisnez, ores qu'il soit plus ieune, l'emportera par dessus le plus vieil: comme il pourroit advenir, & est advenu en ce Roiaume assez souvent (Žd. 1578, p 730 ; Žd. 1579, p 991 ; Žd. 1583, p. 994).

Alenon dŽcŽdŽ (1584), ces mots en viennent ˆ dŽsigner Navarre que Bodin ne souhaite pas patronner. Il se corrige dans la nouvelle Ždition latine de 1586. Situons cette date : aprs l'Ždit de Nemours (18 juillet 1585) qui interdit le culte protestant et rend les Huguenots incapables de tenir & exercer aucunes charges publiques...; aprs la bulle privatoire de Sixte Quint qui dŽclare Navarre inapte ˆ succŽder (sept. 85) ; mais avant l'adhŽsion rŽticente de Bodin ˆ la Ligue en 1589 (Rose, 1978a).

Il s'adapte ˆ la nouvelle donne : L'a”nŽ sera prŽfŽrŽ au cadet, mme si le cadet descend de l'a”nŽ (senior iuniori anteferendus erit, etiamsi a primogenitis iunior stirpem ducat, p.733). L'oncle Žtant plus vieux que le neveu l'emporte sur lui malgrŽ l'a”nesse de son pre.

En 1590 la Lettre de Monsieur Bodin publiŽe par la Ligue est explicite et prolixe [54]. NŽanmoins Bodin ajoute (malicieusement ?) : le Roy de Navarre, quelque bon conseil & subtil quÕil puisse avoir, est ˆ mon iugement mal fondŽ, ou tres mal conseillŽ quÕil ne reconnoist Monseigneur le Cardinal de Bourbon pour Roy (p.15) car apres le deces de son Oncle aagŽ de soixante & sept ans il lui succŽderait en vertu de la Loi du Royaume.

o s'arrte la parentŽ ?

Reste qu'un "cousinage" qui date de plus de 300 ans manque d'Žvidence ! Rappelons-nous l'anonyme auteur du TraitŽ de la succession ironisant sur un qui ne lui serait que du Roy Louys le Gros qui rŽgnait il y a 470 ans. Un sicle de moins ne change rien, cela vaut pour Navarre comme pour son oncle : s'il s'agit d'un hŽritage, les deux sont forclos.

Tel est, bien sžr, l'argument des promoteurs des enfants de fille qui, eux, sont de vrais parents. Regardons l'Histoire, disent-ils : les successions collatŽrales n'ont jamais dŽpassŽ le 7me degrŽ civil (Louis XII, Franois Ier) car au-delˆ d'un certain point, la parentŽ cesse.


Le 4e concile de Latran (1215) rŽduisit de sept ˆ quatre le nombre de degrŽs (canoniques) crŽant un empchement dirimant au mariage. La consanguinitŽ finit donc au 4me degrŽ (8me degrŽ civil) : un arrire-arrire-grand-pre commun. Pour la prouver, il faut dŽjˆ disposer de bonnes chartes et de gŽnŽalogistes experts car qui conna”t la descendance de son trisa•eul ? Au-delˆ de ces quatre gŽnŽrations, les personnes sont Žtrangres les unes aux autres. Il en rŽsulte que les Bourbon contemporains de Henri III ne partagent pas son sang : s'il meurt sans fils, ou bien la Couronne passera ˆ un vrai parent (par fille), ou bien, la dynastie dŽclarŽe Žteinte, la nation choisira librement un roi.

Le liguard Discours sur la loy salique (celui que de Belloy, 1587, rŽfute) dit que tous les Princes de la maison de Bourbon sont au xxij. degrŽ du Roy S.Louys [...] Et qu'apres le x. degrŽ le sang est fort morfondu [refroidi]... et ajoute ironiquement : au reste nous sommes tous agnati aux autres, comme descendus de NoŽ, pour le plus long degrŽ.

Et, pour l'auteur du TraitŽ de la succession de 1588, la consanguinitŽ in infinitum n'existe pas : autrement tout tant qu'il y a d'hommes sur la terre seraient parents & hŽritiers les uns des autres... si ainsi est qu'au millieme degrŽ tous soient parents et du sang, je ne sais qui sera l'homme au monde qui ne soit prince du sang & hŽritier de la couronne de France (p.38).

Mais le temps des hommes n'est pas celui de la Couronne.

2.2. Transcendance de la Couronne

Ces comptages plus ou moins saugrenus traitent la Couronne comme un hŽritage privŽ pour en Žvincer le BŽarnais et, si personne d'autre n'y est habile, la dŽclarer vacante et en confier l'atttribution aux Etats gŽnŽraux.

La dŽfense du droit de Navarre s'appuie sur la distinction traditionnelle entre roi mortel et royautŽ perpetuelle que les LŽgistes ont formalisŽe ˆ de nombreuses occasions : sa transcendance soustrait la Couronne aux lois communes. Dignitas non moritur : le roi ne la possde pas, il en est le porteur. Meurt-il, la Couronne ne s'hŽrite pas, elle se pose, comme d'elle-mme, sur la tte du remplaant. Elle appartient ˆ la Maison de France et la Loi du Royaume la transmet d'a”nŽ en a”nŽ, de ligne en ligne, en l'occurrence ˆ Navarre.

Cette doctrine rŽpond ˆ toutes les objections contre Navarre. On ne peut l'Žcarter sous prŽtexte d'hŽrŽsie (a). Son trop lointain degrŽ n'importe pas car le droit ˆ la Couronne des descendants de Capet les marque d'une royalitŽ dŽfinitive qui les place au-dessus des autres (b).

a) successibilitŽ irrŽvocable

La capacitŽ ˆ la Couronne constitue une qualitŽ naturelle que le fils reoit de son pre quand ce dernier l'engendre. Effective quand le pre est le roi prŽsent, elle demeure potentielle s'il descend d'un roi passŽ. Dans tous les cas, elle est indŽfectible.

Dans la longue histoire des CapŽtiens, il est arrivŽ que des frres cadets, parfois aidŽs ou poussŽs par leur mre ou un oncle, songent ˆ supplanter leur a”nŽ, voire passent ˆ l'acte et lui fassent la guerre. Jamais ils n'ont rŽussi. Il est arrivŽ qu'un roi-pre se mŽfie de son fils et craigne, parfois ˆ juste titre, qu'il n'entreprenne sur lui : l'existence d'un futur roi ouvre une alternative et, si lui-mme n'a pas l'idŽe d'anticiper, des Grands la lui soufflent quand ils ont besoin de le mettre ˆ leur tte pour rendre leur rŽvolte honorable. Plus tard, les rois Valois auront maints ennuis avec les rebellions de leur fils, de leur frre ou cousin, au nom, bien sžr, du bien public (Collard, 2023). Mais, malgrŽ ces tensions, ˆ l'opposŽ de l'Angleterre dont les successions se souillent de guerres, de coups d'Etat, de meurtres et d'usurpations [55], aucun roi capŽtien n'a jamais ŽtŽ dŽtr™nŽ, ni aucun fils a”nŽ spoliŽ.

Charles VI offre un exemple emblŽmatique de l'un et de l'autre. Le roi fol, perdant son royaume au profit des Anglais, garde nŽanmoins la couronne jusqu'ˆ sa mort et l'exhŽrŽdation du dauphin Žchoue. On le sait, suite ˆ l'assassinat de Jean sans Peur au cours d'une nŽgociation avec le dauphin (1419), le nouveau Duc de Bourgogne force le roi ˆ renier son fils et ˆ lui substituer le roi d'Angleterre. La Couronne et la fille cadette de Charles VI Žchoient ˆ Henry V comme prises de guerre (Azincourt etc.). Il sera roi de France de son propre fait, sans s'appuyer sur le droit prŽtendu d'Edward III que le TraitŽ de Troyes Žlude. Pas de continuitŽ capŽtienne, fžt-elle artificielle. La Couronne passant ˆ Henry et ˆ ses hŽritiers, un changement brutal de dynastie renvoie au nŽant tous les Princes du sang royal de France : les fleurs de lys sont du tout dŽfamŽes & desjettŽes du trs-noble Royaume, dŽplore le bon et loyal franais [56]. Mais cette usurpation ne fait pas consensus et ne dure pas plus que l'alliance entre Bourgogne et Angleterre. Le dauphin (Charles VII), sacrŽ ˆ Reims dix ans plus tard (1429), se rŽconcilie avec Bourgogne (1435) et entre enfin dans Paris (1437). Conclusion : le damnable TraitŽ de Troyes, signŽ par trahison par un roi dŽment, prouve a contrario que le roi ni personne ne dispose de la Couronne, ne dŽsigne le successeur, ne discute celui que Dieu dŽsigne.

Il en va de mme si le roi n'a pas de fils et que le collatŽral de remplacement est connu et reconnu par avance. On ne regarde pas ses qualitŽs, seulement sa lŽgitimitŽ. De ce point de vue, l'hŽrŽsie de Navarre serait un dŽfaut aussi tolŽrable qu'un autre si elle n'apportait pas, dans le contexte, une trop bonne raison contre lui, raison claire, Žvidente, mobilisatrice, et simple ˆ comprendre (slogan value). Son instrumentalisation n'est qu'un incident historique sans rapport avec la thŽorie de la Monarchie et sans effet juridique, ce qui confirme  a contrario l'inconditionnalitŽ de la succession.

Le huguenot Hurault (1591) a raison de juger hors sujet la conversion de Navarre. En effet, son hŽrŽsie est nŽcessaire ˆ ses ennemis, il ne souhaitent pas qu'il la quitte, ils perdraient leur meilleur prŽtexte. Pour prŽvenir sa conversion, ils l'exigent en lui mettant la dague sur le cou, la discrŽditent d'avance, exagrent les formes requises et les conditions (pŽnitence, Žradication des hŽrŽtiques etc.), prŽtendent mme que la pŽnitence peut lui rendre le royaume du ciel, elle ne peut lui rendre son royaume de France. D'une certaine faon, cela arrange Navarre en lui donnant des excuses que ses catholiques peuvent entendre. Il attend longtemps, jusqu'ˆ ce que la situation soit mžre.

 hŽrŽsie et couronne

L'Edit de Juillet 1585 que la Ligue arrache au roi ne nomme pas Navarre en dŽclarant tous ceux de nos subjets de quelque qualitŽ & condition qu'ils soient, qui se trouveront atteints d'heresie, incapables de tenir & exercer aucunes charges publiques, estats, offices & dignitez en notredit Royaume. En Juillet 1588, le roi aux abois accorde l'Edit d'Union qui tape plus prs de la cible, sans toutefois l'atteindre : ...Ordonnons & voulons que tous nos Sujets unis jurent & promettent ds-ˆ-prŽsent &. pour jamais, aprs quÕil aura plu ˆ Dieu disposer de notre vie sans nous donner des enfans, de ne recevoir ˆ tre Roi, prter obŽissance ˆ Prince quelconque, qui soit HŽrŽtique, ou fauteur dÕhŽrŽsie. Dans les circonstances, Henri III ne pouvait pas faire moins, toutefois il mŽnage l'avenir : que Navarre se convertisse, il sera conforme.  Aussi les Liguards lui reprochent-ils de ne pas tre allŽ assez loin. Il fallait dire "hŽrŽtique, fauteur d'hŽrŽtique, ou l'ayant ŽtŽ un jour".

 Entre ces deux Ždits, le pape a fulminŽ, non sans hŽsitation [57], la bulle privatoire de septembre 1585. Elle comble les vÏux de la Ligue en excommuniant nommŽment et en privant de tous leurs droits et possessions Navarre et CondŽ, les dŽclarant [...] incapables & inhabiles de succeder ˆ quelque duchŽ, principautŽ, seigneuries et royaume & specialement au royaume de France... Sixte Quint prive Navarre de son droit ˆ la Couronne et, fermant maladroitement la porte, dŽsavoue par avance une Žventuelle conversion du relaps. Navarre va tra”ner longtemps cette maudite et bruyante casserole. Les Liguards, dŽjˆ plus fertiles en insultes qu'en arguments, n'ont plus qu'ˆ crier haro sur l'hŽrŽtique excommuniŽ et dŽchu (voyez DorlŽans, 1586, Advertissement des catholiques anglais...[58].

Mais l'intrusion du pape dans les affaires du Royaume rŽveille le trs vieux conflit entre l'Empire et le Sacerdoce, les glaives temporel et spirituel.

pape et couronne

Les rois de France rŽcusent l'autoritŽ du pape sur les affaires du royaume et sur la part temporelle des affaires ecclŽsiastiques (bŽnŽfices). Nombre d'entre eux se sont vus temporairement excommuniŽs pour des raisons matrimoniales, financires, militaires ou politiques : Louis VII, Philippe II, Louis VIII, Louis IX (!), Philippe IV, Charles V, Charles VII, Louis XI, Louis XII, et Henri II n'en fut pas loin. Aussi ont-ils contestŽ l'infaillibilitŽ du pape, rognŽ son pouvoir fiscal et grignotŽ la juridiction ecclŽsiastique par la procŽdure de l'appel comme d'abus. Le roi de France protge ses sujets des loups dŽvorants de Rome en les mettant sous la bergerie des Evques de [son] Royaume, & de l'Eglise Gallicane des libertez de laquelle, [le Roi est] seul protecteur.

De l'autre c™tŽ, le laborieux Concile de Trente (1545-63) proclame le "droit d'ingŽrence" papal, ce pour quoi il ne sera pas reu en France, malgrŽ de pressantes sollicitations. La bulle privatoire commence rudement, ˆ la faon de l'Unam Sanctam de Boniface VIII (1302), par : L'AuthoritŽ baillee ˆ S. Pierre & ˆ ses successeurs par l'infinie puissance du Roy Eternel, surpasse tous les pouvoirs des Roys & princes terriens et quand elle en trouve aucuns contrevenans ˆ l'ordonnance de Dieu, les prive de leurs sieges, les terrassant comme Ministres de Sathan.

Cela est inadmissible, non seulement pour les Navarristes mais pour tous ceux, nombreux dans les Parlements et dans l'Eglise, qui dŽfendent la souverainetŽ du roi et les libertŽs gallicanes : le pape n'a pas le droit de disposer de la Couronne, ni de la dŽpossŽder en mettant en proie les terres que Navarre tient en fief.

Aussi le roi rŽsiste. MalgrŽ l'intense pression de la Ligue, il ne se prononce pas sur le droit de Navarre avec lequel il reste en nŽgociation presque permanente, notamment par le truchement d'Epernon. Il ne reprend pas ˆ son compte la Bulle privatoire et rŽprime sa publication par la Ligue [59], comme d'accord avec les Remontrances de son Parlement : le pape, en visant Navarre, attaque le Sang royal. Quant a la Bulle sainte,... d'autant que nous ne trouvons point par nos registres, ni par toute antiquitŽ, que les Princes de France aient jamais ŽtŽ sujets ˆ la justice du Pape, ni que les Sujets aient pris connoissance de la religion de leurs Princes, la Cour ne peut dŽlibŽrer sur icelle que premierement le Pape ne fasse apparoir du droit quÕil prŽtend en la translation des Royaumes... bref, il nous doit montrer en quelle autoritŽ il entreprend de condamner votre Sang au feu, & envo•er, par maniŽre de dire, une partie de votre ame en enfer... la Cour ne peut dŽlibŽrer plus longuement lÕhomologation dÕune telle Bulle, si pernicieuse au bien de toute la ChrŽtientŽ, & ˆ la souverainetŽ de votre Couronne... (Repr. In: Mem. Ligue, T.1, p.225 sq.)

Encore aux Etats de Blois de 1588, en octobre, les Cahiers du Tiers exigent vainement du roi d'obŽir au pape et de DŽclarer Henri de Bourbon, roi de Navarrre, hŽrŽtique et notoirement relaps, criminel de lse-majestŽ divine et humaine au premier chef, inhabile et incapable de succŽder ˆ la couronne de France, privŽ de tous droits et prŽrogatives de prince et pairie, tant lui que ses hoirs procrŽŽs et ˆ procrŽer... (Isambert, Recueil des anciennes lois, 1829, T.14, p.631), ce qu'il ne fait pas. Aprs le coup de dŽcembre, le Procureur gŽnŽral le justifiera habilement dans son rapport sur les Cahiers [60].

de Belloy

De Belloy avait devancŽ la condamnation papale (Apologie catholique, 1585) : qu'un pape excommunie un prince ou un roi, ne l'autorise pas ˆ dŽlier les sujets de leur obŽissance [61]. Rome lui rŽpond anonymement [62], ˆ la fois pour ne pas compromettre son autoritŽ et ˆ cause des excs de la Ligue parisienne, que les papes commandent aux rois : le temporel Žtant soumis au spirituel, de mme que le corps ˆ lÕ‰me ; Navarre, hŽrŽtique, doit tre extirpŽ (Schmitz, 2015).

De Belloy revient ˆ la charge dans Moyens d'abus... (1586), dŽdiŽ ˆ Henri III (lui-mme bient™t menacŽ d'excommunication et destitution ˆ cause du meurtre du Cardinal de Guise et de la prison du Cardinal de Bourbon [63]). Cet ouvrage, ŽditŽ quatre fois dans l'annŽe 1586, remua aussi l'opinion des populations orthodoxes (Gagne, 1985). Il reprend en 400 pages les arguments gallicans traditionnels : sŽparation des glaives, autonomie religieuse du Royaume, suprŽmatie du Concile sur le pape. Navarre et CondŽ seraient-ils hŽrŽtiques, la charge de les discipliner n'appartiendrait pas au pape mais au roi et aux Pairs et, en dernire instance ˆ l'Eglise de France dont le pape n'est pas l'Žvque universel. Nos Žvques doivent annuler cette excommunication scandaleuse [64].

Nous n'avons que faire du Pape, ni de ses conseils, il nous suffit que nous savons que, par la loy de la Couronne, les Princes de la famille des Capetz, sont seuls nos legitimes Roys & naturels Seigneurs, les uns apres les autres selon l'ordre, & droit de leur naissance, sans nous amuser au conseil du pape, qui n'a que voir sur nous ni sur cette Couronne (p. 304).

De plus, le pape, en lanant sa malŽdiction sur Navarre et CondŽ, l'a Žtendue indžment ˆ leurs descendants dont le droit de succession, rŽsultant de la seule filiation, ne peut tre affectŽ par les fautes Žventuelles de leur pre : en vertu de la loy du royaume, la couronne ne peut appartenir ˆ autre qu'au plus proche du sang royal, par consequent puisque la loy la leur reserve, le pere ne sauroit les en priver, directement ou indirectement par son offense (p. 392).

Ainsi, la succession au royaume n'a rien de conditionnel ou de circonstanciel. Elle s'opre, en dehors de toute intervention humaine, par la vertu de la loi salique & royale (p. 391). Nul, quelque suprme qu'il soit, n'a la capacitŽ d'enfreindre cette loi. Et, quand Dieu nous aurait tant punis, que la maison de France seroit du tout faillie, (ce que ˆ Dieu ne plaise) ce seroit affaire aux Žtats d'y pourvoir (p. 375). Aux Etats, et non au pape.

b) la marque de la Couronne

Navarre ne tient pas sa Couronne de Henri III mais de Capet dont les Bourbon descendent via S.Louis. Depuis Robert de Clermont, ils constituent une Maison au sein de la Maison de France, une lignŽe du lignage royal.

fils de Capet

Dans De l'authoritŽ du Roy... [65] (1587), de Belloy se dŽbarrasse de la consanguinitŽ : le peuple & les Estats de France qui font la Loy, ont [jadis] estably Roy sur eux, & donnŽ le Royaume ˆ Capet & ˆ tous les siens (p. 323). Par cette "donation" dŽfinitive et sans retour, le peuple a renoncŽ ˆ son droit primitif d'Žlection et confiŽ pour toujours la Couronne aux descendants de Capet. Tous les fils de Capet sont successibles, chacun ˆ son rang. Il n'est pas question de l'heritage du Roy qui regne de present (p.331), mais de la succession du pre commun, Capet. Que Navarre et Henri III ne soient pas parents n'importe pas car Navarre n'hŽrite pas de Henri : En la Couronne de France particulierement nous n'avons point ˆ observer aucun degrŽ de consanguinitŽ pour la succession du Royaume (Examen du discours..., p. 322).

Certes, en remontant, la parentŽ s'arrte au 7me ou, au plus, au 10me degrŽ. Mais en descendant (ˆ partir de Capet) elle n'a pas de limite, autant que la parentŽ se pourra verifier par tesmoignages asseurez (ibid., p.320).

Ce retournement rŽsout toutes les difficultŽs de Navarre. D'une part, il court-circuite la proximitŽ des enfants de fille puisqu'on ne se soucie plus de la parentŽ avec le roi dŽfunt. D'autre part, on ne remonte pas ˆ un NoŽ qui nous rend tous cousins, mais ˆ un anctre identifiŽ, Capet, dont sort la dynastie rŽgnante. On ne contemple plus un infini douteux mais une suite de gŽnŽrations depuis l'origine, suite Žvidemment ouverte sur l'avenir, mais historiquement fermŽe sur le passŽ : le t0 est fixŽ ˆ Capet. Charlemagne, PŽpin, Clovis, MŽrovŽe sont hors jeu, et avec eux les prŽtentions carolingiennes du Duc de Lorraine et les laborieuses fantaisies qui cherchent (et chercheront longtemps) ˆ ancrer la 3e race dans la 2me, et la 2me dans la 1re.

Mieux encore, on Žlimine la question de savoir si on succede in infinitum ˆ la couronne de France en ligne collatŽrale. Un collatŽral du roi rŽgnant descend en ligne directe du pre commun. En ce sens, il n'y a jamais de succession collatŽrale. A l'extinction d'une lignŽe a”nŽe, la Couronne repart en arrire jusqu'au premier "subgŽnarque" (S. Louis en l'occurrence) et une lignŽe cadette prend le relais.

La reprŽsentation, trs disputŽe sur le terrain juridique, passe au plan symbolique : gŽnŽralisant la fiction de Charles V, que le pre et le fils sont la mme personne (eadem persona reputentur cum ipsis), chaque roi figure, incarne, est le gŽnarque qui, ˆ travers les sicles, se continue en lui. Dans son traitŽ de 1614 teintŽ d'un mysticisme ˆ la Postel, Malingre s'exclamera : quand telle succession est advenue, ce n'a estŽ une succession collaterale, d'autant qu'avoir la Couronne ce n'est succeder au Roy comme son heritier, ains ˆ la Couronne & Royaume comme fils & representant S.Loys en ligne directe venant la lignee de l'aisnŽ ˆ faillir, & ce en vertu de la loy Salique & du Royaume (p. 68 Vo)... Tellement que par cette representation nostre Roy Loys XIII. est reputŽ mesme personne que le dit Robert de France, fils de S.Louis (p. 71 Vo).

Et dŽjˆ l'auteur du TraitŽ de la succession (1588) concŽdait : quand bien les Princes du Sang ne seraient point parents de notre roy, comme trop ŽloignŽs, ils sont nŽanmoins enfants de Hue Capet...

Enfants de Hugues Capet : tout est lˆ. La parentŽ est descendante in infinitum.

Bourbon royaux

Aprs Henri II, on attendait de Franois II, ou, ˆ dŽfaut, de ses frres qu'ils aient des fils. Si, par malheur, ils en manquaient, les Bourbon qui, depuis des sicles, brillaient dans l'entourage royal prendraient le relais. L'a”nŽ de leur branche a”nŽe Žtait le successeur naturel, indŽpendamment mme des innombrables alliances qui liaient les Bourbon ˆ la lignŽe royale. Franois II mort (1560) et Charles IX mineur, la rŽgence devait revenir ˆ Antoine qui, entortillŽ par la reine-mre, y renona en Žchange de la libŽration de son frre, CondŽ, et ne fut que lieutenant-gŽnŽral du Royaume.

Nul ne se souciait des vingt degrŽs qui le sŽparaient du roi rŽgnant et tous les Bourbon m‰les ont ŽtŽ rŽputŽs princes du sang.

Mais les Guise Žtaient les favoris. Comme l'illustre la dispute de ChambŽry (1548) entre Antoine de Bourbon et Franois de Guise, duc d'Aumale [66], ˆ maintes reprises et, notamment lors de cette cŽrŽmonie superlative qu'est le couronnement, ils reurent une prŽsŽance indue sur les Bourbon. Le Duc de Bourbon-Montpensier en fit une affaire qui dura longtemps, revendiquant pour sa royalitŽ la prŽsŽance au sein des Pairs (Godefroy, 1649 ; Jackson, 1971), notamment au Parlement et au sacre [67] : les conseillers nŽs que sont les Princes du sang priment les conseillers crŽŽs.

Alors que, en principe, le rang des Pairs dŽpend de l'anciennetŽ de leur Pairie, Montpensier allgue que, Žtant du sang, il surpasse les autres, notamment Guise, Nevers et Nemours, quoique leur pairie prŽcde la sienne (Montpensier, 1539 ; Guise, 1527 ; Nevers, 1459 ; Nemours, 1507). Il proteste en justice pour bailler les roses au Parlement avant eux (1541, 1553), pour les devancer aux couronnements de Henri II (1547) et de Franois II (1559) et, dans sa Requte de 1575 qui sera satisfaite par le fameux Ždit cŽrŽmoniel de Henri III de 1576 [68], thŽorise : Le fondement dud. sr D. de Montpensier est en la seule marque de prince du sang de France qui est royale et si excellente qu'elle n'admet en France aucun en rang pareil en quelque acte qu'il se puisse dire [...]. Cette dignitŽ super-excellente vient et procde du roi, avec lequel, comme d'un lien insŽparable, sont unis les princes de France, n'Žtant ensemble qu'un corps et un sang descendus en droite ligne masculine d'un mme roi. Et comme tous sont capables de la couronne, reluisent en eux toutes marques royales, ayant cet honneur d'tre princes du sang du roi, par le moyen de laquelle splendeur ils ont leur rang sŽparŽ de tous autres; lequel rang n'est communicable ˆ aucun n'Žtant de ce ce sang... Que s'il a plu ˆ la majestŽ des rois anciens [de] crŽer des pairs, il ne se peut dire qu'aucun soit plus pair au roi que celui qui est de son sang et qui est capable de la couronne... il n'y en a point de mieux pair au roi que le prince de son sang.

 Quoique les Montpensier ne soient qu'un rameau cadet de la branche des Bourbon-Vend™me, personne ne dispute leur royalitŽ. Que la parentŽ des Bourbon avec le roi soit fort morfondue, n'implique pas qu'ils ne s'appartiennent en rien, si ce n'est d'Adam & d'Eve. Ils s'appartiennent en l'anctre commun dont ils sortent, les princes de France, n'Žtant ensemble [avec le le Roi] qu'un corps et un sang descendus en droite ligne masculine d'un mme roi, dit Montpensier. On ne saurait mieux caractŽriser l'essence royale des descendants de Capet.

Sans dŽtailler leurs privilges et leurs mŽsaventures, remarquons que, s'il leur arrive d'tre emprisonnŽs, voire dŽpouillŽs, ils restent traitŽs avec dŽfŽrence et splendeur (cour des Pairs) et, mme pour un tra”tre avŽrŽ, condamnŽ ˆ mort, l'exŽcution est remplacŽe par une dŽtention perpŽtuelle suivie d'une libŽration (voir le Duc d'Alenon en 1458 et, ˆ nouveau, en 1474). Quoique, ˆ la diffŽrence du roi, ils soient soumis aux lois, toutefois pour l'ordinaire l'on garde cette diffŽrence entre les enfants des roi & princes du sang et les autres sujets lorsqu'ils ont manquŽ ˆ leur devoir, en ce que ceux-ci sont punis selon la rigueur des ordonnances mais l'on traite plus doucement les enfants et frres des rois pour le respect que l'on porte ˆ leur naissance... Ce qui se pratique non seulement envers les frres mais encore envers tous ceux qui sont de la Maison de France bien qu'ils soient ŽloignŽs ˆ l'infini du premier tige (Lebret, 1632, p.26). Souvent d'ailleurs, le roi se contente de mettre en scne une admonestation suivie d'un pardon (par exemple, Charles le mauvais, en 1354).

IndŽpendamment de leur personne et de leurs mŽfaits, leur assassinat scandalise (notamment OrlŽans puis Bourgogne sous Charles VI) car on ne verse pas le sang sacrŽ.

ConclusionÑ le triomphe de Navarre

L'exŽcution "extrajudiciaire" des deux Guise (Amboise, 23 dŽcembre 1588) ouvre la phase dŽcisive. La menace de la Ligue oblige Henri III ˆ s'allier ˆ Navarre (avril 1589) [69].

Que, le 1er aožt 1589, sur son lit de mort, le roi recommande (ou non) Navarre aux grands seigneurs catholiques qui l'entouraient, ceux-ci, sans nier le droit de Navarre, rejettent sa huguenoterie. Aprs d'intenses et rapides dŽbats, certains le reconnaissent provisoirement, sous condition de conversion dans les six mois, ce qui, par contrecoup, entra”ne plusieurs Huguenots majeurs, comme La TrŽmo•lle, ˆ quitter le parjure avec leur armŽe [70].

Navarre est-il dŽsormais roi ?

Oui, disent ses partisans et ceux qui veulent croire aux promesses de sa DŽclaration de St Cloud (4 aožt) ou qu'impressionnent ses victoires (Arques, Ivry...). Villeroy Žcrit tristement ˆ Mayenne fin 1589 : Nous voyons non seulement ladite noblesse plus affectionnŽe au service du roy de Navarre quasi qu'elle n'estoit au feu Roy, et celle qui nous assiste trs-refroidie et degoustŽe de continuer ˆ ce faire... [71]. C'est dans l'espoir de rallier cette Noblesse qui suit ˆ present le Roy de Navarre que DorlŽans Žcrit le Second Advertissement en 1590 [72].

Non, soutiennent les Liguards et ceux que le massacre des Guise a rŽvoltŽs. Ils rŽaffirment que le roi doit tre Žlu par le peuple et contr™lŽ par les Žtats : n'y eut iamais estat bien policŽ o le souverain ait eu puissance absolu‘, de faire & manier tout ˆ son plaisir. Les Estats leur servent de bride & comme de mords pour les borner ˆ la raison... (1589, Le thމtre de France). Et, ailleurs : Les rois ˆ la vŽritŽ sont ordonnŽs de Dieu. Qui le nie ? Mais si, sont-ils Žtablis par le Peuple... Que si le roi dŽlaisse la loi de Dieu, Dieu et le peuple le dŽlaisse (1589, Dialogue du Royaume).

Les principaux de la Ligue, unis pour refuser Navarre et sa Salique, et s'en remettre au "peuple", se divisent sur la personne ˆ Žlire : tous ont envie de l'tre, chacun en sa chacunire. Aussi, les Žtats gŽnŽraux promis par Mayenne tardent ˆ tre rŽunis, de mme que, symŽtriquement, Navarre, pourtant formellement engagŽ, tarde ˆ se convertir, ˆ la fois par honneur (pas de marchandage, qu'on me reconnaisse d'abord !) et pour ne pas s'aliŽner ses capitaines huguenots, mais au mŽcontentement croissant de ses alliŽs catholiques.

Mayenne et Navarre sont tous deux dans l'impasse et le tiers parti pense sŽrieusement ˆ un Bourbon catholique, un CondŽ, le second cardinal Charles (1562-1594) : Le seul danger Žtait que le candidat dŽsignŽ par la combinaison des lois [de succession et de catholicitŽ] n'ežt pas l'envergure dŽsirable en un tel moment. C'est pourquoi les modŽrŽs jugrent inopportun d'insister sur le prince de Conti, pourtant premier Bourbon catholique selon l'ordre de primogŽniture. Il Žtait, ˆ en croire les contemporains, d'une intelligence fort rŽduite... Les espoirs du Tiers Parti naissant se tournrent vers son frre pu”nŽ, le cardinal de Vend™me, nŽ en 1562. (Villers, 1959, pp. 206-7). A dŽfaut, il restait encore Soissons et Montpensier fils, tous au mme degrŽ.

Les Žtats finissent par s'ouvrir le 26 janvier 1593.

Mayenne sait que lui-mme ne sera pas roi et veut empcher les autres de l'tre. Les rivalitŽs des Grands, les manÏuvres du LŽgat, les exigences des ambassadeurs espagnols, paralysent les "Žtats" que Navarre travaille en sous-main (confŽrence des catholiques pour la conservation de la Religion et de l'Etat, Suresnes, 29 avril-17 mai), app‰te avec la trve et trouble par sa conversion imminente. Nous l'avons vu, la cour d'Espagne, pour possibiliser madame l'infante (petite-fille de Henri II), dŽnonce la superstition de la loi salique, de tout cÏur avec la Ligue : Plustost nous quitterons nostre Salique loy / Que d'endurer sur nous l'Heretique pour Roy (Matthieu, 1589, La Guisiade, p.69 de la repr., 1744).

Le fameux arrt Lema”tre arrachŽ ˆ un Parlement de Paris hŽsitant (28 juin) ordonne de remontrer ˆ Mayenne Que les lois fondamentales de ce royaume soient gardŽes et les arrts donnŽs par ladite cour pour la dŽclaration d'un roi Catholique et franais exŽcutŽs [73]... et nŽanmoins dŽs ˆ prŽsent ladite cour dŽclare tous traitŽs faits et ˆ faire ci-aprs pour l'Žtablissement de prince ou princesse Žtrangers nuls et de nul effet et valeur, comme faits au prŽjudice de la loi salique et autres lois fondamentales de l'Žtat. Je l'ai dŽjˆ notŽ, la Cour Žcarte l'infante en tant qu'Žtrangre, motif qui vaut aussi pour un m‰le et entra”ne implicitement l'exclusion des Guise. Aussi du Vair (Suasion...) a peut-tre raison d'assurer ˆ la Cour, pour la convaincre d'adopter l'arrt, que celui-ci comblera les vÏux secrets de Mayenne [74], incapable par lui-mme d'annihiler son neveu Charles, quatrime duc de Guise, auquel se sont, en dŽsespoir de cause, ralliŽ les Espagnols, enrobant de ce sucre l'amre pilule de l'Infante.

Le Parlement, revenant au vieux contenu de la Salique (loi de naturalitŽ), refoule tous les concurrents de Navarre. Pour autant, celui-ci ne touche pas encore au but.

Son huguenoterie, d'abord nŽcessaire pour avoir un parti, se rŽvle de plus en plus gnante quand les Catholiques en viennent ˆ composer le principal de son armŽe : instruments de ses succs militaires, ils sont comme desesperez de la conversion du roy, promise quatre ans auparavant [75]. Les Parisiens assiŽgŽs et affamŽs la rŽclament aussi (semonneux). Leur aspiration ˆ la paix ouvrant une fentre d'opportunitŽ, Navarre cde ˆ la pression et ˆ l'occasion.

Absout par ses Žvques, il abjure enfin (S.Denis, 25 juillet 1593). Sa neuve conformitŽ met fin aux "Žtats" (8 aožt). Les "guisards" avaient toujours prŽtendu lutter, non pour conquŽrir l'Etat mais pour dŽfendre la religion et que si seulement Navarre avait ŽtŽ catholique... Et voilˆ la chose faite !

Les zŽlŽs contestent la sincŽritŽ d'un roi doublement relaps. Ils dŽnigrent un pardon que le pape s'Žtait rŽservŽ et une conversion hypocrite. Le Manant (ligueur) du fameux Dialogue de 1593, l'exprime vigoureusement : ...de dire qu'il va ˆ la messe maintenant & ˆ l'Žglise, ce n'est pas preuve suffisante pour conclure qu'il est catholique bien converti... (p. 41) ...ce que le souverain Pontife a fait & ordonnŽ ne peut tre effacŽ ni ™tŽ sans sa licence & permission, & de son autoritŽ; tellement que sa conversion prŽtendue est du tout hypocrite [...] & sa prŽtendue absolution nulle & sans effet, de sorte qu'il est comme il Žtait il y a un an, deux ans, vingt ans et trente ans, hŽrŽtique, relaps & excommuniŽ ; & consŽquemment incapable de rŽgner sur les catholiques (p. 42-43). Et, en aout 1593, le fameux curŽ Boucher prononce en l'Eglise S.Merry ˆ Paris une sŽrie de Sermons de la simulŽe conversion... [76] que DorlŽans dŽnonce aussi ˆ sa faon (1594, Le banquet du conte d'Arte).

Mais les bonnes villes ouvrent leurs portes, mme Paris (22 mars 1594) ; les Guisards et autres roitelets de provinces seront battus, sŽduits, achetŽs ; et lorsque malgrŽ l'Espagne, le pape lvera l'excommunication de Navarre (1595) [77], puis annulera son mariage (1599) [78] , lui permettant d'Žpouser MŽdicis (1600) et d'en avoir un fils (1601), alors, Henri IV sera vraiment le roi que pointait la linŽalitŽ : succession masculine de ligne en ligne au sein de la Maison de France. La mŽtamorphose de la Salique est achevŽe. L'exclusion des femmes allait de soi. En faire la base de la dŽvolution de la Couronne Žtait un malentendu ou une maladresse.

Aprs coup, on cŽlbre la Salique ˆ qui mieux mieux : Cette loi ayant ŽtŽ gravŽe non dans le marbre ou en du cuivre mais dans le coeur des Franais et toujours certainement gardŽe (Bignon, 1610, De l'excellence des rois et du royaume de France, p.285).

Aprs Loyseau (1610) dŽjˆ citŽ, Cardin Lebret la formulera ainsi (1632, De la souverainetŽ du roy, I, 4 : De la loi salique & fondamentale de la Couronne Souveraine de France) : de terra vero salica... des termes et du sens de cette loi on tire trois maximes qui sont comme autant de fortes colonnes sur qui cette monarchie est fermement appuyŽe. La 1. que ce royaume se confre par droit succcessif. La 2. que les femmes sont incapables de parvenir ˆ la couronne. Et la dernire que les m‰les succdent indŽfiniment, et en quelque degrŽ de parentŽ qu'ils soient ŽloignŽs (p.12). Notez bien le rapport entre 1) et 3). Le royaume est successif, non hŽrŽditaire : la Couronne se transmet de pre ˆ fils ou de lignŽe en lignŽe, donc le degrŽ de parentŽ avec le dernier roi n'importe pas ...bien que rŽgulirement la consanguinitŽ finisse au 10e ou au 7e degrŽ, d'autant qu'aprs une suite de tant de gŽnŽrations, la nature ne connait plus de parentŽ, nŽanmoins cela ne s'est jamais gardŽ en la succession de ce royaume [...]; de tout temps l'on a toujours portŽ ce respect au sang illustre des rois de prŽfŽrer ˆ tous autres en la succession ceux qui ont l'honneur d'en descendre... (p.18)

Chemin faisant,  s'Žvanouissent toutes les querelles ˆ propos de l'origine douteuse de la Salique. Bignon, 1610 : ...Au demeurant il serait superflu d'aller rechercher l'origine de cette loi salique et s'enquŽrir plus avant quand ni comment elle a ŽtŽ faite, puisqu'il appara”t de l'usage certain, et qu'elle a toujours ŽtŽ gardŽe par les Franais. Chantereau-Lefebvre, 1647 : Nos Ecrivains n'ont pas toutesfois entendu par le terme de Loy Salique, le Code de cette Loy... mais seulement la succession masculine de la Couronne. Idem Dupuy, 1655 : Les lois de la succession des rois dŽpendent plus de l'ancienne observance que non pas de l'Žtablissement par Žcrit... Ils [Anglais et Espagnols] ont raison de dire que l'on ne trouve ni commencement ni Žcriture de cette loi salique car la loi de nature est nŽe avec les hommes et est un droit non Žcrit... [ce] n'est autre que la loi de Nature gardŽe en la Maison de France (p.139) [79].

On retrouve et consolide les idŽes esquissŽes par du Tillet : le code des Francs saliques ne nous concerne pas ; nos auteurs (en particulier les fondateurs, Paul Emile, Gaguin, Seyssel) se sont embrouillŽs ; ce que nous appelons, suite ˆ cette confusion, loi salique est une coutume immŽmoriale de la Couronne.

Cette Salique qui n'a plus rien de salique, ˆ la fois expurgŽe et dŽveloppŽe, Ždicte que la Couronne de France est toujours successive, linŽale, agnatique, selon les mots de Grotius, 1625 [80], constitutionnalisant la thse partisane de l'Apologie catholique de Belloy (1585) : Le plus proche du sang Royal y est appellŽ par succession & surrogation perpetuelle (p.35). Cette surrogation (subrogation) identifie le nouveau roi ˆ chacun de ses prŽdŽcesseurs et, in fine, au premier roi ou, en l'occurrence, l'anctre commun, S. Louis.

En mme temps, parce qu'on n'est pas conscient de l'innovation ou parce que la durŽe constitue et prouve une coutume, on attribue ˆ Navarre la restauration de la Loy SALIQUE, Loy fondamentale de l'Etat, pour le soutenement de laquelle le Roy a combatu depuis quatre ans en a... Meritant notre bon Roy, pour cette occasion la mme & plus grande loüange de nous,& de notre posteritŽ, qui est donnee par notre Histoire au Roy Philippes de Valois [...] pour avoir soutenu la loy SALIQUE contre le roy Edouard d'Angleterre (1594, Remonstrance aux Franois, sur la conversion de Henry de Bourbon...).

Il est plaisant de voir le Valois gratifiŽ de dŽfenseur d'une loi salique dont il ignorait tout et qui, de plus, telle qu'elle apparut au sicle suivant, ne l'aurait aidŽ en rien, son compŽtiteur Žtant m‰le ! Mais que Navarre en soit crŽditŽ, met un point final ˆ la polŽmique qui pendant dix ans a ŽpluchŽ la Salique. UtilisŽe contre les Žtrangers, d'abord confusŽment (femmes), clairement enfin (arrt Lema”tre), sa portŽe positive Žtait restŽe floue.

L'avnement Henri IV lui donne son contenu dŽfinitif que le roi verrouille en abolissant les dŽbats et combats dont il est nŽ. Pour les premiers, Tous MŽmoires, Lettres & Ecrits publiŽs depuis le premier jour de Janvier 1589, pour quelques sujets quÕils aient ŽtŽ faits, & contre qui que ce soit, demeureront supprimŽs, sans que les Auteurs en puissent tre recherchŽs (Edit de Folembrai, Janv. 1596) ; pour les seconds, que la mŽmoire de toutes choses passŽes d'une part et d'autre, depuis le commencement du mois de mars 1585 jusqu'ˆ notre avnement ˆ la couronne et durant les autres troubles prŽcŽdents et ˆ leur occasion, demeurera Žteinte et assoupie, comme de chose non advenue... DŽfendons ˆ tous nos sujets, de quelque Žtat et qualitŽ qu'ils soient, d'en renouveler la mŽmoire... (Edit de Nantes, avril 1598).


 

Bibliographie

Sources

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Appendices.

Aprs avoir posŽ les principaux repres chronologiques, je donne des extraits de cinq textes importants, deux de Belloy, deux de DorlŽans, et l'anonyme TraitŽ de la succession de 1588.

Chronologie simplifiŽe

On se reportera ˆ MariŽjol, 1904, La RŽforme et la Ligue, qui, quoiqu'ancien, donne une claire vue d'ensemble de cette pŽriode confuse :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9864n/f1.item

 

Entre les Žvnements, je note en petits caractres les publications les plus pertinentes, ainsi remises en contexte.

 

1559,   Henri II (roi depuis 1547)

1560, mars, tumulte d'Amboise ; dŽc.,   Franois II ; dŽc., Žtats d'OrlŽans ; 1561, sept-oct, colloque de Poissy

1562, mars, massacre de Vassy ; avril, prise d'armes de CondŽ

1563, 19 mars, Edit de pacification d'Amboise

1567, dŽbut de la rŽvolution des Pays-Bas ; prise d'armes huguenote ; septembre, surprise de Meaux (CondŽ)

1568, 23 mars, traitŽ de Longjumeau rŽtablissant l'Edit d'Amboise

1569, La Rochelle ; bataille de Jarnac ( CondŽ) ; Moncontour (victoire royale) ; 1570, Edit de pacification de Saint-Germain

1572, S.BarthŽlŽmy

            Hotman Franois, 1574, La Gaule francoise

1574, 30 mai,   Charles IX, Henri III roi

1575, sept. fuite du Duc d'Alenon

            O.D.L.N., RŽsolution sur la prise des armes par les infŽrieurs

1576, 2-5 fŽvrier, fuite du roi de Navarre ; 6 mai, paix de Monsieur (Ždit de Beaulieu) ; 5 juin, Ligue picarde (PŽronne); novembre, Ligue catholique ; dŽcembre, Ždit des Princes du sang

1576-77, Žtats gŽnŽraux de Blois (6 dŽcembre1576-5 mars 1577)

            Bodin, La RŽpublique (1re Žd.)

1577, 17 septembre, paix de Bergerac, ƒdit de Poitiers (Beaulieu attŽnuŽ)

            Instruction des estats du Royaume... [aux] Envoyez vers le Roy de Navarre

1584, 10 juin,  Alenon (Franois, D. d'Anjou) ; 31 dŽcembre, traitŽ des principaux de la Ligue avec le roi d'Espagne (Joinville)

1585, 30 mars, Manifeste de PŽronne ; 7 juillet, Edit de Nemours (dŽpacification) ; 9 septembre, Bulle privatoire de Sixte Quint contre Navarre

            de Belloy, Apologie catholique...

            Declaration du roi de Navarre, contre les calomnies publiŽes contre lui

            1586, de Belloy, Moyens d'abus...

            1586, DorlŽans, Advertissement des catholiques anglais...

            1586, DorlŽans, Apologie ou defence des Catholiques unis...

            1586, Bodin, De Republica

1587, 18 fŽvrier,  Marie Stuart ; 20 octobre, bataille de Coutras (Navarre vainqueur)

            de Belloy, Examen du discours...

            Ñ, Sommaire responce a l'examen d'un heretique sur un discours de la loy salique

            de Belloy, De l'authoritŽ du Roy...

1588, 12 mai, barricades ; 15 juillet, Ždit d'Union, Rouen ; juillet-aout, Žchec de l'Invincible Armada; oct., ouverture des Etats gŽnŽraux de Blois ; 23 dŽc., exŽcution des deux Guise et emprisonnements

            Ñ, Responce a un livre, dŽguisŽ sous cet excellent titre 'De l'authoritŽ du Roy'

            Zampini, De la succession...

            Ñ, TraitŽ de la succession...

            Ñ, Articles pour proposer aux Estatz...

1589, 5 janvier,   Cath. MŽdicis ; 16 jan., Žpuration du Parlement de Paris; 30 avr, alliance de Henri III avec Navarre ; 5 mai, monitoire de Sixte contre Henri III ; 1 aožt   Henri III ; 4 aožt, Navarre, dŽclaration de Saint-Cloud ; 15-29 septembre, bataille d'Arques (Navarre vainqueur)

            Ñ, Dialogue du Royaume...

            Ñ, Le thމtre de France...

            [Genebrard], Excommunication des ecclŽsiastiques qui ont assistŽ au divin service avec H. de Vallois, aprs le massacre du cardinal de Guyse

            Boucher, De justa Henrici tertii Abdicatione

            Le Jay, De la dignitŽ des rois...

1590, 14 mars, bataille d'Ivry (Navarre vainqueur) ; 9 mai   Cardinal de Bourbon ("Charles X")

            Lettre de monsieur Bodin

            DorlŽans, Second Avertissement des Catholiques Anglois

            Duc de Nevers, TraitŽ de la prise d'armes

1591, 15 nov., exŽcution par les Seize de Brisson, premier prŽsident du Parlement ; 4 dŽcembre, coup de Mayenne contre les Seize

            Ayrault, ConsidŽration sur les troubles

            Coquille, Dialogue sur les causes des miseres de la France

1593, 26 janvier, "Žtats gŽnŽraux" de la Ligue ; 29 avr-11 juin, confŽrences de Suresnes ; 28 juin, arrt Lema”tre ; 25 juillet, conversion de Henri IV ; 31 Juillet (La Villette), trve gŽnŽrale de 3 mois ; 8 aout, prorogation (et fin) des Žtats

            Mayenne (duc de-), Declaration... pour la rŽunion de tous les catholiques

            Dialogue d'entre le maheustre et le manant...

1594, 27 fŽvrier, sacre de Henri IV (Chartres) ; 6 mars, Mayenne quitte Paris ; 22 mars, le roi y entre ; 16 novembre, paix de S.Germain avec Charles III de Lorraine, signŽe oct. 1595 (traitŽ de Folembray)

            Harangue de Mr d'Aubray, Sat. menip.

            Boucher, Sermons de la simulŽe conversion...

1595, 15 jan, guerre contre l'Espagne ; 17 sept., absolution de Henri IV (ClŽment VIII) ; 28 oct, soumission de Mayenne (jan. 1596, Ždit de Folembray); 1598 TraitŽ de Vervins (paix avec l'Espagne)

1599, Annulation du mariage de Henri et Marguerite de Valois

1600, Henri IV Žpouse Marie de MŽdicis

1601, sept., naissance du dauphin (futur Louis XIII)

Extraits

I. De Belloy, 1585, Apologie catholique...
II. DorlŽans, 1586, DŽfense des Catholiques unis...
III. De Belloy, 1587, Examen du discours...
IV. Ñ, TraitŽ de la succession..., 1588
V. DorlŽans, 1590, 2nd avertissement des Catholiques anglais...

I. De Belloy, 1585, Apologie catholique (extraits)

E.D.L.I.C, [de Belloy Pierre], 1585, Apologie catholique contre les libelles, dŽclarations, advis et consultations faictes, escrites et publiŽes par les liguez perturbateurs du repos du royaume: qui se sont esleuez depuis le decez de feu Monseigneur, frere unique duRoy, sl, 337 pages

 

Texte intŽgral : https://www.e-rara.ch/doi/10.3931/e-rara-7025

 

Ce long et pŽdant discours d'apologie de la Salique combat le principe Žlectif et met l'accent sur la successivitŽ (vs hŽrŽditŽ) qui, de droit divin, dŽsigne le nouveau roi auquel, qui qu'il soit, mme hŽrŽtique il faut obŽir. Avec une discussion subsidiaire sur l'oncle et le neveu et "l'identitŽ" pre/fils en matire d'a”nesse (visant ˆ rattraper le degrŽ manquant ˆ Navarre).

PubliŽ trois fois en 1585, deux fois en 1586. Traduit en latin

En retour : Romulo Francisco [Bellarmin], 1586, Responsio ad praecipua capita Apologiae, quae falso catholica inscribitur pro successione Henrici Navarreni in Francor regnum, Rome ; trad. 1588, Responce aux principaux articles et chapitres de l'Apologie du Belloy, slnn. Ce texte est centrŽ sur l'hŽrŽsie de Navarre et n'aborde pas directement la question de succession.

 

1re partie

¤7...[Ils disent] Que pas un des Princes de la maison de Bourbon, (exprimans notamment la personne du Seigneur Cardinal, duquel toutesfois ils se veulent targuer) n'est capable de la succession de la Couronne de France, parce qu'ils sont aujourd'huy outre le dixiesme degrŽ d'agnation ˆ la maison Royale, jusques auquel seulement les hereditez & successions sont transmises au plus proche par les loix civiles, & outre lequel aussi l'hereditŽ vacante appartiendroit au Fisc, qui est en ce cas l'assemblee des Etats & Pairs de France, pour proceder ˆ nouvelle election. Mais ils se laissent tromper ˆ leur malice, d'autant que le tiltre Royal de la Couronne de France, n'est pas hereditaire simplement patrimonial, ou feudal, & n'est icelle devolu‘ par droict de simple hered’tŽ civile, ains le plus proche du sang Royal y est appellŽ par succession & surrogation perpetuelle, sans fin, selon l'ordre de consanguinitŽ ou agnation masculine p.35-6

[¤8. successif, plus parfait qu'Žlectif] Mais entre les plus belles & parfaictes ordonnances de cette Couronne, celle est fort recommandable, par laquelle le Royaume appartient par succession, en vertu de la Loy Salique, au plus proche masle du Roy defunct, descendu par ligne masculine p.38... les sujects du Royaume qui ont veu naistre, nourrir & eslever leurs Princes, cognoissent mieux leur humeur ou volontŽ, & obeissent plus franchement ˆ ceux qui sont nez pour commander en leur Estat que aux autres nouvellement esleus, & lesquels ils se souvienent avoir veu pareils ˆ eux-mesmes, sans autre pouvoir, autoritŽ, ny puissance p.39... ESTANT donc cette Royale succession indubitable & sans contredit en ce Royaume, les sujects d'iceluy savent tousjours naturellement & presumptivement qui doit en apparence estre leur Roy p.40.

¤13. PRENONS maintenant la seconde branche, premier & principal fourchon de cette race [Bourbon], qui est la lignee du dernier puisnŽ, laquelle dure encores aujourd'huy & tient le lieu de l'aisnŽ, portant le nom & pleines armes, pour estre demeuree seule apres celle de l'aisnŽ finie & terminŽe [avec Charles, Duc de Bourbon, ConnŽtable de France] p.51.

 

 2me partie

 [ils disent que Navarre est b‰tard: mais sa mre, colloquŽe ˆ 8 ans au Duc de Clves par Franois Ier, avait fait annuler ce mariage]

7. La seconde objection qu'ils font, contient que ledict Seigneur Roy de Navarre est heretique p.74 [Deux points:] Au premier nous disputons si un heretique doit estre privŽ du Royaume qui luy eschet par succession, comme fait cestui-cy audict Seigneur Roy de Navarre; l'autre, si au faict qui s'offre, le Roy de Navarre peut estre appellŽ heretique & tel qu'il soit privŽ de sa succession... [l'exclusion concerne les successions ordinaires] autre chose est des Empires & Royaumes, qui ne peuvent estre arrachez de la main de ceux qui en sont les Seigneurs legitimes, soit pour heresie, ou autre raison quelconque, pour ce qu'ils sont tenus immediatement de la main de Dieu Eternel, non des hommes p.76... Je dy donc que ce n'est pas au peuple de controller, qu'avec humilitŽ & obeissance, les actions & qualitez de son Roy, mais il doit seulement lever les yeux au ciel & considerer en soy-mesme que par la volontŽ divine le sceptre est tombŽ Žs mains & pouvoir de celuy qui porte la Couronne, soit-il bon ou mauvais: singulierement quand il y est appellŽ par legitime succession, telle qu'est en nostre France p.78... selon la Loy du Royaume par laquelle le Roy ne meurt jamais, parce qu'incontinent le mort saisit le vif plus proche masle du defunct par agnation, suivant la generale coustume de France: Quand mesme il seroit inhabile, incapable & peu discret [sage] pour le gouvernement de l'Estat [tout au plus lui adjoindra-t-on un curateur]... [Le royaume] est successif, acquis au plus proche, non comme heritier du defunct, mais comme plus prochain de sang en ligne masculine. Par consŽquent, quel qu'il soit, il est appelŽ p.79... 9. MESSIEVRS les Evesques, prestres & docteurs, que pensez-vous faire? est-ce le commandement de Dieu ? p.82

[vices et perversitŽ du clergŽ, notamment envers les hŽrŽtiques ; dŽcimes, cupiditŽ et corruption]

12. A tout ce dessus & au discours du devoir & respect des sujects envers leurs Rois & Princes, en nostre faict, les perturbateurs du repos & des loix de ce Royaume, respondent particulierement contre le Roy de Navarre, qu'il ne sera jamais Roy de France, qu'il ne soit premierement sacrŽ, oinct, & couronnŽ selon l'ancienne coustume, gardee ˆ leur aduis despuis Clouis le premier Roy Chrestien : & que la seule nature ne le peut faire Roy, sans les ceremonies ordinaires ˆ l'advenement d'un nouveau Prince p.110... il faut qu'il scachent, que Žs Royaumes successifs, tel qu'est le nostre, le Roy vit perpetuellement & laisse le Royaume ˆ son plus proche en vertu de la Loy successive. A raison de quoy il est vray & legitime Seigneur au paravant qu'il soit couronnŽ: car aussi le couronnement ne sert que de declaration & publication d'honneur de la marque de sa qualitŽ, laquelle luy estoit acquise auparavant par nature & par la Loy de la succession p.111... les gens de bien accorderont tousjours, que le Roy est sacrŽ & couronnŽ, d'autant qu'il est Roy : mais au contraire, il n'est pas Roy pour avoir estŽ couronnŽ p.112... il est veritable que cette ceremonie n'apporte rien au droit de legitime succession du Roy p.118 [et Navarre, rest‰t-il hŽrŽtique, ne ferait rien contre la religion catholique]

18. PASSONS outre, & scachons si le Roy qui tient le sceptre & qui regne sur quelque Estat, particulierement sur le nostre, peut pourvoir & nommer un successeur autre que celuy que nature & la Loy du Royaume luy a donnŽ... Quelle meschancetŽ, de nous vouloir contraindre ˆ corrompre la Loy successive de ce Royaume, de laquelle nous avons ressenti le bon-heur depuis tant de siecles? p.136... la Loy du Royaume, par laquelle il est Roy, luy defend d'y toucher, puisqu'elle y a pourveu... Ce n'est pas d'aujourd'huy que nos Maistres disent que cela a estŽ & sera perpetuellement gardŽ par la Loy Salique de cette fleurissante Couronne, laquelle ne peut estre changee par le Roy qui tient le sceptre, parce qu'il n'est que tuteur, curateur, ou fructuaire & administrateur d'icelle p.138

19. OR donc puisque le peuple & sujects de cette Couronne n'y peuvent mettre la main, ny se dispenser du serment qu'ils doivent ˆ leurs Princes naturels, pour quelque occasion que ce soit: d'ailleurs que le Roy n'y peut pourvoir autrement que l'establissement & commune Loy du Royaume ne porte: voyons s'il appartient au Pontife de Rome de l'entreprendre... p.140

[long dŽveloppement pour distinguer la Terre et le Ciel. Tout au plus le pape peut-il excommunier un mauvais roi, c'est un abus de dŽlier les sujets de leur serment pour deux raisons:]

La premiere, que nous sommes obligez d'obeir ˆ nos Rois, bons ou mauvais, d'autant qu'ils ont estŽ esleus & nous sont donnez de la main de Dieu, tels qu'il luy plaist, pour nous commander. SECONDEMENT, que l'excommunication ne contient pas changement ou diminution de la qualitŽ de la personne p.167... puisque les Royaumes & Seigneuries sont pour la pluspart patrimoniales, du moins mondaines & terrestres, la proprietŽ & possession desquelles ne touche en rien le Royaume de Dieu, la declaration de la perte de l'un, n'apporte aucune consequence de la privation de l'autre p.168... si la sentence d'excommunication jettŽe contre le Roy, pour quelque juste cause que ce soit contient dispence ˆ ses sujects du serment qu'ils luy doivent, cette licence & permission donnee au peuple est contre la Loy de Dieu & toute raison humaine. CAR puisque les sujects sont obligez par le commandement de Dieu d'obeir ˆ leurs Princes, quels qu'ils soyent, & sans s'informer plus avant de leur conscience & deportemens, ils n'en peuvent estre dispencez... p.179 D'AILLEURS la Iurisdiction & pouvoir de l'Eglise, ne touche en rien les biens & choses temporelles, ains comme chacun sait, [...] n'est la puissance des Ecclesiastiques autre que spirituelle p.180.

24. RESTE la seconde question, pour nous instruire du faict, a sauoir si le Roy de Navarre ˆ present regnant est heretique [le concile de Trente Žtant nul] p.190...

25. Et n'est pas chose nouvelle en France de dire que le Roy & son Eglise Gallicane ne veut recevoir ledict Concile, d'autant que nos Rois ont tenu & conservŽ par dessus tous autres la libertŽ & franchise de leur Eglise... p.193

26. D'AILLEURS ledict Seigneur Roy de Navarre vous demande en vertu de quoy l'estimez vous heretique & opiniastre ? p.203 [il est chrŽtien]...

 

3me partie [Crimineux de lese-majestŽ]

LA troisiesme objection que les seditieux font courir en leurs libelles, contre ledict Seigneur Roy de Navarre, porte qu'il est rebelle, crimineux de lese-MajestŽ, fauteur & protecteur des conjurateurs contre le Roy: partant ennemi de l'Estat & de cette Republique, en laquelle il est, pour ces causes, indigne de commander p.235.

...si le plus proche du sang Royal se trouvoit ingrat & crimineux, non seulement envers le Roy son Seigneur, mais envers tout l'Estat, Republique, & MajestŽ de la Couronne, luy & sa posteritŽ peut estre attaint, convaincu, & jugŽ indigne ˆ jamais de la succession que nature & le sang luy avoyent acquise. Ainsi qu'il fut jugŽ par arrest de la Cour des Pairs de France, en l'an 1457 contre Jean II. Duc d'Alenon... encore que depuis cette procedure fut abolie & le jugement cassŽ...p.236

[mais ce sont eux, les crimineux] ce Prince [Navarre] n'a jamais, graces ˆ Dieu, offensŽ son Roy de parole, ny de faict p.242 [il s'est contentŽ de se dŽfendre]... nostre Roy & les Princes de Bourbon qui sont d'un mesme sang, tous descendus des Capets, leur peuvent veritablement asseurer [ˆ ceux qui les accusent d'usurpation], que ce sont eux qui sont certainement issus de l'agnation & famille dudict Charlemagne, duquel ces imposteurs veulent faussement pretendre l'origine des Lorrains: tout-ainsi que cestuy-cy estoit de la race des Merovingiens... p.253 Tellement que voila le progrez & genealogie veritable de nos Rois descendus dudict Hugues Capet: dont appert combien est fausse l'imposture des calomniateurs, qui disent que les Capets estoyent estrangers usurpateurs de la Couronne sur ceux de Charlemagne... tant sen faut que les Princes de Lorraine en puissent prendre origine p.262.

 

4me partie [Oncle et neveu]

EN la quatriesme objection, les adversaires du Roy de Navarre luy opposent Monseigneur le Cardinal de Bourbon son oncle, comme plus proche d'un degrŽ, & aujourd'huy aisnŽ de la maison de Bourbon, par le decez de feu Antoine de Bourbon, pere dudict Seigneur Roy de Navarre.

¤1. CETTE question est une des plus agitŽes, que toute autre que nous puissions remarquer, & laquelle ne peut estre vuidee par les restes que nous avons de la Loy Salique p.268... Mais il en faut cercher la decision dans les commentaires de nos Docteurs...[qui] ont conclud en faveur du nepveu contre l'oncle p.269 [jugements en ce sens]

¤3. La premiere raison, que le pere & le fils sont natura, dit Iustinian, une mesme personne, si que le pere ne semble pas estre decedŽ par la surrogation que nature fait de luy en la personne de son fils qui est une partie de ses os, & chair de sa chair p.279... de sorte que le fils naturellement, & civilement surrogŽ au lieu & place de son pere, doit jouir des mesmes privileges, dignitez & droicts qui pouvoyent appartenir ˆ iceluy defunct p.280

¤4. La seconde raison est du tout civile par laquelle nous disons, que le droict d'aisnesse est nŽ & formŽ en la personne du pere dez qu'il a estŽ au monde [...] Par consequent il est de nature, & ainsi transmissible... p.285 ce n'est point transmission proprement, en vertu de laquelle le fils succede au droict d'aisnesse de son pere, mais plus veritablement elle s'appelle continuation, representation, & surrogation naturelle en sa propre personne, separee pourtant du droict & qualitŽ paternelle, ores qu'elle soit produicte d'icelle... qu'elle ne peut perir par le trespas du pere premier nŽ p.286.

...La quatriesme est, que ores que le fils de l'aisnŽ soit plus eslongnŽ d'un degrŽ que son oncle, neantmoins estant surrogŽ au lieu & place de son pere, il doit estre preferŽ p.289.

Finalement il est sansdoute que le droit d'aisnesse est une qualitŽ qui passe en chacun des enfans, du premier au second, de cestuy-cy au troisiesme, & ainsi consecutivement p.290.

Les premiers chefs de cette raison seroyent veritables, si nous considerions le nepveu en soy & par sa seule personne: mais en ce faict, nous avons esgard ˆ luy comme surrogŽ en la continuation du droict de son feu pere [il ne s'agit pas de degrŽ mais d'a”nesse] 302...


 

II. DorlŽans, 1586, DŽfense des Catholiques unis (extraits)

Ñ, [DorlŽans], 1586, APOLOGIE OV DEFENCE des Catholiques unis les uns auec les autres contre les impostures des Catholiques associez ˆ ceux de la pretendu‘ Religion, slnn, 32 pages

 

Texte intŽgral : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6119806r?rk=85837;2

 

La Loi Salique n'est pas divine. Elle ne dŽsigne le successeur qu'ˆ condition qu'il soit soumis ˆ Dieu. On peut la rompre, comme le fit Capet lui-mme, mais d'ailleurs ce n'est pas nŽcessaire : le roi est jeune et il ne manque pas de princes catholiques. Dieu nous sauve!

 

[1. Sous couvert de religion, les hŽrŽtiques font la guerre au roi qui veut et doit rŽtablir l'unitŽ. Voilˆ pourquoi la Ligue est sainte]

Le second chef que pretendaient ceux de la Ligue etait qu'aucun ne fžt admis & reu pour successeur ˆ la Couronne s'il n'Žtait catholique ainsi qu'ont ŽtŽ tous les rois qui ont regnŽ jusqu'ˆ aujourd'huy p.14... de lˆ nos ennemis ont conclu que la Ligue Žtait dressŽe contre le roi de Navarre et tous les princes du sang, & que c'Žtait violer la loi salique [suffit que le roi de Navarre se fasse catholique. Sinon louons la Ligue de lui ™ter la couronne]... Vous me direz que la Loi Salique sera violŽe & que nous enfreindrons tout droit divin & humain p.15. A quoi y a facile solution... [car] aprs lui il y a des princes du sang qui sont catholiques... & quand il n'y en aurait point mais voulussent tous adherer au roi de Navarre et plut™t renoncer ˆ leur foi qu'ˆ la loi de Pharamond qui Žtait payen... en ce cas, nous qui n'avons point cette passsion particulire ˆ leur maison ni obligation si forte que de quitter notre foi et consequemment notre salut pour eux, nous ne ferons point conscience de rompre la Loi Salique qui a par plusieurs fois ŽtŽ rompue ˆ moindre occasion que pour la religion. Car plusieurs de nos rois premiers de la race de MerovŽe ont ŽtŽ chassŽs tondus... & Charles duc de Lorraine dernier de la race de Charles Maigne plus proche Prince du sang fut deboutŽ... p.16 au lieu duquel fut Žlu Hue Capet chef de la maison de nos rois qui a rompu la Loi Salique... De dire que rompant la Loy Salique on viole tout droit divin & humain, c'est chose que ie ne puis accorder... S'il est ainsi que de droit divin les filles & ceux qui descendent des filles de Rois sont incapables de regner, le Roy de Navarre ne serait pas Roy legitime de Navarre, parce qu'il le tient par la succession de sa Mere... Ny le Roy des Espagnes... [ni] la plupart des Ducs Comtes Marquis Barons & Seigneurs de la France... p.17

La Loi Salique ne dit point qu'on doive recevoir un heretique, celui qui l'a faite n'y a jamais pensŽ car lui-mme Žtait un payen & mecrŽant... Et cette loi ne se peut entendre sinon que quand celui qui est le plus proche est idoine & capable de commander, car s'il Žtait fol & insensŽ, s'il Žtait idol‰tre je crois que la Loi Salique ne serait pas gardŽe... p.18

Reste ˆ repondre aux calomnies que l'on propose contre la Ligue, c'est qu'elle n'est point conduite par un zele de Religion, mais pour assouvir l'ambition de la maison de Guyse, qui pretend la Courone. p.20 [calomnies etc.]

Est-il raison que pour le bien que lon desire ˆ MM de Bourbon & l'envie que lon porte ˆ MM de Guise nous laissons perdre notre religion?... pensons ˆ ce qui est de notre salut... p.23

Mais on [de Belloy] nous reproche que toute Ligue est contre l'Etat... me semble que le chef & les membres doivent conspirer en une mme fin [et les premiers ChrŽtiens furent condamnŽs pour conjuration] p.25.

[nous sommes liguŽs, les autres aussi]

Et si i'approuve la ligue, que pour cela on ne m'accuse point d'tre ennemy des Princes du sang, veu qu'elle est faite sous l'authoritŽ de monsieur le Cardinal de Bourbon premier Prince du sang & oncle de tous les Princes, puis que la Ligue n'est faite que contre les Heretiques, & que les deux tiers des princes du sang sont Catholiques, & si on parle de la Loy salique ce n'est pour la blamer, mais pour la rendre conforme & l'accorder ˆ la Loy du Deuteronome cy dessus alleguŽe qui ne permet de recevoir un Roy infidele, qui puisse conduire son peuple ˆ l'infidŽlitŽ p.29.

[le roi partage l'intention de la Ligue et en bŽnŽficie, les Guise sont ses parents et n'ont jamais forfait]

On les accuse qu'ils ont persuadŽ ˆ Monsieur le Cardinal de Bourbon [...] qu'il est le premier Prince du sang: ie ne veux icy me ietter en dispute pour sa primautŽ contre le Roy de Navarre son neveu. Mais ie diray que tout bon Arithmeticien tiendra pour une maxime que celuy qui est au vingt & uneme degrŽ de parentŽ au Roy, est plus proche que celuy qui ne luy touche qu'au 22e p.31.

De nous autres qui ne pretendons rien ˆ la couronne sinon ˆ celle qui est au ciel... nous n'avons intŽrt sinon pour notre religion...//32


 

III. De Belloy, 1587, Examen du discours... (extraits)

Ñ,1587, EXAMEN DV DISCOVRS PVBLIƒ CONTRE LA MAISON ROYALLE DE FRANCE, Et particulierement contre la branche de Bourbon, seule reste d'icelle, sur la Loy Salique & succession du Royaume Ñ Par un Catholique, Apostolique, Romain, mais bon Franois, & tres fidele subiet de la Couronne de France. sl., 355 pages

 

Texte intŽgral :

https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100155725

 

L'ouvrage a ŽtŽ publiŽ deux fois en 1587. Ces presque 400 pages contiennent beaucoup de galimatias biblique, antique et mŽrovingien. L'A. s'oppose ˆ un Discours sur la loy salique qui combattait ˆ la fois les droits du Bourbon et la salique, au profit des fils de filles.

Ce Discours sur la loy salique a circulŽ sous forme manuscrite. De Belloy en Žnonce ici les thses principales pour les critiquer. L'auteur du Discours rŽpondra ˆ de Belloy par la Sommaire responce ˆ lÕexamen dÕun heretique sur un discours de la loy salique, faussement pretendu contre la maison de France, & la branche de Bourbon, sl, 1587 (infra). Qui est cet auteur ? Philippe Hotman (Comensoli, 2023) ? Mais la Sommaire responce... para”t plus guisarde que lorraine, donc je penche plut™t pour Antoine.

 

PrŽface

...que c'est la Couronne qu'ils demandent, non pas l'extirpation de ceux qu'ils nomment Heretiques... s'ils vouloyent dire (comme ils disent faucement) que le Roy de Navarre & Monseigneur le Prince de CondŽ sont Heretiques, incapables d'estre Roys. Qu'est-ce qui pourroit empescher pourtant Monseigneur le Cardinal de Bourbon, Messeigneurs de Conti, Cardinal de Vendosme & Comte de Soisson, Messeigneurs de Montpensier & Prince de Dombes, d'estre habiles ˆ la succession de ce Royaume, chascun en son ordre & rang? puisqu'ils sont tres-Catholiques, & fils obeissans de l'eglise Romaine. Quel besoin estoit-il pour ru•ner les Huguenotz, de dire en leur discours, que tous les Princes de la maison de Bourbon sont au xxij. degrŽ du Roy S.Louys, qui est neantmoins une impudente & fauce proposition ? Et qu'apres le x. degrŽ le sang est fort morfondu ? Que la Loy Salique est une fable, controuvŽe contre les Anglois, & que les filles de France & leurs descendans, doyvent succeder ˆ ce Royaume? p.2b

[des Rosires prŽtend] que Hugues Capet & ses descendans ont volŽ le Royaume ˆ ceux-la, lequel ils pretendent retirer quelquejour... Il est vray que Messieurs de Guyse voyans que les Franois ne trouvoyent pas bon ce chemin, & que plusieurs beaux esprits amoureux de veritŽ, dŽmantoyent leur historien, ils ont prins autre chemin & se sont attaquŽs ˆ la Loy Salique de France, qui contient la succession de la Couronne, en faveur des masles & descendans d'iceux, de la souche Royalle p.3b.

ARTICLE I. DV DISCOVRS.

"Les Franois tiennent la Loy Salique en telle reverence, que Paul Emile dit que c'est le Palladium de la France." p.17

ARTICLE 2.

"La Loy est, que les femmes ne succedent en la terre Salique. Hinc la succe§ion de la Couronne appartient aux masles, & non aux descendans des femelles. Sur cette Loy est fondee la difference des Princes du sang & des estrangers : si qu'on dit qu'il n'en y a que ceux, qui sont capables de la Couronne. [sic] 24

EXAMEN. CET article peut estre divisŽ en trois chefs. Le premier, est de la succession de la Couronne, appartenant aux masles: le second, des descendans des filles: le troisiesme, des Princes du sang & des estrangers p.25.

[1]... Combien est plus honneste de voir les hommes gouvernez par les hommes? p.51... la condition de la femme est beaucoup plus imbecille & de moindre dignitŽ que celle que Dieu a mise en l'homme, singulierement Žs affaires publiques & graves p.67.

[2] si les masles descendans de la femme sont incapables du gouvernement...74

[puisque] de cette succession les femmes sont du tout privees & declarees incapables par la Loy Salique de France: les descendans d'icelles, quelques masles qu'ils soient, le doivent estre aussi, selon l'advis d'un infiny nombre de Docteurs... p.75... la Loy Salique & l'vsage d'icelle, defend, comme nous dirons tantost, de transporter la succession de la Couronne hors de la famille Royale, de laquelle les enfans des filles ne sont point, ains ils sont naiz en la puissance, agnation, & consanguinitŽ de leurs parens du costŽ paternel, dont ils portent le nom & armes. Moins encor leur appartient ce droict, ˆ raison, ou en consideration de leur mere, attendu qu'elle n'y a jamais pu rien pretendre, & que l'heritier & successeur ne sauroit auoir plus de droict que son autheur p.78... ainsi la fille, qui est entre ses propres enfans & le Roy decedŽ, empesche & coupe l'entresuite & le cours du droict de la succession de la Couronne p.79... la Couronne appartient au Roy & ˆ sa generation ou posteritŽ, sous le nom de laquelle les descendans des filles ne sont point entendus... n'y-a que les yssus des males qui naissent, vivent, & meurent en la puissance de l'ayeul paternel, & retiennent la force de l'authoritŽ & loy civile... 84 CAR veritablement il faut considerer, que la raison de la Loy [...] n'est point seulement fondee sur l'imbecillitŽ & infirme condition du sexe, laquelle se trouve trop souvent aussi au sexe masculin: mais principallement pour empescher, qu'elle ne tombe en estrangere main p.85-86... Car un Roy estranger, non Franois, voudroit tousjours auancer aux estats & offices du Royaume les estrangers & ceux de sa nation : Dont procederoit ˆ la fin une confusion & desordre intolerable en la nation Franoise, impatiente de ce deshonneur... p.89... par les plus vieilles Ordonnances de nos Roys, faites par l'advis du Conseil de France, l'estranger ne peut tenir office ny benefice dans ce Royaume p.94 ...n'est encor' jamais la Couronne de France sortie des mains des Princes vrais & naturels Franois, engendrez, naiz, nourriz, & eslevez entre & selon les mÏurs de leur nation p.95-6

[3] Princes du sang, lesquels sont seuls ˆ bon droict appellez de ce nom de Princes, quand ils se trouvent estre de l'estoc du Roy, & qu'il appert par la mesme famille & armes de sa MajestŽ, qu'ils sont capables d'estre Roys ˆ leur tour 97... Car encor' que nous ne vueillions nier, que les autres qui descendent des filles, soient Princes de lignage de cognation & de naissance, par le moyen du sang commun & naturel qu'ils ont avec le Roy : Toutefois puis que par la Loy civile de France ils ne peuvent attaindre ˆ la Couronne, & que les seuls masles & descendans des masles, ont ce droict & preeminence sur tous autres, il estoit raisonnable de les marquer d'un nom plus specieux, & approchant plus pres du centre de la MajestŽ p.98... il est sans difficultŽ, qu'ils ne peuvent estre appellez que Princes du sang, par un nom elegant, plus poly & mieux fermŽ que si nous les nommions Consanguins, c'est ˆ dire, Princes de consanguinitŽ [...], chose non convenable ˆ ceux qui sont conjoincts ˆ cause d'une femme... p.99 [qui sont] proches, ou conjoincts, comme naiz d'un mesme lieu: non pas Consanguins ou du sang: p.100 [pairie et apanages]...

Fait ˆ noter aussi un autre particulier privilege, que le premier Prince du sang, plus proche de la Couronne, sans estre fils du Roy regnant, tel qu'est de present le Roy de Navarre, peut demander au Roy la facultŽ de porter le tiltre & qualitŽ de seconde personne de France, & de crŽer mestiers es villes du Royaume.... p.137

...d'autant qu'en France n'y a qu'une seule SouverainetŽ, il n'est aussi loisible, qu'aucun y porte le nom de Prince, s'il n'est yssu des Princes de la maison Royale p.139... si pour avoir espousŽ des Princesses de France. Ils [Lorrains] se peuvent dire Princes, aussi sont bien les Seigneurs de la Vauguion, de Ioyeuse, de Laval, de Rieux en Bretaigne, de Bouillon, & une infinitŽ d'autres qui ont eu cet honneur plustost qu'eux p.142... Il est bien bien raisonnable de porter un respect publique aux filles de nos Roys, tant qu'elles vivent, pour l'honneur de leur origine, mais ˆ leurs enfans, on doit rendre ce qu'ils prenent de leur pere 145

 

ARTICLE 3-4-5.

"Ceux qui traitent de cette Loy en parlent incertainement, les anciens Historiens n'en font aucune mention. La premiere fois qu'elle fut alleguee, fut l'an 1316. sous Philippe le Long. Mesme ils ne sont d'accord de l'autheur de la Loy... Philippe de Valois allegua cette Loy, comme faisant pour luy..." p.146

... Or si les Franois ont fait des Loix Saliques pour une infinitŽ de choses de neant, pourquoy voulons-nous dire, qu'ils n'en ayent fait pour la succession de leur Couronne?... il se voit en cela [Agathias], qu'il y avoit quelque Loy touchant l'heritage de la Couronne. Mais particulierement pour l'exclusion des filles... p.171

MAIS quoy? Quand il n'y auroit point de Loy escrite, la coustume & l'usage contradictoirement jugŽ, n'est-ce pas une Loy? p.176... d'autant que l'usage gardŽ de temps immemorial, est & tient lieu d'expresse & certaine ordonnance p.177...depuis l'establissement de cette Monarchie en la personne du Roy Pharamond, 1200 ans sont passez, il ne se trouve point qu'il ait estŽ fait au contraire, quand la cause s'est presentee ˆ dŽmesler: de sorte que la prescription & l'usage de tant de siecles est plus que suffisant pour luy donner force de Loy, qui n'a pas estŽ gardee une ny deux fois seulement, mais une infinitŽ, & autant qu'il s'est presentŽ d'occasions p.178... Philippe le Long fut Roy de France, sans avoir esgard que le Roy Louys Hutin son frere decedŽ avoit laissŽ une fille [et les suivants]... Secondement, cet usage a estŽ jugŽ trois fois contradictoirement. La premiere, fut pour ledit Philippe le Long contre Iehane fille du Roy Louys Hutin p.179... La seconde fut incontinent apres. Car le Roy Philippe le Long deceda, ˆ luy survivans quatre filles. Toutefois Charles le Bel, frere dudit Philippe, succeda au Royaume de France, par seconde deliberation desdits Estats : qui eurent encor peu apres ˆ juger ce mesme different en plus forts termes contre Edouard d'Angleterre qui avoit d'aussi mauvais Conseillers, que peuvent avoir aujourd'huy les enfans des filles de France p.181.

Tellement que quand nous ne saurions parfaitement o est escrite cette Loy, ou qui en a estŽ l'Autheur, c'est assez que nous savons indubitablement, que c'est une ordonnance & reglement fait de toute antiquitŽ en nostre Republique, par lequel nous avons prosperŽ, & nous sommes agrandis en la benediction de Dieu pardessus tous les autres Royaumes de l'Europe p.203... Tellement que nostre Loy est du tout conforme ˆ la volontŽ, disposition & ordre plantŽ par le Toutpuissant, ˆ l'instinct de nature, & au mouvement de toutes choses. Parquoy si nous n'en savons autrement l'origine, disons qu'elle est veritablement divine & celeste [Clovis et Žcrouelles] p.207.

 

ARTICLE 6,

"Il y a des Loix muables & immuables. Celles qui sont sujettes ˆ changement, ne sont justes, si n'est par ce qu'elles sont approuvees & receu‘s..."218

CET Article, & les subsequens jusques au dixhuictiesme, se doivent rapporter ˆ la question, que l'Autheur de ce Discours veut faire, ˆ savoir, Si la Loy Salique, contenant l'exclusion des filles de la succession de la Couronne de France, est juste & raisonnable: partant si elle se pourroit changer, ou subvertir 219

... [rŽpŽtitions]

 

ART 22... "Et ne sera la Loy offensee, quand un Roy sera mort, si on eslit un autre, pourueu que les filles n'y soient appellees. La Loy sera aussi conservee, quand apres la mort du Roy, on eslira les descendus de la fille: lequel ne regnera contre l'intention de la Loy, qui ne veut qu'une femme succede. Et s'il est descendu de femme, aussi sont les autres hommes. Il ne doit estre nuisible ˆ un Prince pour regner, que sa mere soit fille de Roy, veu que defaillans les masles, il faut eslire un masle pour successeur de la Couronne." 276

L'objection a estŽ desja jugee par Arrest solennel des Estats de France France, en faveur de Philippe de Valois, contre Edouard d'Angleterre, fils d'une fille de France, qui approuva le jugement p.278-9... si nostre Autheur appelle, nuire au fils, ce que ne luy peut ayder, je le veux bien. Tant y a que ce n'est rien fait pour luy, si son pere n'est descendu des masles de la lignee Royale p.279... Sa mere ne peut luy donner le nom de Prince du sang qui seul est capable de la Couronne : par ce que c'est un droict paternel d'agnation & consanguinitŽ... [Navarre est seconde personne] encore que par sa mere, & du costŽ de ses ayeules & bisayeules paternelles & maternelles il soit descendu de la maison du Roy, & qu'il soit de toutes parts vray Prince Franois, & de telle qualitŽ ˆ cause des femmes, que quand on ne se feust reglŽ jusques icy par la Loy Salique, il seroit nostre Roy p.280... Neantmoins toute cette proximitŽ de par les femmes ne le sauroit faire capable de succeder ˆ la Couronne, s'il n'estoit de l'estoc de Bourbon p.283.

 

ARTICLE 26.

La question est, Si comme les Estats ont Souvent privez leurs Roys, aussi le Roy peut priver son heritier.

ΕΧΑΜΕΝ.

ICY comence la quatriesme Question de nostre Discours, A savoir, si le Roy peut priver son heritier de la succession du Royaume. En laquelle il [l'A.] conclud faussement, & contre l'advis de tous ceux qui jamais en ont escrit, qu'il est en la puissance du Roy de ce faire p.303... [car] que la succession du Royaume de France n'est pas acquise au successeur du Royaume, comme heritier & ayant cause du predecedŽ, qui n'en peut disposer en faon que ce soit, ains en vertu de la Loy Salique, & coustume perpetuellement gardee en France, contre laquelle n'a jamais estŽ rien fait ny attentŽ p.304... le Royaume n'est pas le propre patrimoine du Roy qui tient le Sceptre, ains c'est l'hereditŽ & patrimoine de la loy, ou de la coustume du Royaume, par le moyen de laquelle cette succession & cet heritage va de l'un ˆ l'autre, selon l'ordre prescrit en icelle p.306.

 

ART28 "Il est permis au pre d'exhŽreder le fils... Louys le Gros fit conronner Louys 7. contre Robert son aisnŽ, qui fut Comte de Dreux... " p.308-9 [vieille rumeur]

ART30. "Sur la Loy Salique on demande, si elle excede le dixiesme degrŽ..." p.317

... VOICY la cinquiesme & derniere Question de nostre Discours, A savoir, si la Loy Salique excede le dixiesme degrŽ de succession. Ce que nostre Autheur dispute malicieusement, d'autant que par sa resolution il cuide faire trouver raisonnable & legitime, l'exclusion de la Maison de Bourbon p.319

... disons que non seulement la succession de la Loy Salique, mais tout autre civil heritage, va & passe plus avant du dixiesme degrŽ. Il ne faut pas alleguer ˆ ce propos la Glose, ny Azo, Balde, ny tous les autres Docteurs... Cela donc se verifie par un lieu expres de nostre Ulpian, quand il discourt de de ceux ausquels la succession appartient ab intestat, qu'il appelle agnatos, lesquels il dit estre capables du nom & de l'heritage in infinitum... Or qu'est-ce autre chose [...] que sans fin, & autant que la parentŽ se pourra verifier par tesmoignages asseurez p.320... En la Couronne de France particulierement nous n'avons point ˆ observer aucun degrŽ de consanguinitŽ pour la succession du Royaume p.322... D'autant que le peuple & les Estats de France, qui font la Loy, ont estably Roy sur eux, & donnŽ le Royaume ˆ Capet & ˆ tous les siens p.323... en vain & sans raison demandons-nous, jusque ˆ quel degrŽ la Loy Salique doit, ou peut avoir lieu, veu qu'elle est tousjours vive, forte, & en sa vertu p.324... d'autant qu'il ne seroit pas question de l'heritage du Roy qui regne de present, ains de la succession & des biens du Roy sainct Louys, qui est le pere commun... auquel Roy saint Louys, le Roy de Navarre est au x¼. degrŽ au plus p.331... Quant au Roy de Navarre, il le faut considerer en un degrŽ plus hault, & pareil que celuy dudit feu Roy Anthoine son pere, au lieu & place duquel il est surrogŽ, tenant l'aisnesse d'iceluy, encor que veritablement il succede ˆ raison de son droict & propre personne p.334...

MAIS quoy que ce soit, nous n'avons pas affaire de savoir, enquel degrŽ ils sont avec le Roy tres-Chrestien : d'autant que quand ils seroient au miliesme, ils sont capables de succeder ˆ la Couronne, par les raisons susdites p.337

 

ARTICLE 33. "En France le Roy a droict de desherance: ce que ne seroit, si in infinitum in linea collaterali. Car au reste nous sommes tous agnati aux autres, comme descendus de NoŽ, pour le plus long degrŽ" p.338

IL est aussi certain & veritable, que tandis que la parentŽ & cognation se peut verifier en quelque degrŽ qu'elle soit, le Roy ne jouyst point du droict de desherance, d'autant qu'alors l'heritage n'est pas desert p.339.

ARTICLE 34. "Aucuns disent, que pour la Couronne seulement la succession va in infinitum. Car le Fisc n'est point considerable en la Couronne. Mais la response est, que post agnatos veniunt cognati ante fiscum" p.340

 

ART 35-36 "...Ces Gloses & authoritez [millesimo gradu] n'ont ny raison ny exemple..." p.341

...n'est-il pas veritable, que le Roy tres-Chrestien & Messeigneurs de Bourbon sont agnati & familiares ? p.342... que mesme quand ils seroient seulement eiusdem gentis, & qu'ils ne pourroient recognoistre de leur sang que le nom des Capets, & leur premiere origine & principe d'iceux, encor' ils en seroient capables p.343

Quant aux exemples que nostre Autheur desire, ˆ la veritŽ nous n'en pouvons alleguer, parce qu'ils sont de faict & ne sont point advenus. Mais c'est assez que nous avons la Loy & la Regle p.344.

 

ART 38 "... Le sang est fort morfondu outre le x. degrŽ" 347

...la Couronne de France peut appartenir ˆ Messeigneurs de Bourbon, quand ils seroient au milliesme degrŽ: d'autant qu'outre qu'ils sont de mesme nom & gentilitŽ des Capets, ils sont particulierement, & d'abondant, d'une mesme famille de Monsieur Saint Louys : & par ainsi donc agnati, encor' qu'ils ne soient pas ejusdem stirpis, c'est ˆ dire, d'une mesme ligne. Car le Roy tres-Chrestien est de l'aisnŽ, & le Roy de Navarre & tous les autres Princes de Bourbon sont yssus du puisnŽ p.355. FIN

 

Je donne ensuite quelques extraits de la rŽponse de l'auteur du Discours. Il s'agit peut-tre d'Antoine Hotman, l'homme des Guise, ˆ qui de Belloy rŽpond ˆ son tour la mme annŽe par : RŽplique faicte ˆ la Responce que ceux de la Ligue ont publiŽe contre l'Examen qui avoit estŽ dressŽ sur leur precedent discours touchant la Loy Salyque de France (introuvable)

Contre de Belloy, l'A. du Discours... proteste qu'il n'a pas attaquŽ la Salique, il n'a fait que le pour & contre. Il dŽfend les Guise contre les "calomnies" du prŽtendu catholique et conteste le degrŽ que ce dernier attribue ˆ Navarre. Au reste, le roi est jeune et disputer de sa succession est criminel. L'A. s'amuse ˆ poser la question cui bono ? Il n'y aurait gure que le roi de Navarre (descente de la fille du Hutin, mise ˆ l'Žcart de son oncle cardinal et de son cousin Montpensier, Marguerite). Les Guise ne sauraient en vouloir ˆ la Salique dont l'abrogation ne leur apporterait rien (il n'est ˆ presumer qu'ils veulent abolir, ce qu'etant aboly, ne leur apporteroit aucun droict ˆ la Couronne)

Au total, plus d'ironie Ñassez justifiŽeÑ que de raisons]

 

Ñ, 1587, Sommaire responce a l'examen d'un heretique sur un discours de la loy salique, faussement pretendu contre la maison de France, slnn, 39 pages

... [je] voudrois demander, Illud Ca§ianum cui bono. Car si la loy Salique n'a point lieu en ce Royaume, au proffit de qui la pourroit-on impugner, si ce n'est au proffit de la Royne d'Angleterre [hŽritire d'Edward III]... p.5 & apres elle celuy qui pourroit debatre cette loy, est le Roy de Navarre, qui est descendu de la fille du Roy Loys Hutin, Royne de Navarre... Doncques si ce n'est, ny pour la Royne d'Angleterre, ny pour le Roy de Navarre, que cette dispute ait estŽ faite, au proffit de qui pourroit-ce estre? car c'est hors de saison de debattre de la succession de notre Roy qui est encores en la fleur de son aage... p.6 Or advenant la mort de notre Roy, sans qu'il laisse enfans pour luy succeder (ce que Dieu ne vueille), qui a plus d'interest de soutenir que la loy Salique ne doit avoir lieu que le Roy de Navarre, pour en exclurre Monsieur le Cardinal de Bourbon, son oncle paternel, quand il dira que la Couronne appartient ˆ la Royne de Navarre [Marguerite de Valois] sÏur unique de notre Roy, non ˆ Monsieur le Cardinal, qui est plus proche du Roy que luy p.7.

...[je] ne puis penser quel droict Messieurs de Guyse se puissent attribuer ˆ la Couronne, quand bien la loy Salique seroit abrogee, si ce n'etoit pour les enfans de la feu‘ Royne d'Espaigne [Elisabeth], ou de la feu‘ Duchesse de Lorraine [Claude], sÏurs de notre Roy. Encores en tout cas ils seroient bien loing... p.8

Vous faictes la genealogie du Roy saint Loys, & mettez le Roy de Navarre au meme degrŽ de parentŽ que son pere propre... p.14 ie n'en vis iamais un pareil au votre, qu'en une meme cellule il y eust le pere & le fils: mais i'ay decouvert votre intention, c'est que Monsieur le Cardinal de Bourbon est au dixieme degrŽ de S.Loys, come aussi Monsieur le Duc de Montpensier, & d'autant que le Roy de Navarre est ˆ l'unzieme degrŽ, & que craignez qu'il soit deboutŽ par son oncle plus proche en degrŽ, ou par son cousin aussi plus proche d'un degrŽ, vous vous voulez echapper, en mettant le pere & le fils en un meme degrŽ de parentŽ p.15

Et combien que ce soit une regle memes approuvee par les Canonistes, que quand il est question de succession, on doit tousiours suivre l'arbre de consanguinitŽ des Iurisconsultes: mais en matiere de mariage & d'alliances, on suit celuy des Canonistes, toutefois vous me reprenez que faisant la genealogie de Messieurs de Bourbon, ie mets les degrez ˆ la faon des Legistes, non des Canonistes [...] mais ce qu'en faites est, que vous voulez montrer que le Roy de Navarre appartient de parentŽ ˆ notre Roy ˆ l'unzieme degrŽ, non au vingt-deuxieme p.16... si vous vous addressez aux Canonistes, ils vous diront que puis qu'il n'est point question de mariage mais de succession, leur arbre de consanguinitŽ ne doit point estre suivy, Beze vous en dira autant, desquels serez-vous ˆ la fin, puis que serez censurez tant en Sorbonne qu'ˆ Geneve. Mais comme un erreur attire l'autre, vous allez de pis en pis: car quand vous faictes la genealogie de S. Loys & y mettez tous les Princes du sang, vous obmettez ˆ y mettre Monsieur le Cardinal de Bourbon [...] toutesfois vous y mettez Monsieur le Cardinal de Vendosme son neveu p.17-18.

...d'autant que la loy Salique est fondee fur l'incompetance des femmes, il est vraysemblable que si lors que la loy fust faite qu'une fille ne succederoit point ˆ la Couronne de France, on eust demandŽ si un fils heretique y devoit succeder, que l'on eust repondu que si la femme pour son infirmitŽ en etoit incapable, ˆ plus forte raison un idiot & insensŽ, en seroit indigne & encores un heretique p.21.

...qu'il [Belloy] se souvienne que noz Rois ont accoutumŽ se dire Rois de France par la grace de Dieu, & que pour avoir la grace de Dieu, il doit tenir la foy Catholique p.24.

ie veux bien montrer que ce bel examinateur par sa Preface faicte expresse pour avilir & deshonorer la maison de Lorraine, ne parle qu'en calomnie p.27... Mais notre Roy qui a pris femme en cette maison, comme pourra-il souffrir l'avilissement de ces Princes, sa sÏur avoit epousŽ le Duc de Lorraine, dont il a des nepveux & niepces, le feu Roy Franois second son frere avoit epousŽ la petite fille de feu Monsieur de Guyse. Voila trois enfans du Roy Henry second mariez en cette maison... p.27

[suivent 10 pages de louanges des Lorraine et Guise]


 

IV.TraitŽ de la succession, 1588 (extraits)

Ñ, 1588, TraitŽ de la succession ˆ la couronne de France, slnn, 40 pages

 

Texte intŽgral :

https://numelyo.bm-lyon.fr/BML:BML_00GOO0100137001100968036

 

L'A., sans prendre ouvertement parti pour quiconque, affecte d'examiner la question par manire de dispute, ayant amenŽ les raisons qui sont d'une part et d'autre. NŽanmoins ses arguments en faveur des fils de fille sont trs convaincants.

Le texte, quoiqu'il ne soit pas formellement structurŽ, comporte trois parties. La 1re (8 pages) conteste l'exclusion des filles. La 2nde (16 pages), l'admettant ˆ titre d'hypothse, montre qu'elle ne justifie pas celle de leur fils. La 3me (10 pages), se demande jusqu'o, dans ce cas, faire remonter la succession collatŽrale, alors inŽvitable.

Pour les faire appara”tre clairement, je donne un sous titre ˆ chaque partie. Comme dans les autres textes, les soulignements sont miens.

 

[1. exclusion des filles non justifiŽe]

//On peut demander pourquoi en ce royaume de France les filles ne succedent point ˆ la Couronne, attendu que quasi par tout ailleurs se pratique le contraire... p.3

Les Franois allguent un article de la Loy Salique, entre 400 chapitres qui y sont compris, o il est dit que "de la terre salique..."; ce qui est si obscurŽment dit que c'est ˆ deviner si ce mot de terre Salique doit tre interprŽtŽ de la Couronne de notre France... p.4

Quelques uns sont d'avis que ce n'est point qu'il y ait loi Žcrite de la succession de la Couronne de France mais que c'est une coutume. Balde le tient ainsi, Froissard et du Tillet: pour ce que si la loi salique Žtait reue en France pour cet article, elle serait aussi reue pour 400 autres articles ... toutefois on ne peut remarquer un seul de tous ces articles qui ait lieu en ce royaume... p.6 Aussi de tous les articles, il ne s'allgue que celui que l'on dit parler de la Couronne de France p.7... il y a plus d'apparence que c'est une coutume observŽe en ce royaume, que les filles ne succedent point, qu'une Loy... p.8

D'allŽguer le droit des fiefs il n'y a aucune correspondance car tous les fiefs en France sont autant fŽminins que masculins: en dŽfaut de m‰les, les filles succedent & sont rŽduits ˆ la forme des patrimoines p.9... et ne sont filles des ducs en ce royaume plus capables de gouverner un duchŽ que les filles des roys de gouverner un royaume... Et est Žtrange qu'en ce royaume on ne nomme princes du sang que ceux qui viennent par leurs pres des rois de France, comme si le fils d'une fille de France n'Žtait pas du sang de son grand-pre p.11.

 

[2. Admettons, nŽanmoins: alors, l'exclusion des fils de filles n'a pas de justification]

Toutesfois puisque la RoyautŽ est un magistrat souverain & une dignitŽ ou charge, & administration d'un peuple, il est trs-raisonnable que les filles ne succedent point, d'autant que les sujets dŽdaignent le gouvernement des femmes, & que si elles se marient, elle soumettent leurs sujets ˆ des Žtrangers, qui est chose odieuse & insupportable... Cette loi salique a empchŽ que les Anglais nos anciens ennemis se soient emparŽs de la France p.13... Les Franois sont de tel naturel qu'ils ne peuvent compatir avec un Žtranger... C'est pourquoi il est trs utile au royaume de France que pour les filles nous retenions la loi salique, soit qu'elle soit loy ou coutume, encore qu'Žs autres royaumes cette faon ne se pratique point, et qu'en ce royaume les DuchŽs et ComtŽs tombent en quenouille... p.14

Mais la question qu'ont dŽbatu les docteurs... savoir si la fille du roy Žtant excluse de la couronne de France, les enfants m‰les provenus d'elle en doivent aussi tre exclus, d'autant que par sept fois, il s'est vu par notre histoire que les filles de nos rois ont ŽtŽ dŽboutŽes par leurs oncles ou cousins [p.14] paternels, encore qu'en tous ces exemples on ait tenu cette rigueur contre des filles qui Žtaient mineures et en bas ‰ge, voire ˆ la mamelle, & qui n'Žtaient dŽfendues... p.15. Cette question fut jugŽe et terminŽe en faveur du roi Philippe le Bel [sic, au lieu de Ph. VI] contre Edouard roi d'Angleterre p.16.

Toutefois s'il est permis par manire de dispute seulement dŽbattre cette question, on peut apporter quelques arguments pour montrer que les enfants m‰les d'une fille de France ne doivent tre exclus de la couronne par des parents du roy plus ŽloignŽs de consanguinitŽ qu'eux. Pour ce que par le droit & divin & humain, la succession d'un dŽfunt est due au plus prochain parent... [exemples historiques] p.17...

C'est donc une loi naturelle reconnue partout que le plus prochain exclud le plus ŽloignŽ en succession, qui fait que la loi salique semble tre contre le droit commun. Or n'Žtant dŽcidŽ par cette loi salique, savoir si les enfants m‰les des filles succedent au royaume, on peut dire que n'Žtant point de loi expresse, qu'il ne faut point Žtendre plus avant qu'il n'est portŽ par la Loi (extensio non est facienda contra ius commune). La seconde raison est que l'on dit que ubi cessat ratio legis & ipsa lex cessare debet. Or est-il que les filles ont ŽtŽ excluses par la loi salique ˆ cause de l'imbŽcilitŽ de l'esprit et que les franois ont dŽdaignŽ d'obŽir ˆ une femme, ce qui cesse ˆ un m‰le provenu d'une fille de roi. Tiercement il est vraisemblable que [p.18] si le roi n'a qu'une fille qui ait des enfants m‰les, lesquels sont ses enfants, ce roi [...] sera bien marri de voir ses collatŽraux tre prŽfŽrŽs ˆ ceux qui sont descendus de lui... Le roy donc qui aura de sa fille un fils aura grande occasion de dŽsirer qu'il lui succde, plut™t qu'un cousin ŽloignŽ peut-tre de fort loin... & ce fils aprs la mort de son pre ne pourra se commander qu'il ne querelle la Couronne, disant qu'il est petit-fils du roy, plus proche de beaucoup en parentŽ que les autres princes du sang... p.19 ...& dira que le peuple n'y a aucun intŽrt, pourvu qu'il ne soit point Žtranger mais Noble, et prince de son c™tŽ, & qu'il est de la race du roi par sa mre, qui est le plus sžr c™tŽ, mater enim semper certa, il aura ŽtŽ nourri en la maison du roy son grand-pre comme enfant. Et aprs la mort du roy, il sera mis aprs tous les princes du sang, loin de cent degrŽs de parentŽ, ce serait chose insupportable. La loi salique n'en dit rien, toutefois par la loi salique il sera dŽshŽritŽ de la succession de son grand-pre, n'ayant forfait envers lui: il est vraisemblable qu'il ne voudra endurer cette injure p.20... lui qui est un homme entier pour rŽgir et gouverner les sujets de son ayeul et bisayeul, n'est moins valeureux qu'un autre du sang qui ne peut nommer les roys dont il est descendu, sinon ceux qui sont morts 300 ans auparavant qu'il fžt au monde... Quand le peuple verra qu'un Franais nŽ en France, petit-fils d'un roi, succedera, il n'aura occasion de murmurer du nom et des armes; pour cela on ne verra aucun changement... Et d'allŽguer le jugement donnŽ contre Edouard roi d'Angleterre, il y a un bon contredit, pource qu'Edouard Žtait Žtranger, non naturalisŽ en France, tellement qu'il ne pouvait succeder p.21... Ce fils donc qui sera descendu d'une fille de France pourra dire que la loi salique ne l'exclud point de la couronne car elle ne parle point des enfants m‰les des filles... Et quant ˆ la raison de Balde qui dit que si une femme est incapable, consŽquemment sa postŽritŽ aussi, il n'y a apparence, d'autant ce que cela serait bien vrai si le fils y venait par reprŽsentation de sa mre p.23 ... mais s'il n'y a qu'une fille du roi et qu'elle ait un fils, ce fils n'y vient point par reprŽsentation, il y vient de son chef comme plus proche du dŽfunt roy p.24... tellement que la raison de Balde a beaucoup de fallences [failles] p.25...

Censorinus [...] fait une question, savoir si l'enfant est engendrŽ du sang tant de son pre que de sa mre, et conclud que l'enfant est fait du sang de la mere comme du pere. C'est l'opinion de Galenus [Galien] et des autres mŽdecins. De nommer donc ceux-lˆ du sang seulement qui sont parents par pre et non par mre, il semble que ce soit un abus p.26... Diodore sicilien dit que les Egyptiens estimaient que l'homme ne tenait rien du sang de sa mre mais de son pre seul. Aristote semble tre de son avis mais Galenus et les autres mŽdecins le reprennent en cela [Jesus Žtait de la race de David par sa mre etc].... Ce n'est donc pas improprement parler de dire que le fils d'une fille de roy est du sang du roy, et n'est point chose nouvelle que, non obstant l'opinion de Balde qui n'avait autoritŽ de faire une loy en France, les enfants m‰les des filles des roys succŽdassent aux royaumes, du temps mme que les royaumes Žtaient dŽfŽrŽs aux m‰les et non aux femelles p.27 [exemples historiques]

Quant ˆ la France, il ne s'est point pratiquŽ que le fils d'une fille de roi ait succŽdŽ, pour ce qu'il ne s'est point prŽsentŽ de fait semblable sinon que celui d'Edouard d'Angleterre qui Žtait Žtranger & ennemi capital des Franois... La plus grande raison qu'on allgue pour fonder l'opinion de Balde est que le royaume pourrait tomber en mains d'Žtrangers. Mais puisqu'en France les Žtrangers que l'on nomme Aubains quasi alibi nati ne succedent point on ne doit craindre cet accident p.29.

 

[3. Admettons nŽanmoins : quid alors de la succession collatŽrale in infinitum?]

Nonobstant toutes ces raisons on tient la loi salique si vŽnŽrable et si utile au royaume que tous les docteurs de droit comme Chassaneus [Chasseneux], Carolus de Grasariis [Grassaille], la glose de la Pragmatique Sanction et des concordats et autres, tiennent pour axiome et maxime indubitable que les enfants m‰les des filles de France [p.29] ne succedent point ˆ la Couronne pour l'incapacitŽ de leurs meres p.30.

Il vaut mieux donc suivant l'opinion d'Aristote ne changer point les Loix, encore qu'elles contiennent quelque iniquitŽ [citations] ... il est trop plus sžr de suivre le commun avis que de chercher des opinions nouvelles... Aussi ne prŽtends-je parler de ces questions que par manire de dispute, ayant amenŽ les raisons qui sont d'une part et d'autre. Il s'ensuit une question [...] savoir si on succede in infinitum ˆ la couronne de France en ligne collatŽrale... p.30 (...in millesimo gradu...) Mais qui peut tŽmoigner de cette coutume veu qu'il n'est encores advenu qu'aucun ait succedŽ au royaume, qui fžt ŽloignŽ de plus de sept degrez de consanguinitŽ...? p.31

il semble qu'il n'y ait pas grande raison d'appeler un hŽritier au millieme degrŽ, d'autant qu'il n'y a plus de parentŽ ni de consanguinitŽ, sinon, comme l'on dit communŽment, ils ne s'appartiennent en rien, si ce n'est d'Adam & d'Eve p.32 [citations]

...tous les docteurs tiennent pour une maxime que la succession n'excde pas le dixime degrŽ et quand elle excŽderait, ceux que l'on nomme cognati viendraient consŽcutivement aprs le dixime degrŽ de ceux nommŽs agnati. Les Canonistes en disent autant... p.35

la succession in infinitum n'est non plus que la consanguinitŽ in infinitum, autrement tout tant qu'il ya d'hommes sur la terre seraient parents & hŽritiers les uns des autres p.37 ...

Si les docteurs n'eussent dit [...] in millesimo gradu [...], nous ne nous fussions de tant avancŽs ˆ en discourir, mais si ainsi est qu'au millieme degrŽ tous soient parents et du sang, je ne sais qui sera l'homme au monde qui ne soit prince du sang & hŽritier de la couronne de France... Ceux qui tiennent la plus saine opinion se fondent sur ce que la royautŽ ne vient point aux Princes du Sang comme proches parents du roy car aprs les dix degrŽs il n'y a plus de parentŽ, mais pour ce qu'ils sont descendus du roy Hue Capet, leur tige, dont ils sont parents; d'autant qu'en ligne descendante, la parentŽ est in infinitum, aussi est la succession. De faon que les Princes du Sang sont parents de Hue Capet descendants de lui et consŽquemment ses successeurs... p.38

Par ces moyens, quand bien les Princes du Sang ne seraient point parents de notre roy, comme trop ŽloignŽs, ils sont nŽanmoins enfants de Hue Capet... & faudrait dire les Princes du Sang non du sang de notre Roy mais du sang de Hue Capet ou du sang de France. De manire que ceux de la maison de Courtenay & de Dreux qui procedent par m‰les de Louys le Gros roy de France, sont Princes du sang de France, non pourtant parents du Roy, et doivent venir ˆ la Couronne ˆ leur rang si les autres Princes du Sang venaient ˆ faillir... mais la difficultŽ serait [...] si l'un de ceux de Courtenay ou de Dreux, ŽloignŽs de trente degrŽs ou environ, seraient ˆ prŽfŽrer ˆ la succession d'un petit-fils de notre Roy par sa fille, et si notre Roy voulait souffrir que son petit fils fžt reculŽ de sa succession par un qui ne lui serait que du Roy Louys le Gros qui rŽgnait il y a 470 ans. Dieu veuille que telles disputes ne se fassent point de nos jours mais nous faire cette gr‰ce que notre Roy laisse lignŽe masculine pour apaiser tous diffŽrends qui pourraient sourdre... Salus populi suprema lex esto// p.40.


 

V. DorlŽans, 1590, 2nd avertissement des Catholiques anglais (extraits)

DorlŽans, 1590, Second Avertissement des Catholiques Anglois, aux Franois Catholiques & ˆ la Noblesse qui suit ˆ present le Roy de Navarre, Paris, Bichon, sn, c. 330 pages

 

Texte intŽgral:

https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100542070

 

Ce 2nd avertissement (c. 300 p) publiŽ, 1590, souvent avec une rŽŽedition du premier, s'adresse principalement ˆ la noblesse catholique qui suit ou tolre Navarre. MalgrŽ d'innombrables rŽpŽtitions, le pamphlet est aussi vigoureux dans la forme que faible dans le fond (sauf in fine ˆ propos de la reprŽsentation).

L'A., cultivant le parallle avec les troubles de la captivitŽ du roi Jean (Charles le mauvais), les croisades et les Albigeois, incrimine les villes qui n'ont pas secouru Paris, les riches qui n'ont pas donnŽ d'argent, l'oubli de la Noblesse (ˆ laquelle il s'adresse instamment), la mŽchancetŽ et le mŽpris de la justice, les pillages, les dissensions et traitrises dans Paris. Et vive Charles X ! et honneur aux Guise martyrs de la foi ! La Ligue est le seul remde et ne vise pas ˆ instaurer un Etat populaire, au contraire des huguenots qui veulent nous faire suisses. Henri III, l'Žcorcheur de Blois, tyran, sodomite et sorcier, offrait la couronne ˆ l'hŽrŽtique, Navarre, l'agent de Satan qui trompe la noblesse catholique, laquelle se trahit elle-mme. Navarre qui, en plus de tous ses vices et cruautŽs, est b‰tard de la paillardise de sa mre. Il vous prendra tout et vous dŽvorera pour nourrir ses hŽrŽtiques. Sans parler du Tiers qui, en plus, a maintenu l'union avec le roi aprs le massacre de Blois. De toutes faons, Dieu punit toujours les hŽrŽtiques, ils perdent les batailles tandis que les catholiques sont rŽcompensŽs. L'union est le salut. Le tyran n'a cessŽ de servir l'hŽrŽtique, Guise n'a cessŽ de le combattre. Dieu a donnŽ la victoire ˆ la Ligue. Quand seul Paris tenait encore et que les politiques allaient s'en emparer, le peuple, stimulŽ par la prŽsence de Guise, les a empchŽs. Aprs Blois, la Ligue renait de ses cendres. Ce n'est pas parce que le Cardinal est prtre et vieux qu'on peut le refuser comme roi. Au contraire. Et d'ailleurs, Navarre n'a aucun titre, le Cardinal est plus proche. Nobles, Dieu vous maudit et vous punira si vous ne renoncez pas ˆ soutenir Navarre.

 

...Qu'eut-il dit [le saint Franois Ier !] de voir ˆ present le Roy de Navarre en campagne, etre assistŽ de la Noblesse Franoise, qui cherche par le fer & par le feu de l'introniser sur les fleurs de Lis, combien que l'heresie, l'excommunication, le parjure & mille autres vices l'excluent de la moindre RoyautŽ, tant s'en faut qu'il doive parvenir ˆ la Couronne de France ? p.80a

Et qui ne s'esbahira maintenant de veoir la Noblesse Franoise ioincte au Roy de Navarre contre lequel il n'y a poinct longtemps qu'elle avoit la lance en l'arret ? p.84b

...l'excommuniŽ pour lequel vous armez est-il votre Prince ? n'est ce pas le Cardinal de Bourbon qui est votre Roy, comme etant du sang de voz Roys, le plus proche & non heretique, ny relaps, ny excommuniŽ, mais extremement Catholique ? p.87b

La Religion Catholique est la porte & le chemin par ou voz Roys entrent ˆ la RoyautŽ. Car qui renonce ˆ la Messe, & comme a faict le Roy de Navarre, il a renoncŽ pareillement & perpetuellement ˆ la Couronne de France p.91b.

Asseurez vous, Messieurs les Gentilshommes, que le gouvernement du Roy de Navarre est l'oppression du tiers Etat, c'est la mort du ClergŽ, c'est l'infaillible extinction de la Noblesse, c'est la difformitŽ, c'est la ruyne de votre Etat p.104b

...en vain vous travaillez de donner un heretique aux Franois, d'autant que iamais vous ne leur ferez avaler la pillule, que le cÏur ne leur bondisse, & qu'ils ne la reiettent incontinent. Et croyez, que c'est la plus haute & la plus perilleuxe entreprinse qui puisse iamais s'executer. Car si le peuple vient ˆ rugir contre un Lyon, il se fera entendre de l'extreme Orient en Occident, & la tempete de sa collere engloutira dans ses entrailles tout ce quelle trouvera de resistence contre lui p.107b.

[Dieu a fait mourir le tyran Valois et prŽparŽ l'avenir] Dieu vous a regardŽ en pitiŽ, qu'en luy sa race et demoure eteinte, & que d'un si mauvais Ïuf, il n'est Žclos un seul poulet 125b

Passons outre, & venons ˆ ce que vous dites que la Couronne appartient au Roy de Navarre, & que comme premier Prince du sang il a eu seance au conseil & au Parlement, & en toutes assemblees publiques par dessus le Cardinal de Bourbon son oncle. Nous ne voulons parer ce coup des fins de non recevoir qui sont evidentes, & qu'etant heretique & relaps & excommuniŽ, crimineux de leze MajestŽ divine & humain, il a etŽ iugŽ par les Etats indigne, & incapable de tous honneurs, dignitez, & prerogatives en ce Royaume... Nous dirons seulement que les places du Conseil & du Parlement ont etŽ donnees au Roy de Navarre, non pour etre declarŽ du sang, veu que le temps n'avoit fait ouverture ˆ telle question, mais pour la dignitŽ royalle [navarraise] qui surmarche toutes autres layques dignitez p.134b... Il est donq aisŽ de verifier que telles seances ne se donnent pour la proximitŽ du sang, mais pour la prerogative qui suit les Couronnes [cela se passait du vivant du Duc d'Anjou, de Charles IX et de Henri III, et ne tirait pas ˆ consŽquence. Aussi le card.] deferoit doncques au Roy de Navarre en telles seances, comme au fils de l'ainŽ de sa maison, comme ˆ celuy qui portoit les armes plaines, & luy deferoit pour ce qui etoit du droit de la maison, mais non pource qui etoit du droict de la Couronne de France, qui est un droict ˆ part, un droict o lors on ne pouvoit penser, un droict qui n'est de la maison de Bourbon, & moins encores de la maison de Vendome p.135a... [Aprs la mort du D. d'Anjou, le cardinal] poursuivit son droict envers le deffunt Roy... Ce qui luy fut accordŽ... Qui montre qu'il est assez ˆ temps de quereller ce droict, quand l'ouverture s'en presente... Et comment ne seroit il le plus proche de la Couronne, veu que l'oncle est plus proche d'un degrŽ que le nepveu ? C'est pourquoy le Iurisconsulte Cujas, etant priŽ d'ecrire en faveur du Roy de Navarre, repondit elegamment, qu'il ne pouvoit falcifier les Loix au prejudice de l'oncle p.136a... Mais vous dittes que la Couronne luy appartient par droit de representation... Vous trompez, vous abusez, Messieurs de la Noblesse... Le droit de representation est un droit incogneu & ignorŽ en France, principalement en ce qui touche la Couronne... il ne se trouvera que persone de voz Roys y soit venu par droit de representation, mais de leur chef seulement, & comme le plus proche... Iustinian ny les Empereurs ne donnent point les Loix en France, vous ne recepvez voz Loix des Romains, la France ne tient que de Dieu & de l'epee, & n'est aucunement subiette ˆ l'Empire p.136b... Revenons doncques ˆ ce droict de representation si souvent condamnŽ par le iugement de voz Roys non passionnez, si souvent condamnŽ par l'yssue des batailles qui sont les vrays iugemens de Dieu, & disons que ce droict a touiours etŽ incogneu en la France, & nullement usitŽ, que quand on a iugŽ plus par faveur que par iustice, plus par passion que par raison. Cela se verifie par toutes les coutumes de France, ou il n'est faict aucune mention de ce droict p.138b...

Et quand cette coutume seroit la coutume de France, ce que nous ne pouvons accorder..., encores, votre representation ne pourroit servir au Roy de Navarre, soit en ligne directe, soit en ligne collatŽrale. En ligne directe, pource que vous n'etes pas en ce cas... En ligne collaterale pource que la meme coustume n'admet ce droict de representation, sinon en un cas qui est quand il s'agit de la succession d'un oncle entre le nepveu & les freres du decedŽ, & d'une succession qui vient de leur estoc, qui ne se rencontre en la question qui se presente [d'autant qu'il ne s'agit pas d'une succession divisible]... D'autant que ce droict de representation n'est qu'un droict inventŽ par une fiction, ce n'est qu'un droict imaginaire, qui n'a la force, la vigueur & la puissance de rompre le droict de proximitŽ, qui est un droict solide, un droict fort & vigoureux, & qui sert de fondement ˆ tout le droict successif p.139ab.

[Conclusion : rŽcapitulatif, pp 140sq] ...Ce sera lors, que vous recongnoitrez voz fautes, mais ce sera ˆ tard, car la plenitude de l'ire de Dieu sera venu‘, & voz miserables enfans payeront avec usure les detestables abominations de leurs peres qui auront adorŽ Baal & fait la foy & hommage au Roy de Navarre, qui est le Dieu & le Seigneur des heretiques, & l'Žgout ou se rendent toutes les immundices de la France 142b. FIN.


 

 

Notes de fin



[1]  Discours des vertus et des vices de l'histoire, et de la manire de la bien escrire, par M. Le Roy de Gomberville, Paris, Toussainct du Bray, 1620

En 1665, dans sa PrŽface aux Memoires de Nevers (cf. aussi Radouant, 1911) Gomberville regrette de n'avoir pu Žcrire l'histoire impartiale de la Ligue qu'il voulait entreprendre et dont il fut fortement dissuadŽ par le Garde des Sceaux (du Vair) puis par Richelieu qui le renvoyrent ˆ l'Žcriture des romans. A 20 ans, il publia nŽanmoins ce Discours dans lequel, parmi d'innombrables considŽrations sur les historiens de l'AntiquitŽ qui sentent le collge, il esquisse une analyse surplombante. Se plaant du haut de l'autoritŽ royale, Gomberville renvoie dos ˆ dos catholiques et huguenots :

...Celuy qui voudra commencer l'histoire de Henry quatriesme, [...] il n'est nullement permis de taire que la Royne sa Mre & que Beze l'ayant iectŽ dans le party des rebelles, il porta tousiours les armes contre le service du Roy, iusqu'a ce qu'il vint trouver Henry troisieme ˆ Tours. Ie say bien que l'on me peut obiecter lˆ dessus, l'extrŽmitŽ o il estoit reduit parmy tant d'ennemis, & avecques si peu d'asseurance qu'il avait dans la Cour: toutes ces raisons sont excellentes, mais contre l'auctoritŽ souveraine, c'est un crime qui se doit punir de mort, de penser seulement qu'il y ayt quelque image de raison dedans tous les soulevements qui se peuvent de faire... p.106

Mais ˆ lors que l'historien viendra ˆ la mort de Henry troisieme, il faut qu'il face Žclater hautement la Iustice des armes de ce grand Roy, qu'il accuse celles de Monsieur du Mayne & de toute la Ligue,  de rage, de rebellion & de perfidie. Il faut crier partout que les Papes n'ont point de droict sur les Couronnes, qu'il y a une grande difference entre les cas de conscience & les successions hŽrŽditaires: mon CurŽ me peut bien excommunier mais il ne me sauroit empescher de succder ˆ mon pere... p.109

...tous ceux qui ont tracŽ l'histoire de nos divisions civiles, n'ont iamais sceu comme il la falloit escrire... il semble que Dieu leur eust visiblement mis les armes entre les mains [aux antagonistes]  pour vanger sa querelle & sa Religion. Au contraire, tout le monde sait les puissants interests, les ialousies & les inimitiez particulires de la Maison de Lorraine contre celle de Bourbon & de Mommorency, qui iecterent les vns dans le party des rebelles, & les autres dedans celuy du Roy. Au commencement de ces divisions il sembloit que ce ne deust estre que de petites querelles entre ces Maisons: mais les vns & les autres ayant ioinct l'interest de la religion, de l'Estat, & de la libertŽ ˆ leurs malveillances privŽes, porterent mille fois la Couronne iusqu'au bort du prŽcipice & de sa ruine p.113-4 ...Toute-fois personne n'a encore eu le courage de descouvrir les causes de la longueur de ceste incurable maladie... ils se sont Žloignez tellement de la vraye cause, & ils en ont parlŽ avecques tant de passion, & avecques si peu de prevoyance, que si l'on ne l'escrit d'autre faon, asseurŽment l'on n'en verra iamais la pure vŽritŽ.... p.115.

Tous les esprits Žgarez qui ne iurent jamais que par les libertez de l'Eglise Gallicane & par l'indŽpendance de la Couronne de France, sont parmy les dŽlices quand ils dŽcrient les libelles, ou pour mieux dire les prodiges que la Ligue a faict naistre contre les feux Roys Henry troisieme & quatrieme : mais ils temoignent en cela leur indiscrŽtion de ne pas accuzer les Protestants de la meme insolence, & de la mesme rŽbellion. Les Huguenots ont estŽ les premiers qui ont faict les livres o l'on apprend qu'il faut prendre les armes contre le Souverain... p.120

Depuis cinquante ans on a vu en France peu de personnes qui n'ayent estŽ dedans l'vn de ces grands partis qui ont si long-temps dŽsolŽ cet Estat... p.132


[2] La propagande de guerre anti-anglaise, dont le premier exemple se trouve dans l'oeuvre polŽmique de Jean de Montreuil, est axŽe autour de deux grands thmes : l'exaltation du passŽ glorieux de la France par la saintetŽ de ses rois et la vaillance de ses chevaliers ; la nŽcessitŽ prŽsente de lutter contre la perfidie de l'ennemi (Pons Nicole, 1993, "De la renommŽe du royaume ˆ l'honneur de la France", In: MŽdiŽvales, n¡24, N¡1., p. 101). Au XVe, quelques raisonnements se dŽvelopperont comme auxiliaires des nŽgociations et finiront par invoquer une loi salique qui ne s'instituera rŽellement qu'au XVIe, vraisemblablement en lien avec les successions de Charles VIII et Louis XII et, d'autre part, les ambitions franaises de Henry VII et Henry VIII Tudor qui pousseront les historiographes ˆ rŽinterprŽter la querelle anglaise des XIVe et XVe.


[3] Le titre vient de l'incipit du texte : Pour ce que pluiseurs a la relation dautrui sans avoir certaine cognoissance de la verite des matieres ou a lappetit des parties ausquelles ils sont plus affectionnes parlent des questions et debas qui jˆ par long temps ont este et aincoires durent entre les rois et royaumes de France et d'Angleterre...

Sa premire publication en 1507 (Paris, Niverd) s'intitule : La Loi Salique, premire Loi des Franois, ou TraitŽ contre les prŽtentions des Anglois au Royaume de France, ˆ l'occasion des Trves rompues en 1449.

Le TraitŽ est inclus dans l'Žd. 1557 de la GRAND' MONARCHIE (Paris, Galiot du PrŽ), pp. 81Ro-153Ro, sous le titre La loy Salique, premiere loy des Franois, faite par le Roy Pharamond, premier roy de France, faisant mention de plusieurs droitz appartenantz aux Roys de France (Publication moderne par : Anstruther Robert, London, 1847, foliotŽ ˆ part, pp. 1-117, sous le titre Pretensions des Anglois a la Couronne de France ; Tayor Craig, 1998, 'La querelle Anglaise': diplomatic and legal debate during the Hundred Years War, with an edition of the polemical treatise 'Pour ce que plusieurs', Appendix, pp. 38sq. avec une introduction).

Potter, 1937 : Be it remembered that this is the text by which the Salic Law was most frequently interpreted to France in the course of the course of the Renaissance... It was viewed also as being sustained by all the precedents, and as being essential to the state's integrity, a provision wise, natural and necessary, that the crown of France might not fall into unseemly hands... p.252.

Ce traitŽ tardif comprend trois parties : seule la premire est pertinente pour la revendication de la couronne de France par les Anglais ; la seconde aborde leurs droits sur telles seigneuries particulires, la troisime rŽpond aux accusations relatives ˆ la rupture des trves.

Ecrit sous Louis XI, quand les victoires franaises et la guerre civile anglaise ont ŽcartŽ la menace, le TraitŽ veut dŽmontrer l'inaptitude des rois d'Angleterre contemporains (les rivaux Henri VI et Edward IV), ˆ se rŽclamer des droits que n'avaient pas Edward III. Il fait preuve d'une bonne connaissance de l'histoire, coutumes et chroniques anglaises, et examine les successions qui y ont eu lieu.

Le morceau de bravoure est le dialogue (fictif) entre Philippe de Valois et Edward devant les Žtats gŽnŽraux que beaucoup d'historiographes reprendront ou enjoliveront, y ajoutant la harangue "quenouille et ŽpŽe" qu'aurait prononcŽ Robert d'Artois, ami du Valois et futur tra”tre, comme, par exemple, Mezeray, historiographe de France, 1643, Histoire de France depuis Faramond jusqu'au rgne de Louis le juste,  Paris, Guillemot, T.1, pp.755 sq. : ...ne voyez-vous pas [aurait dit Robert] qu'il serait bien plus contraire ˆ la Nature que des hommes flŽchissent le genou devant une femme, qu'une quenouille f”t la Loi ˆ une ŽpŽe, que des gens armŽs et montŽs ˆ cheval se remuassent par les lŽgres passions d'un sexe le plus souvent inconstant, quelquefois vindicatif et toujours faible, que les chefs d'armŽes allassent prendre les ordres dans un cabinet de poupŽes, que les Ordonnances d'un grand royaume se conussent dans le bal et dans une assemblŽe de Damoiselles,et qu'en fin le sexe le plus imparfait t”nt la baguette pour commander au plus noble...

Encore en 1774 Gaillard, dans son Histoire de la Querelle de Philippe de Valois et d'Edouard III... qui ne manque pas de qualitŽs, reprend la lŽgende de la Harangue : Ce fut le fameux Robert d'Artois qui dŽfendit les droits de Philippe de Valois, son beau-frre... Ce Prince, dit-on, Žtoit Žloquent, ce qui n'Žtoit pas mme nŽcessaire pour dŽfendre une cause si Žvidemment bonne & si rŽcemment jugŽe ((T.1, p.97-8).


[4] La Navarre historique s'Žtend des deux c™tŽs des PyrŽnŽes. La partie ibŽrique (Pampelune) en constitue la quasi totalitŽ.

La Navarre entre dans l'orbite "franaise" par le mariage de Thibaut de Champagne (1234) dont l'arrire-petite-fille, Jeanne I, reine de Navarre, Žpousera Philippe IV le bel. Leur fils a”nŽ (Louis Hutin) est le premier roi capŽtien de Navarre, suivi de ses frres et successeurs.

Lorsque la couronne passe au Valois (1328), la fille du Hutin, Jeanne, ˆ prŽsent mariŽe ˆ Philippe d'Evreux, est assez grande et puissante pour renŽgocier sa spoliation initiale : si elle ne reoit que des compensations pour la Champagne et la Brie, elle obtient, en hŽritage de son pre, la Navarre dont les Cortes la rŽclament comme reine (Pampelune, 1 Mai 1328).

Plus tard, la conqute de la Navarre par l'Espagne, initiŽe par Ferdinand le Catholique en 1512, est achevŽe par son petit-fils et successeur Charles Quint, de 1512 ˆ 1529. Les tentatives de reconqute restent infructueuses (1512, 1516, 1521).

Par le traitŽ de Cambrai entre l'Espagne et la France en 1529 (paix des Dames) la "Haute-Navarre" (presque tout le pays) est annexŽe par la Castille, tandis que la minuscule Basse-Navarre reste un royaume indŽpendant, gouvernŽ par la Maison d'Albret.

Cf. Ostolaza Elizondo Maria Isabel, Adot Lerga çlvaro, 2012, "Le royaume de Navarre et le territoire de Basse-Navarre (1512-1524)", In: Annales du Midi, Tome 124, N¡278, pp. 203-227.


[5] Baumgartner, 1973, p 97 : In large part it was a result of the debate over the succession in the years from 1584 to 1594 that the fundamental laws of the realm were defined and set for the next two centuries.

Rose, 1978b, Note 3, p 77 : As Baumgartner rightly remarks, the fundamental laws of succession were less well defined in the sixteenth century than has been generally supposed by Giesey and other commentators. The decade 1584-1594 was in fact the critical period for the definition of these laws.


[6] Pierre de Belloy (1550-1611). DÕabord avocat, il devient conseiller ˆ la sŽnŽchaussŽe de Toulouse. Etant ˆ Paris, ds 1584, il se rallie ˆ Navarre.

Palma Cayet, Chronique novenaire (Buchon, T1) : ...D'un autre costŽ, nonobstant toutes les dŽclarations, toutes les proscriptions faites contre les huguenots et catholiques unis avec le roy de Navarre, un docte jurisconsulte catholique, dans Paris mesme, au peril de sa vie, entreprit de respondre ˆ tout ce que la ligue des Seize avoit faict publier (p.18) ...l'an 1588 il fut enfermŽ dans la Conciergerie. Aprs la mort du duc de Guyse l'on le changea de logis, la Bastille fut le lieu o il fut trs estroictement tenu plus de deux ans; et ayant trouvŽ le moyen d'eschapper, s'estant sauvŽ ˆ Sainct Denis il trouva M. de Vic, gouverneur pour le roy, qui le receut, le presenta depuis ˆ Sa MajestŽ, et pour recompense de ses peines il est aujourd'huy advocat gŽnŽral en l'une des cours souveraines de ce royaume (p.20).

Gagne, 1985 :...s'il est difficile d'Žvaluer l'influence de l'Ïuvre de Belloy, plusieurs indices nous portent ˆ croire qu'elle fut grande ˆ la fin du XVIeme sicle. Tout d'abord, le nombre d'Žditions est surprenant... Deuximement, les rŽponses ˆ l'Ïuvre de Belloy prouvent bien que l'auteur touche des problmes de l'heure... La part active prise par le magistrat ˆ la propagande lui attira les haines les plus vives; c'est ainsi que ds le commencement de l'annŽe 1588, peu de temps avant la journŽe des barricades, il fut emprisonnŽ...

Belloy reprend du service aprs l'Edit de Nantes (ConfŽrence des edicts de pacification des troubles..., Paris, L'Huillier & Mettayer, 1600) : il explique aux catholiques que son caractre perpŽtuel & irrŽvocable cessera avec la cause, quand les fourvoyŽs finiront par rejoindre l'Eglise Catholiques Apostolique Romaine: [l'Edit] doit estre en S. M. perpetuel et irrevocable; toutefois ceste designation et intention Royale, peut prendre changement, et recevra une nouvelle face, quand les occasions et causes de la Loy par luy donnŽe cesseront et seront esteinctes.

Sur de Belloy, voir:

Benech Raymond-Osmin, 1855, "Pierre de Beloy, Conseiller du roi et avocat gŽnŽral au Parlement de Toulouse", In: MŽmoires de l'AcadŽmie ImpŽriale des sciences, inscriptions et belles lettres de Toulouse, Toulouse, Quatrime sŽrie, tome V., pp. 59-106.

Martin Sophie, 2007, Pierre de Beloy : un paradigme du Ç Politique È ˆ lÕŽpoque de la Ligue, 1580-1611, thse de doctorat, Paris Sorbonne.


[7] Holtz, 2024 : DorlŽans, en tant que Seize, semble pourtant reprŽsentatif dÕune communautŽ ligueuse parisienne, plus que dŽfiante envers Henri III et soucieuse de rappeler, avec virulence, le poids des traditions, religieuses mais aussi urbaines. Ë cet Žgard, DorlŽans est aussi reprŽsentatif de la Ç bourgeoisie seconde È, analysŽe nagure par Drouot, qui constitue la base sociologique de la Ligue : son enracinement dans la bourgeoisie parisienne explique en partie la promotion de DorlŽans en tant que pamphlŽtaire ligueur de premier plan, processus qui sÕest accompagnŽ non seulement dÕune reconnaissance professionnelle (il fut nommŽ avocat gŽnŽral [du Parlement de Paris aprs son Žpuration] en 1589) mais aussi dÕune reconnaissance municipale (il fut marguillier de Saint Nicolas des Champs en 1591).

Fin 1591, il rompt avec les Seize, ˆ la suite du meurtre du prŽsident Brisson et de deux conseillers (15 novembre).

Sa dernire Ïuvre polŽmique est Le Banquet ou apres-dinŽe du comte d'Arte  (1594) qui accuse le futur Henri IV d'insincŽritŽ dans son retour ˆ la religion catholique. Quand Henri entre ˆ Paris, DorlŽans se proscrit par prudence et se rŽfugie ˆ Anvers pendant neuf ans.

En 1603, il retourne ˆ Paris, mais est emprisonnŽ, pour sŽdition, ˆ la Conciergerie. Le roi le libre cependant au bout de trois mois, et se l'attache dŽfinitivement. Ses derniers Žcrit font ainsi l'apologie du roi.


[8] Rapin Thoyras Paul, 1733, Histoire d'Angleterre, 2e Žd., T.3, contenant ce qui s'est passŽ depuis le commencement du rgne d'Edouard 1. jusqu'ˆ la fin du rgne de Henri 5, La Haye, "Dissertation sur la loi salique", pp 149sq. Les auteurs franais ne cessent de dŽnoncer Rapin pour sa partialitŽ en faveur des Anglais (par exemple: Bonamy, 1743, "Discourssur le traitŽ de BrŽtigny", In: MŽmoires AIBL, T.17, 1751, pp. 353-389).

L'A. dŽveloppe judicieusement l'incertitude du cas et le droit des uns et des autres ˆ avoir des avis diffŽrents. Il discute habilement la "loi salique" mais, outre sa dŽformation personnelle, lui-mme ne voit pas qu'elle est postŽrieure et croit qu'elle a jouŽ un r™le essentiel en 1316 et 1328.

Le chapelain du roi d'Angleterre, Pierre Rival, lui fait Žcho (1722, Examen d'une partie de la dissertation de M. L'AbbŽ de Vertot qui a pour titre 'Sur l'Origine des loix Saliques &c.', 2e Žd., 1727, Amsterdam, Humbert), traitant de l'exclusion d'Edward :

VII. Point de Coutume ˆ lui opposer. Le Baron de Pufendorf raporte qu'on ne pouvoit produire un seul Exemple, que le Fils du Frere d'un Roi de France, tel qu'Žtoit Philippe de Valois, ežt ŽtŽ admis ˆ la Succession, au prŽjudice du Fils d'une Fille, tel qu'Žtoit Edouard p.168

VIII. Pour pouvoir dire que, par la Coutume immemoriale d'un Etat, on n'avoit jamais fait une chose, il ne suffiroit pas qu'elle n'ežt jamais ŽtŽ pratiquŽe ; il faudroit qu'on ežt refusŽ de la pratiquer, quoi que l'occasion s'en fžt prŽsentŽe p169.


[9] La Perriere, 1908 : [NŽanmoins] les femmes pouvaient citer de nombreux exemples en leur faveur, et il est bien possible que si le comte de la Marche [Charles], et non le comte de Poitiers [Philippe], ežt ŽtŽ lÕa”nŽ des deux frres de Louis X, la question se fžt tranchŽe ˆ leur avantage p.42... quoi quÕil [Philippe] fžt ma”tre de la place, il avait ˆ compter avec les princes de sa Maison, et avec les grands seigneurs fŽodaux, qui, dŽjˆ grisŽs par la rŽaction aristocratique qui avait rempli le rgne de Louis X, auraient sans doute vu dÕun bon Ïil lÕaccession au tr™ne dÕune enfant p.43... [dans le 1er traitŽ entre Philippe et Eudes de Bourgogne] combien de prŽcautions on prend pour ne rien prŽjuger, pour conserver saufs les droits de chacun et permettre aux deux parties dÕagir au mieux de leurs intŽrts le cas ŽchŽant p.45.

Potter, 1937 : The case for Philip V was legally not a strong one. The fact that there had never been a queen regnant in France did not demonstrate, of itself, that there never could be, unless an accident of genealogy be esteemed automatically to constitute a custom of the realm. Even so, it would have been extremely difficult, in 1317, to frame a defence of the new king's title p.236

...for nearly a century, there was small apparent inclination amongst the French to extend the discussion of the law of succession. It might plausibly be urged that the matter was little argued because possession of the throne was not really at issue. Indeed, until the desperate times of Charles the Mad, the question of the succession was almost academic... Nor in all truth did Edward III of England consistently play the part of the determined pretender... only after Agincourt the French seriously undertook the extended definition of their doctrine of royal inheritance p. 238.


[10] Citons les principales rŽfŽrences :

Foncemagne ƒtienne LaurŽault de, 1727, "MŽmoire Historique dans lequel on examine si les filles ont ŽtŽ excluses de la succession au Royaume, en vertu d'une disposition de la Loy Salique", MŽmoires AIBL, T8, 1733, pp. 490-504

Monod Gustave, 1892, "La lŽgende de la loi salique et la succession au tr™ne de France", Revue critique d'histoire et de littŽrature, 15 dŽcembre 1892, n¡52

Viollet Paul, 1895, "Comment les femmes ont ŽtŽ exclues en France de la succession ˆ la Couronne", MŽmoires de l'AcadŽmie des Inscriptions & Belles Lettres, Tome XXXIV, 2me partie

Potter John Milton, 1937, "The Development and Significance of the Salic Law of the French", The English Historical Review, vol. 52, no. 206, pp. 235-253

Viennot ƒliane, 2003, "LÕinvention de la loi salique et ses rŽpercussions sur la scne politique de la Renaissance", In: Capdevila et al., Le genre face aux mutations, PU Rennes ; 2003, "Les Žcrivains Ç politiques È et la loi salique", In: Th. Wanegffelen (Žd.), De Michel de LÕHospital ˆ lÕƒdit de Nantes, PU Blaise Pascal

Woodacre Ellie, 2008, "Le Roi est mort; Vive la Reine? The girl who should have been Queen of France", WP, Bath Spa University.


[11] Cf. Bonamy Pierre-Nicolas, 1743, "Discours sur le TraitŽ de Bretigny", MŽmoires AIBL, 1751, T.17, pp. 353

Petit-Dutaillis Charles, 1897, "La diplomatie francaise et le TraitŽ de BrŽtigny", In: Le Moyen ‰ge : bulletin mensuel d'histoire et de philologie, T.10, pp. 1-35

Perroy Edouard, 1928, "Charles V et le TraitŽ de Bretigny", In: Le Moyen ‰ge : bulletin mensuel d'histoire et de philologie, T.38, pp. 255-281

Moeglin Jean-Marie, 2012 , "Ë la recherche de la 'paix finale'. Guerre et paix dans les relations des rois de France et dÕAngleterre au XIVe sicle: rŽfŽrences normatives et pratiques politiques", In: Pariser Historische Studien, N¡98, pp. 51- 82.


[12] StratŽgiquement, il s'agit pour les Anglais de sortir de l'impasse dans laquelle les a mis le TraitŽ de Paris (1259) qui terminait la "premire guerre de cent ans" (1159-1259) en leur abandonnant des territoires contre la reconnaissance de la suzerainetŽ du roi de France sur la Guyenne. En se disant roi de France, Edward Žchappe ˆ la relation sujet/souverain gr‰ce ˆ laquelle le Franais grignotait la Guyenne en en faisant juger tous les contentieux par le Parlement de Paris.

Cf. Demant Alain, 1998, "La politique extŽrieure des CapŽtiens : Tradition nationale et refus des Empires", Revue Historique, 279/2, pp. 305Ð11 ; Gavrilovitch Michel, 1899, Etude sur le traitŽ de Paris de 1259 entre Louis IX, roi de France, & Henri III, roi d'Angleterre) ; Taylor, 1998 : the Plantagenet title to the French throne served to change the war from a rebellion of a vassal against his sovereign lord, into a competition between two rival claimants to the throne p.11.

Voir aussi :

Longman William, 1869, The history of the life and times of Edward the Third

Lowe Walter Irenaeus, 1901, "The Considerations Which Induced Edward III to Assume the Title King of France", In: Annual Report of the American Historical Association for 1900, Vol. I, pp. 535-583

Taylor Craig, 1998, 'La querelle Anglaise': diplomatic and legal debate during the Hundred Years War, Ph. D, Oxford ; 2001, "Edward III and the Plantagenet Claim to the French Throne", In: Bothwell, ed., The Age of Edward III, Woodbridge: Boydell and Brewer

Moeglin Jean-Marie, 2010, "La Guerre de Cent Ans : une crŽation historiographique ?", In: Comptes-rendus des sŽances de l'annŽe - AcadŽmie des inscriptions et belles-lettres, 154e annŽe, N¡ 2, pp. 843-862.


[13] Quoique l'Anglais distingue bien son mariage avec Catherine et la Couronne, certains ont dit ou cru que, ˆ la mort de Charles VI, Catherine accŽderait ˆ la Couronne et la partagerait ou donnerait ˆ Henri d'Angleterre, au mŽpris de la Salique et de l'a”nesse car Catherine Žtait cadette (se femme peut succeder au Royaume, les deux autres filles prŽcedent).

Daniel (Hist. de Fr., 1713, T2, p.999) : ...supposŽ que le principe chimŽrique des Anglais ežt lieu, que la Couronne de France pouvait tomber en quenouille, Michelle de France femme du Duc de Bourgogne aurait dž tre prŽfŽrŽe ˆ Catherine qui n'Žtait que la cadette...

Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (c.1444), Žd. Buchon, 1826, T4, p 226 : ...fut conclu et accordŽ, en faveur du Duc de Bourgogne et de ceux de son parti, que Charles, roi de France, donnerait ˆ Henri roi d'Angleterre, Catherine sa fille maisnŽe [moins nŽe] en mariage, et avec ce le ferait vrai hŽritier et successeur aprs sa mort de tout son royaume, lui et ses hoirs, en dŽboutant son propre fils et hŽritier, Charles, Duc de Touraine, dauphin; et aussi, en annulant la constitution jadis faite par les rois de France et ses pairs en grand'dŽlibŽration, c'est ˆ savoir que le noble royaume de France ne devait succŽder ˆ femme, ni appartenir.

Et bien plus tard, Belleforest, 1579, Grandes Annales... T2, p 1058Vo : Fut aussi fait & conclud le mariage de l'Anglais avec la fille de France, & perverti tout ordre et droit, tant naturel que civil, voulant donner une femme pour Roy en France, & oster aux a”nez leur droit & prŽrogatives pour le donner aux pu”nez. Et dans l'Žd. Chappuys 1617, p 417: ... & tout le Conseil, voire mme le Bourguignon, Žtans si aveuglez que de ne congnoitre, & se souvenir du droit Salique deja deux fois pratiquŽ en France, o les femmes ne peuvent en sorte quelconque venir ˆ la succession de la Couronne.

Et Pasquier, 1581, Des recherches de la France, Livre II, C.11: Du droit d'ainesse, Apanages, loy Salique, ensemble des Regences des Roynes Meres :...combien que iamais n'ayons n'ayons veu en France, femme qui se d”t royne de France, ˆ cause d'elle, sinon paravanture Catherine fille de Charles vj. par la capitulation qu'il fit (Žtant lors mal ordonnŽ de son bon sens) avec Henry d'Angleterre... p.198.


[14] Henri IV d'Angleterre (Lancastre) n'est pas le successeur lŽgitime d'Edward dont il a usurpŽ la couronne sur l'hŽritier prŽsomptif de Richard II, Roger Mortimer... qui la devait ˆ sa mre, fille de Lionel Duc Clarence, frre a”nŽ de Jean de Gand, le pre de Henri IV.

Un imbroglio : pour hŽriter juridiquement d'Edward son droit ˆ la couronne de France, les Lancastre devaient, en Angleterre, exclure les fils de fille et, en France, les inclure ! Imposer la Salique lˆ o elle n'avait pas cours et la nier lˆ o elle l'avait.

Gaillard, 1774 : ... Henri IV avoit voulu Žtablir la Loi Salique en Angleterre. Henri V, par le traitŽ de Troyes, la dŽtruisoit en France ou plut™t, il dŽtruisoit toutes les Loix. Loin d'avoir des droits ˆ la Couronne de France, il n'en avoit pas a la Couronne d'Angleterre ; son pre l'avoit usurpŽe.... T.3, p.176.


[15] Postel Guillaume, 1552, La loy salique : livret de la premire humaine vŽritŽ, lˆ o sont en brief les origines & auctoritez de la loy gallique, Paris (non paginŽ).

Un A. incomprŽhensible, bizarre, voire dŽlirant, pour lequel salique = gallique. Le peuple gallique fils de No‘ est l'a”nŽ de l'humanitŽ et donc a vocation ˆ la rŽunir sous son sceptre. La loi gallique n'est pas rŽductible ˆ la masculinitŽ, c'est la loi de Dieu. Pour ce qui est de la masculinitŽ, en se laissant ™ter par Dieu la moitiŽ de leur sang, les Roys oprent un sacrifice qui les rend dignes du dŽvouement de leur peuple Ñ Telle est l'idŽe gŽnŽrale, me semble-t-il, sans certitude d'avoir dŽcrytŽ ce galimatias.

Un exemple : Et ne fault qu'il y aye nul qui pense la loy gallique seulement tre celle qui parle de non bailler la corone gallique en main de femme, mais generalement & la loi Eternelle, & tout ce qui dŽpend d'elle...


[16] Taylor, 1998 :  whenever Montreuil cited the Salic Law in his Traitie contre les Anglais [1413-6], he simply stated that it excluded female succession, without mentioning cognates. But on other occasions in the text he did not directly cite the Salic Law and instead mentioned just the custom of the realm; freed from the dictate of the actual text of De allodio, he was able to claim that the custom also prohibited cognate succession p.69.

Taylor, 2001: ...historians have paid little attention to the equally important question: why did the Valois writers decided to adopt the Salic Law at the start of the 15th century? p.359... the Salic Law posed as many problems as it solved and in many ways it is quite remarkable that the French polemical writers adopted and continued to employ such an awkward authority... Ultimately the development of the Salic Law during the Hundred Years War is a story of opportunism and even intellectual confusion, leading to the creation of one of the most successful and influential of all medieval myths... p.360


[17] L'Anglais Rival (1727) Žcrira contre Vertot, 1704 : Tout ce qu'on oppose ici ˆ Edouard se reduit ˆ ceci, que l'Exclusion des Filles de France emportoit celle de leurs Enfans, quoi que m‰les...p.173 "d'autant qu'il ne peut y avoir plus de vertu en l'effet, qu'il en procede de la puissance influente de la Cause" [Vertot]. Ces sortes de raisonnemens conclu‘nt dans les choses purement naturelles ; mais ce sont des Paralogismes dans les choses civiles. Par exemple ; un Etranger en Angleterre, quand mme il seroit naturalisŽ, demeure privŽ de certains Droits. Mais naturalisŽ ou non, [p.174] ses Enfans jouissent de ces Droits, s'ils sont nais dans ce Royaume. Dans tous les Etats, un Fol est incapable d'exercer une Charge hereditaire ˆ sa Famille mais cela n'empche pas que son Fils, qui ne sera pas fol, ne soit capable de l'exercer... Edouard avoit rež de sa Mere, ce sang habile ˆ succeder en la Personne d'un Male ; & par consŽquent elle lui avoit transmis le Droit de Succession, quoi qu'elle ne l'ežt pas elle-mme, parce qu'en lui transmettant ce sang, elle ne lui avoit pas communiquŽ sa propre qualitŽ exclusive, qui Žtoit le Sexe feminin. Il Žtoit le M‰le le plus proche, ce qu'elle n'avoit jamais ŽtŽ ni pž tre... p.175


[18] Moeglin, 2012", RŽcrire l'histoire de la Guerre de Cent Ans. Une relecture historique et historiographique du traitŽ de Troyes (21 mai 1420)", Revue historique, 664(4), pp. 887-919 : il sÕagit dÕabord de la mise en oeuvre dÕune redoutable stratŽgie nŽgociatrice de la part dÕƒdouard III. Sa revendication du tr™ne de France a permis dÕinvalider le jeu traditionnel du roi de France : celui-ci dŽclarait de fait quÕil lui revenait en tant que suzerain du roi dÕAngleterre duc dÕAquitaine de juger en dernier ressort, en sa cour, de la querelle qui les opposait. Il sÕagissait ˆ prŽsent de rendre ˆ nouveau possible une nŽgociation conduisant ˆ lÕŽchange de la Guyenne en souverainetŽ contre lÕabandon de la revendication sur le royaume de France p.899... Ë BrŽtigny-Calais, la stratŽgie dÕƒdouard avait enfin triomphŽ et il avait acceptŽ de renoncer ˆ son droit en Žchange dÕune compensation importante, lÕAquitaine en toute souverainetŽ (p. 902)... Dans la longue sŽrie de nŽgociations, entrecoupŽes par quelques Žpisodes militaires, qui commencent ds les annŽes 1370,... la question de la succession au royaume de France, qui Žtait ˆ lÕorigine de la querelle personnelle dÕƒdouard III contre Philippe de Valois, ne joue plus de r™le apparent p.903.

Voir aussi :

Moeglin, 2012, "Ë la recherche de la 'paix finale'. Guerre et paix dans les relations des rois de France et dÕAngleterre au XIVe sicle: rŽfŽrences normatives et pratiques politiques", In: Naegle (Žd.): Faire la paix et se dŽfendre ˆ la fin du Moyen åge, Pariser Historische Studien, 98, pp. 51-82 ; Moeglin, 2019, "Le viol de la comtesse de Salisbury. Ë propos dÕun rŽcit du chroniqueur Jean Le Bel", In: Comptes rendus des sŽances de l'AIBL, 163e annŽe, N. 2, pp. 646sq.


[19] Du Tillet (Žd. 1580) : Recueil des Rois de France, Titres, grandeur et excellence, ¤ Mesdames filles :

De la couronne de France, les femelles ont toujours ŽtŽ excluses, non par l'autoritŽ de la loi salique... Par ladite loi Žcrite pour les seuls sujets, quand n'y avait fils, les filles hŽritaient en l'ancien patrimoine. Qui voudrait rŽgler la couronne selon icelle, mesdames filles de France au dŽfaut des fils la prendraient: et nŽanmoins elles en sont perpŽtuellement excluses par coutume et loi particulire de la maison de France fondŽe sur la magnanimitŽ des Franais ne pouvant souffrir tre dominŽs par femmes... aussi qu'elles eussent par mariage pu transfŽrer la couronne aux Žtrangers... [exemples historiques] Par ces anciens exemples la susdite coutume est justifiŽe avoir eu lieu en la premire ligne des MŽroviens, et l'eut en la seconde des Charliens... (p.214) En la troizime rŽgnante chacun des trois rois fils de Philippe le bel, laissa fille ou filles... Fut le roi Philippe de Valois aprs quelques dŽbats faits et jugŽs sur sa rŽgence, approuvŽ par Edouard tiers roi d'Angleterre qui lui fit hommage... et nŽanmoins aprs querella ladite couronne de par sa mre.... combien que les cinq filles desdits trois rois frres fussent plus proches que la dite. L'autre fondement de la dite querelle ajoutŽ en la personne de Henri 6 fut pour l'exhŽrŽdation du roi Charles septime pratiquŽe par le Duc de Bourgogne pour venger la mort de son pre, non pour dŽfaut d'hoir m‰le, et n'est de ce propos. Le roi Louis 12 succŽda ˆ la couronne, excluses mesdames Anne et Jeanne de France, filles du roi Louis 11, sÏurs du roi Charles 8, et laissa deux filles. Le roi Franois 1 prit la couronne de son chef, non de par sa femme la reine Claude fille ainŽe dud. roi Louis 12, laquelle et sa sÏur, mme RenŽe de France, Žtaient plus proches que led. roi Franois, sans lad. coutume qui a ŽtŽ observŽe en lad. troisime lignŽe comme Žs autres. Et se faut Žbahir de si longue ignorance, ayant attribuŽe lad. coutume ˆ la loi salique qui y est contraire, et par icelle led. roi Franois et autres ses prŽdŽcesseurs eussent ŽtŽ prŽcŽdŽs par les filles des rois n'ayant fils... (p.215)


[20] Plus tard, lorsque en 1573 Henri d'Anjou part pour la Pologne dont il a ŽtŽ Žlu roi, pour Žviter que ses ennemis prennent prŽtexte de sa nouvelle estrangetŽ pour l'Žcarter de la Couronne de France, lui ou ses enfants qui naitraient en Pologne, la reine mre fait dŽlivrer par le roi une espce de certificat de naturalitŽ et prend la prŽcaution de le faire cautionner par les Princes de son sang.

Paris 22 aout 1573, DŽclaration du Roi [Charles IX], signŽe de lui, des neuf princes de son sang et de ses quatre conseillers secrŽtaires d'Etat, reconnaissant le droit eventuel ˆ la succession de la couronne de France de ses agnats nŽs et ˆ na”tre, bien qu'ils s'Žtablissent et naissent hors du royaume, pourvu qu'ils soient issus de loyal mariage et, ce, nonobstant les ordonnances du royaume qui, rendant les Žtrangers incapables de toute succession, les frappent ˆ leur mort du droit d'aubaine : [Le Roy]... ˆ cause que Messeigneurs, frres dudict seigneur Roy pourroient estre absens et demeurer hors ce royaume et que leurs enffans, ˆ l'adventure, naistroient et demeureroient en pays estrange et hors cedict rovaume, a dict et declairŽ, o il adviendrait (que Dieu ne veuille) qu'icelluy seigneur Roy dŽcŽdast sans enffans masles, ou que ses hoirs masles deffaillissent, en ce cas le roy esleu de Poullogne, duc d'Anjou et de Bourbonnoys, comme plus prochain de la couronne, seroit le vray et lŽgitime hŽritier d'icelle, nonobstant qu'il fust lors absent et rŽsidant hors cedict royaume. ConsŽquemment et immŽdiatement aprs, ou en deffault dudict seigneur roy esleu de Poullogne, ses hoirs masles procrŽez en loyal mariage viendroient ˆ ladicte succession, nonobstant qu'ilz fussent naiz et habitassent lors hors cedict royaume...

Et d'abundant, ds maintenant comme pour lors que lesdictz enffans seroient naiz, ledict seigneur Roy les a habilitez et habilite pour estre capables tant de la succession de la couronne que de toutes aultres et droictz quelzconques, tout ainsi que s'ilz estoient originaires et rŽgnicoles...

La DŽclaration est redoublŽe le 10 septembre 1573 par des Lettres patentes du Roi dŽclarant qu'il rŽserve ˆ ses frres, les ducs d'Anjou et d'Alenon, leurs droits de succession ˆ la couronne de France malgrŽ leur rŽsidence Žventuelle hors du royaume, enregistrŽes par le Parlement, le 17 Sept.

(citŽ in Sixte de Bourbon, 1914 Le traitŽ d'Utrecht et les lois fondamentales du royaume, p.247-9).


[21] Il ne semble pas qu'il ait revendiquŽ la couronne en public, durant ces annŽes. Il est certain qu'il y a pensŽ, qu'on y a pensŽ pour lui, que c'est une hypothse qui s'est prŽsentŽe ˆ son esprit, qu'il n'a peut-tre pas repoussŽe. Mais il n'est pas sžr qu'il l'ait rŽellement voulu (Cazelles, 1960, p. 862).

Cf. Secousse, 1758, MŽmoires pour servir ˆ l'histoire de Charles, surnommŽ Le Mauvais, Paris, Durand ; Meyer Edmond, 1898, Charles II, roi de Navarre et la Normandie au XIVe sicle ; Cazelles Raymond, 1960, "Le parti navarrais jusqu'a la mort d'ƒtienne Marcel", Bulletin philologique et historique, vol. 1 ; Surget Marie-Laure, "Mariage et pouvoir : rŽflexion sur le r™le de l'alliance dans les relations entre les Evreux-Navarre et les Valois au XIV sicle (1325-1376)", In: Annales de Normandie, 58ᵉ annŽe, n¡1-2, 2008. pp. 25-56 ; Lecuppre Gilles, 2016, " ÇDu serpent et du tigreÈ : Charles II de Navarre, le ÇdŽmon de la FranceÈ ", In: Histoire culturelle de l'Europe, ERLIS, U. Caen, vol. 1.


[22] Le dŽcs de Franois, hŽritier prŽsomptif de son frre Henri III, provoque une crise.

D'une part, comme nombre de cadets dans l'histoire de la royautŽ, Franois, brouillon et insatisfait, s'est laissŽ afficher comme figure tutŽlaire du parti des Politiques o l'on trouve des catholiques et des huguenots qui, tout en restant fidles ˆ leur religion, s'opposent ensemble au roi au nom du bien public. Ce centre affaibli par sa mort, les extrmes (Ligue et Navarristes) prennent le dessus.

D'autre part, l'entreprise de Franois aux Pays-Bas a provoquŽ la rupture avec l'Espagne qu'aggravent les prŽtentions de la Reine-mre sur le Portugal.

Enfin, l'infŽconditŽ du couple royal voue ˆ l'extinction les Valois, ce qui pose le problme de la succession.


[23] Navarre prend soin de proclamer son innocence.

Declaration du roi de Navarre, contre les calomnies publiŽes contre lui, 10 juin 1585, Orthez :... Tant sÕen faut, que comme ont fait les chefs de la Ligue, il lui soit jamais montŽ au coeur de condamner le Roi ˆ mort prochaine, en prŽvoyant les consŽquences de sa mort, trente ou quarante ans, pour le moins, comme il espere, premier quÕil en soit besoin ; & sous le prŽtexte de pourvoir aux affaires du Ro•aume, le mettroit ˆ prŽsent en une confusion trs dŽplorable. Tant sÕen faut aussi que par publique dŽclaration, il ait prononcŽ & prŽjugŽ stŽriles & le Roi & la Reine sa femme en la fleur & force de leurs ans, comme ils ont fait, chose qui ne fut jamais pratiquŽe en Etat de ChrŽtientŽ... Brief quÕil nÕa requis le Roi son souverain Seigneur de le dŽclarer, ce que naturellement & lŽgitimement il est, ou dÕen donner quelque Marque, soit par un titre nouveau, soit par quelque accroissement ou avantage... p.27.


[24] Brant™me [v. 1595), In: OC, Žd. Lalanne, T8, 1875, Des Dames, suite, Discours sur la Reyne de France et de Navarre, Marguerite :

"Or, si par abolition de la loi salique dict encor la reyne [mre], le royaume venoit ˆ ma fille par son juste droict, comme aussi autres royaumes tumbent en quenouilles, certes ma fille est bien aussi capable de rŽgner, ou plus que beaucoup d'hommes et roys que je say, et qui ont estez ; et crois-je que son rgne seroit beau..." Lˆ dessus elle alla dire que c'estoit un grand abus que cette loy salique... p.46

Et puisqu'il est juste qu'en Espaigne, Navarre, Angleterre, Escosse, Hongrie, Naples et Sicille, les filles rŽgnent, pourquoy ne l'est-il juste tout de mesmes en France? Car ce qui est juste, il est juste partout et en tous lieux, et le lieu ne faict point que la loy soit juste. Tant de fiefs que nous avons en France, duchez, contez, baronnies et autres honnorables seigneuries, qui sont quasy, mais beaucoup, royales en leur droicts et privilges, viennent bien aux femmes et filles... p.48... Et pourquoy sont les filles des ducs en ce royaume plus capables de gouverner une duchŽ et une comtŽ, et y faire justice, qui approchent de l'authoritŽ du roy, plustost que les filles des roys de gouverner le royaume de France ? et comme aussi si les filles de France ne fussent aussi capables et propres ˆ commander et rŽgner, comme aux autres royaumes et autres grandes seigneuries que j'ay nommŽes! Pour plus grande preuve de l'abus de la loy salique, il n'en faut d'autre que celle de tant de chroniqueurs, escrivains et bavards, qui en ont escript, qui ne se peuvent accorder entre eux de son Žtimologie ny deffinition p.49.

Certes, si les femmes scavoient manier les armes aussi bien que les hommes, elles s'en feroient accroire : mais, en rŽcompence, elles ont leur beau visage, qu'on ne recongnoist pas comme on debvroit ; car, certes, il vault mieux d'estre commandŽ des belles, habilles, gentilles et honnestes femmes, que des hommes fascheux, falz, laidz et maussades, comme jadis il y en ha heu en cette France. Je vouldrois bien savoir si ce royaume s'est mieux trouvŽ d'une infinitŽ de roys fatz, sotz, tyrans, simples, faictznŽantz, idiotz, folz, qui ont estez [...] qu'ilz l'eussent faict d'une infinitŽ de filles de France qui sont estŽes trs-habilles, fort prudentes et bien dignes pour commander. Je m'en raporte aux rŽgences des mres des roys commant on s'en est bien trouvŽ... p.53-54

...que les pauvres filles, qui estoient foibles pour dŽbattre leur droict par la poincte de l'espŽe, comme il se dŽbattoit anciennement, les hommes les en excluoient et chassoient du tout... le droict de nostre reyne Marguerite ! laquelle, tant s'en faut qu'elle jouisse d'ung seul pouce de terre du royaume de France [...] et est retirŽe dans ung chasteau d'Usson, parmy les dŽserts, rochers et montagnes d'Auvergne : habitation certes, par trop dissemblable ˆ une grande ville de Paris, o elle debvroit maintenant tenir son throsne et son sige de justice... p.56

Voir : Cocula-Vaillires Anne-Marie, 2001, "SingularitŽ des biographies fŽminines dans Le recueil des dames de Brant™me", In: MŽlanges de l'ƒcole franaise de Rome. Italie et MŽditerranŽe, tome 113, n¡1, pp. 257-271


[25] Bodin, 1579 : Or si cela [la prŽtention des femmes] est malsŽant et contre nature Žs actions & charges publique, ˆ plus forte raison est-il pernicieux en la souverainetŽ: car il faut que la femme ˆ qui est dŽvolue la couronne se marie, ou bien qu'elle demeure sans mari: si elle se marie, c'est toujours GynŽcocratie car le mariage se fait ˆ charge que la souverainetŽ demeure ˆ la femme p. 998 ...Or tout ainsi que la famille est renversŽe o la femme commande au mari, attendu que le chef de famille perd sa qualitŽ pour devenir esclave: aussi la RŽpublique perd son nom o la femme tient la souverainetŽ, pour sage qu'elle soit; et si elle est impudique, qu'en doit-on espŽrer? p.999 ...si le droit naturel est violŽ en la GynŽcocratie, encore plus est le droit civil et le droit des gens qui veulent que la femme suive le mari, ores qu'il n'ežt ni feu ni lieu... p.1007 ...Tous ces inconvŽnients & absurditŽs suivent la gynŽcocratie, qui a pris son origine pour avoir permis aux femmes la succession des fiefs, les m‰les dŽfaillants en ligne directe et collatŽrale: puis quand on eut gagnŽ ce point, on obtint qu'elles succŽderaient aux fiefs en ligne directe et seraient prŽfŽrŽes aux m‰les collatŽraux: et peu ˆ peu la permission fut Žtendue aux dignitŽs, comtŽs, marquisats, duchŽs, principautŽs, et puis aux royaumes... mais la loi salique le tranche tout court et dŽfend expressŽment que la femme puisse succŽder aucunement aux fiefs de quelque nature qu'ils soient: qui n'est point une loi sainte comme plusieurs pensent car elle se trouve Žs plus vieilles et anciennes lois des Saliens en vieux livres Žcrits ˆ la main... de terra vero... p.1008 ...C'est pourquoi Balde parlant de la maison de Bourbon tient que le m‰le de mme nom qui est au millime degrŽ de consanguinitŽ succŽderait plut™t ˆ la couronne qu'une fille y fžt admise: ce qui ne doit pas seulement avoir lieu Žs royaumes, ains aussi Žs duchŽs et principautŽs qui ont les marques de souverainetŽ... p.1009.

Bodin abhore tellement la gynŽcocratie que, s'il n'y avait plus de m‰le de la Maison royale, il prŽfŽrerait encore la dŽtestable Žlection ˆ la quenouille.


[26] Mousset rŽsume le discours de Mendoza qui s'inspire des travaux de Don Rodrigo Zapata, chargŽ par Philippe II, ds la mort d'Alenon, d'Žtablir un mŽmoire justificatif des droits de l'infante (datŽ de novembre 1589). C'est, juge Mousset, le rŽquisitoire le plus serrŽ et le plus documentŽ qui ait jamais ŽtŽ Žcrit contre l'incapacitŽ successorale des femmes.

Mendoza lui-mme n'est pas sans habiletŽ. Mousset rŽsume sa harangue :

Mendoza commence par Žtablir la prioritŽ, au point de vue successoral, d'Elisabeth de Valois et de sa fille Isabelle sur Claude de Lorraine et Marguerite de Navarre. Puis il disserte longuement sur l'admission des femmes ˆ la succession de leurs parents, admission consacrŽe par la lŽgislation de tous les pays du monde, voire l'Ethiopie, l'Egypte, l'Assyrie, etc. Cette admission est fondŽe sur le droit commun et sur le droit naturel... (p.67) Mendoza aborde le problme de la loi salique, dont il rappelle Ñ inexactement d'ailleurs Ñ les termes... La loi salique n'exclut pas les femmes. Si elle les exclut, c'est au mme degrŽ que les m‰les. L'exclusion absolue des femmes serait "odieuse et contraire aux bonnes mÏurs" ... Bien que la royautŽ soit venue ˆ Henri III, la succession est comptŽe ˆ partir d'Henri II, auquel tanquam superiori Isabelle succde. Jamais les femmes appelŽes par descendance ˆ la succession n'ont ŽtŽ exclues par la loi salique (p.68)... D'ailleurs, comment croire qu'une chose aussi importante que la succession au tr™ne de France puisse tre rŽglŽe par les dernires dispositions d'une loi, d'une manire pour ainsi dire accessoire et implicite? Mais si la loi salique ne peut pas tre invoquŽe, n'existe-t-il pas une coutume Ždictant la mme rgle? Mendoza rappelle les cinq cas o, depuis Louis X, les femmes ont ŽtŽ exclues du tr™ne. Il Žvoque les conflits et les guerres qui ont suivi quelques-unes de ces exclusions, et constate que, jusqu'au temps de Louis XII, il n'a jamais ŽtŽ question d'une coutume de ce genre... Les prŽtendants m‰les actuels au tr™ne de France sont tous ˆ un degrŽ bien plus ŽloignŽ d'Isabelle que ne l'Žtaient Philippe V, Charles IV, Philippe VI, Louis XII et Franois Ier des femmes qu'ils ont exclues... Si, malgrŽ tout, il existe une coutume excluant les femmes, cette coutume n'a-t-elle pas la mme force qu'une loi? Non, rŽplique Mendoza : la loi a ŽtŽ Žtablie contre la coutume... (p.69)

Une objection plus sŽrieuse est celle-ci : si la coutume est injuste, ceux qui ont ŽtŽ portŽs au tr™ne par elle l'ont ŽtŽ illŽgitimement et leurs descendants ne peuvent avoir hŽritŽ un droit qu'ils n'ont eux-mmes jamais possŽdŽ. Isabelle n'a donc pas plus de droits que Philippe VI, Franois Ier ou Henri II. Mendoza rŽpond longuement ˆ cette difficultŽ. L'exclusion des femmes, observe-t-il subtilement, est entachŽe de malice, mais non l'effet de cette exclusion. Puis l'ignorance, la possession prolongŽe du titre et la bonne foi ont crŽŽ une prescription... L'infante ne peut nier le vice originel de l'hŽritage, mais elle a le droit de jouir du bŽnŽfice de prescription dont ses prŽdŽcesseurs ont joui depuis longtemps, puisque entre elle et les auteurs des spoliations prŽcitŽes il y a eu plusieurs rois. Telle est, dans ses grandes lignes, la harangue de Mendoza. On peut dire qu'elle reproduit a peu prs les arguments de Zapata, mais sous une forme ˆ la fois moins claire et plus apprtŽe (p.70).

Les dŽputŽs des ƒtats et le Parlement en firent sommairement justice, comme Žtant formulŽes au prŽjudice de la loy salique et aultres loix fondamentales du royaume (p.71).


Mousset s'Žtonne que la savante dŽmonstration espagnole ne soit pas discutŽe : Chose Žtrange, il semble que toute l'Žrudition espagnole se soit prodiguŽe en pure perte et que ses conclusions n'aient pas mme eu l'honneur d'une rŽfutation. On chercherait vainement dans les innombrables pamphlets, discours ou Ç avertissements È de la pŽriode qui suit la mort d'Henri III, une dissertation critique que l'on puisse considŽrer comme la contre-partie du MŽmoire de Zapata p.62.

C'est que, s'il fallait l'enrober d'une sauce juridique, il s'agissait d'une question de fait. En tŽmoigne en particulier la Suasion de du Vair qui est toute politique, alors que son objet est l'arrt salique du Parlement (rŽpŽtant la dŽcision des Etats du 27 juin).


[27] Les poncifs mysogynes refont surface ˆ cette occasion. DŽjˆ, en 1590, L'Anti-Espagnol attribuŽ ˆ Arnaud se courrouait :

...Comment! faire tomber la France en quenouille ? Et que tous ces Alexandres & CŽsars franais [...], que toutes ces ‰mes martiels [martiales] soient sujettes ˆ une fille?... Qu'au lieu d'un tel roi nous ayons pour maitresse pour souveraine une Espagnole? laquelle au milieu d'une douzaine de vieilles Mores reoive les dŽpches de l'Escurial & ne pense qu'ˆ obŽir ˆ son pre ? Et que, au lieu de coursiers, de lances, de piques, de harnois & toutes sortes d'armes, desquelles la cour de nos rois a [p.11] ŽtŽ toujours remplie, que nous ne voyons plus que coches, litires, qu'affiquets, que peintres que fards, que vermillons & toutes telles sortes de luxes & dŽlicatesses de femmes, lesquelles nous amolissent & changent notre naturel gŽnŽreux, brave, hardi & courageux en humeurs toutes contraires... Et que toujours incertains de notre condition, sans savoir qui sera notre maitre, nous soyons assujettis aux mieux peignŽs qu'une femme voudra choisir & rechoisir pour maris; de sorte que tous les plus grands seigneurs [...] s'amusent en une cour ˆ se farder le visage, teindre les cheveux, ˆ se parer et diaprer pour plaire ˆ celle qui en une nuit leur pourrait mettre la couronne sur la tte... Non, non, la France ne s'acquiert pas ainsi, la France ne se donne point en dot; pour tre roi de France, il faut tre nŽ roi de France p.12...

La couronne franaise... en cette suite longue de plus de douze cents ans n'a jamais violŽ la loi salique, la loi fondamentale de ce grand Etat, Žcrite dans les plus anciennes chartes, tŽmoignŽe par tous les historiens & par les plus anciens docteurs, & pratiquŽe toutes les fois que les occasions s'en sont prŽsentŽes p.13.


[28] Pour Zapata, Le principe de la succession par ordre de primogŽniture des femmes au degrŽ le plus rapprochŽ, ˆ dŽfaut de m‰les, se trouve aussi bien dans le droit romain (loi des Douze Tables, droit prŽtorien et Code de Justinien) que dans la coutume franaise. (Mousset, p.53)

Ce n'est pas si simple. En gŽnŽral, la primogŽniture n'est pas reconnue entre filles et elles partagent l'hŽritage (ce qui fut l'un des arguments pour les exclure de la Couronne, car elles auraient dŽmembrŽ le Royaume indivisible).

Cf. Steinberg, 2012 :... Dans les traitŽs des fiefs Žcrits entre le XVIe et le XVIIIe sicle, ... la ligne directe lÕemporte sur la collatŽrale, quel que soit le sexe de lÕhŽritier... La prŽfŽrence coutumire la plus gŽnŽrale pour la ligne directe permet aux filles de succŽder [au fief] ˆ dŽfaut de m‰le... la symŽtrie entre garon et fille nÕest parfaite que quand vient ˆ la succession une fille sans sÏur. En revanche, dans le cas o plusieurs filles concourent ˆ la succession, toutes les coutumes ne reconnaissent pas le droit dÕa”nesse entre filles... En OrlŽanais, Vermandois, ële-de-France et Champagne, o le droit dÕa”nesse est ÇtempŽrŽÈ, la part de lÕa”nŽ des garons est de moindre importance et dŽcro”t avec le nombre dÕenfants. Mais quand il nÕy a que des filles, il nÕy a pas de droit dÕa”nesse et elles partagent Žgalement la succession... [sauf ˆ bŽnŽficier d'] une "prŽŽminence dŽfŽrŽe et acquise par lÕ‰ge et lÕordre de lÕantiquitŽ, et de la naissance..." (Du Moulin, TraitŽ des fiefs, 1539)... Au reste, il semble que dans les grandes familles, sÕil fallait faire une a”nŽe, on pouvait avoir recours ˆ des accommodements, voire ˆ lÕarbitrage royal, dÕautant que, si le fief Žtait titrŽ, il Žtait en principe indivisible... [Cela] participe aussi dÕune certaine idŽologie nobiliaire, qui lie la succession fŽodale au fait dÕappartenir ˆ une ligne davantage quÕˆ la masculinitŽ...


[29] DavillŽ, 1909, Conclusion, pp. 308 sq. : ...Charles III, que sa foi dans son origine carolingienne et son alliance avec les Valois poussaient ˆ prŽtendre ˆ la couronne de France, espŽra l'obtenir en entrant dans la Ligue contre Henri III et Henri de Navarre. Jusqu'en 1591 environ, sa politique suit une marche ascendante dont les principales Žtapes sont marquŽes par les trois assemblŽes de Nancy et par celle de Chaumont. Aprs quoi, il abandonne peu ˆ peu ses prŽtentions... Charles III s'infŽoda tout ˆ fait ˆ l'Espagne, et il allait sans doute rompre ouvertement avec le roi de France, quand celui-ci fut tuŽ (1589). Alors le duc de Lorraine, qui n'avait encore agi que secrtement, afficha ses prŽtentions. Il essaya de faire reconnaitre son fils ainŽ, le marquis du Pont, comme roi de France, ˆ l'assemblŽe de Chaumont, puis ˆ Paris. Cette fois encore, il Žchoua... Lors des Etats gŽnŽraux de 1593, il ne songea mme pas ˆ poser sa candidature, et quand Henri IV ežt promis de se convertir, Charles III se rŽconcilia avec lui. Une paix dŽfinitive avec le roi de France ne reconnut mme pas au duc de Lorraine le moindre droit sur le royaume et ne lui alloua qu'une indemnitŽ dŽrisoire...


[30] La lŽgende est rŽcente : Symphorien Champier, 1510, Recueil ou chronique des hystoires des royaumes d'Austrasie ou France orientale dite a present Lorrayne, Nancy ; ID., 1537, Genealogia Lotharingorum Principum, Lugduni ; Edmond du Boullay (hŽraut d'armes de Lorraine), 1547, Les GŽnŽalogies des tresillustres et trespuissants Princes les ducz de Lorraine Marchis, Paris). Elle a ŽtŽ "justifiŽe" par Richard de Wassebourg en 1549 (Antiquitez de la Gaule Belgique, Royaume de France, Austrasie & Lorraine) et, surtout, par Franois de Rosire, 1580, Stemmatum Lotharingiae ac Bari Ducum Tomi septem (Parisiis).

Sans entrer dans des dŽtails aussi tortueux que fastidieux, cette descente ancre les ducs au fameux Saint Arnoul, Žvque de Metz du dŽbut du VIIe, quadrisa•eul de Charlemagne et anctre totŽmique des carolingiens.

Si ces premires publications flattrent la Maison de Lorraine sans inquiŽter personne, le Stemmatum, ce gros et confus ouvrage en latin paru en 1580 ˆ Paris et dŽdiŽ au Duc de Lorraine,  devient un bržlot. Ou plut™t, les "Huguenots" en font un bržlot et l'allument eux-mmes, non sans difficultŽs car il est difficilement inflammable.

Il faut deux ans pour que le feu prenne : Duplessis-Mornay, reprŽsentant de Henri de Navarre ˆ Paris, se scandalise de la gŽnŽalogie et la dramatise dans son Discours sur le droit prŽtendu par ceux de Guise sur la Couronne de France (publiŽ ˆ Paris sans nom d'auteur en 1583).

Ce factum dŽnonce de Rosire que protŽgeait l'Žpaisseur de ses 1133 pages latines. Duplessis Žcrit en franais et fait court, une quarantaine de petites pages ; il apporte les indigestes et nŽcessaires tables gŽnŽalogiques mais les encadre d'un message politique, clairement affirmŽ au dŽbut et ˆ la fin. Une fois programmŽ par Duplessis, le groupe huguenot pousse le roi Henri III ˆ commettre des investigateurs (lettres du 31 dŽcembre 1582) qui, aussit™t, se transportent ˆ Toul pour questionner de Rosire.

Les Guise et leurs amis, quoiqu'embarrassŽs, ne peuvent plus l'abandonner sans perdre la face. Ils obtiennent de le soustraire au Parlement et de le dŽfŽrer au Conseil d'Etat du Roi. Le condamner est aussi impossible que le rel‰cher. Le scŽnario de sortie sent le compromis. EquilibrŽ et bien rŽglŽ, il se joue le 16 avril 1583 au Conseil du Roi. Rosire, tancŽ, est pardonnŽ ˆ la demande de la Reine mre (vivement incitŽe, dit-on, par la Reine, Louise de VaudŽmont). De Rosire rentre en Lorraine o le Duc le console en lui donnant la charge de la nouvelle universitŽ de Pont ˆ Mousson.


[31] Citons le dŽbut du Discours sur le droit prŽtendu... de 1583 (Duplessis) : C'est  vne chose commune en ce Roiaume que la maison de Lorraine sÕattribue la couronne de France, & se pourraient aisement encor recouvrer les Chroniques & Genealogies qu ils falsifierent... acheminans toujours leurs desseings & batimens, selon que la ruine de ce pauvre estat se sembloit avancer par les guerres civiles par le moien desquelles le respect du Prince lŽgitime etant diminuŽ, les nerfs affoibliz, & le chemin prŽparŽ ˆ nouveautŽ, ils se sont promis de sÕasseoir en leur siege pretendu en dechassant ceux quÕils en tiennent pour vsurpateurs. Ces choses ont estŽ souvent remonstrees ˆ leurs maiestez, qui ont voulu croire que c'estoient choses controuvees sur quelque semblance de veritŽ par ceux qui leur portoient haine ou envie, & n'ont laissŽ pour cela de leur mettre l'authoritŽ & les armes Royales en la main, mesmes leur ont permis de faire ligues soubs ombre de la religion Romaine en cet estat, c'est ˆ dire, de faire leur partie toute prete pour la premire occasion, & par maniere de dire, essaier la Couronne sur leur teste. Il s'est trouvŽ lˆ dessus des Docteurs en Sorbonne qui ont disputŽ qu'un Roy manquant en son devoir envers lÕEglise Romaine, pouvoit estre depossŽdŽ par icelle... Mais, pour lever toute doute, & voir clair en ceste matire, ie supplie treshumblement le Roy, Monseigneur, & tous les Princes, qui ont cet honneur de leur appartenir de ce faire lire un livre intitulŽ, les GŽnŽalogies de ceux de Lorraine & de Bar, nouvellement imprimŽ ˆ Paris... Et est bien la voix commune que ceux de Lorraine pretendent la Couronne comme Heritiers de Charles-Magne, mais si cet autheur est creu, elle leur est due dŽs le cheval de Troie, et leur a ŽtŽ ostee par Merovee & ses descendans, avant toutes ces trois lignŽes, tellement que par la loy, qui dit quÕon ne prescrit point ny contre l'Eglise, ny contre son Prince, tous noz Roys auroient estŽ vsurpateurs depuis le premier iusques ˆ maintenant... A quoi tout cela, si non pour dŽclarer le Roy, par faineentise, les Princes de son sang, par rŽbellion, indignes de iamais tenir la Couronne, afin, comme leurs prescheurs ont criŽ assez pleinement, que chacun iette les yeux en ses miseres, qui sont aux hommes aiguillons ˆ nouveautez, vers ces pretenduz reiettons de Charles magne...

ˆ quoi peut-il servir puisque ce n'est que par filles, si ce n'est qu'en renversant la Loy Saliqne nous voulions exposer le Royaume en proye, non aux Lorrains seulement & aux Ardennois, mais ˆ toutes les familles de lÕEurope qui ont eu Alliance ˆ la maison de France...

Duplessis-Mornay rŽcidivera. Lors de la prise d'armes de la Ligue en 1585, il publie anonymement l'Advertissement sur l'intention et le but de ceux de la maison de Guise en la prise des armes qui, ds sa premire page, annonce : CÕest une chose toute cogneue & commune en ce Royaume que ceux de la maison de Guise se disent descenduz de la race de Charlemaigne, & prŽtendent, comme ˆ tels, ce Royaume leur appartenir. Les GŽnŽalogies quÕils ont, y a quelque temps falsifiŽes, les mŽmoires quÕils ont semŽÉle volume quÕils firent imprimer ˆ Paris il y a quatre ou cinq ans.

Et encore, 1587, Remonstrance a la France... : et quand vous aurŽs rompeu les loix, comme vous voullŽs la loi salique, appellerŽs vous pas tous les peuples voisins ˆ dechirer la France; qui, premier que vous, ont espousŽ les filles de nos roys, qui seront plus frais, plus puissans et plus riches que vous, pour soubstenir leurs tiltres; desquels, apres avoir et bien faict et bien souffert du mal, vous serŽs vous et les vostres les esclaves...? p.31.

En rŽponse :

[d'Epinac], 1585, Response de par Messievrs de Gvise, ˆ l'Advertissement [Advertissement sur l'intention & but de Messieurs de Guise, en la prise des Armes (Duplessy-Mornay)], In : MŽmoires de Nevers, T1, pp. 693sq : ... enfin mettant  & les armes spirituelles & les corporelles en leurs fourreaux, ils se sont mis ˆ calomnier Messieurs de Guise, de choses qui ne concernent en rien la Religion. C'est qu'ils ont dit que feu Monseigneur de Guise pretendoit ˆ la Couronne de France, se disant estre descendu de Charlemagne, sous la race duquel Hugues Capet a vsurpŽ le Royaume... 693

Estant doncques ainsi que la race de Charlemagne soit faillie en ligne masculine, quand il seroit vray que ceux de Lorraine seroient descendus des filles de celuy qui fut le dernier de la race de Charlemagne ; toutesfois ils ne seroient pas capables d'heriter ˆ la Couronne de France, par la Loy Salique inviolablement gardŽe en ce Royaume, qui exclud les femelles, & ne donne la Couronne ˆ ceux qui sont descendus par filles, non plus qu'elle ne tombe en quenoüille... Cela donc est sans apparence, & seroit leur droit prescrit par sept cent ans passez; & il faudroit admettre la succession ˆ l'infiny, o le droit Civil & Canon n'admettent que le dixiŽme degrŽ... Davantage, si ainsi estoit qu'il y eust quelque droit pour la Maison de Lorraine, ce seroit premierement au Duc de Lorraine, puis au Duc de Mercure ˆ le debattre, avant que ceux de Guise y puissent rien quereller. Donc il n'est pas vray-semblable que feu Monsieur de Guise eust pretendu ˆ la Couronne, ny son frere pp.694-5

...De les rendre aussi ennemis de nos Rois, c'est chose qui ne se peut croire, & qu'ils voulussent les priver de la Couronne. Le Roy Franois second avoit epousŽ la Reine d'Ecosse qui etoit niepce de feu Monsieur de Guise. Le Duc de Lorraine avoit ŽpousŽ la fille du Roy Henry second, dont il en a des enfans. Et le Roy d'apresent a fait cet honneur a la Maison de Lorraine, que d'epouser la fille de feu M. de Vaudemont. Et combien que la Loy Salique napprouve pas les femelles de la Couronne, toutefois elle n'est pas si forte qu'elle puisse eteindre le parentage qui est entre eux de droit de nature plus ancien & plus fort que la Loy Salique. p.696


[32] PubliŽ par la SociŽtŽ d'archŽologie Lorraine en 1855 sous le titre MŽmoire prŽsentŽ par Charles III, Duc de Lorraine, aux Etats de la Ligue et rŽdigŽ par Thierry Alix, sr de Veroncourt, en supplŽment du 1er volume du Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine. L'exposŽ, long et dŽveloppŽ, vise ˆ Žtablir que les Ducs de Lorraine, mis ˆ part leurs droits mystiques (hŽritage carolingien et catholicisme), mŽritent la Couronne par leur grandeur souveraine et les hautes alliances contractŽes partout depuis des sicles ; de plus, ils apporteraient ˆ la France la frontire du Rhin et lÕextinction de la dette de la dot non payŽe de Claude, fille de Henri II, ainsi que celle d'innombrables revendications (amplement dŽtaillŽes par le mŽmoire) que les Ducs formulent ou pourraient avoir l'idŽe de formuler sur la plupart des comtŽs et duchŽs du Royaume car, depuis des sicles, leurs Žpouses royales, en renonant ˆ tout droit ˆ la Couronne, nÕont pas, pour autant, abandonnŽ leurs droits privŽs aux hŽritages.


[33] Mariejol, 1904 : Aussit™t qu'il eut appris la mort d'Henri III, il avait sollicitŽ le parlement de Grenoble de le reconna”tre pour roi Comme Žtant le plus proche qui y pžt prŽtendre, ˆ l'exclusion des Bourbons hŽrŽtiques ou fauteurs d'hŽrŽsie. Le Parlement avait renvoyŽ aux prochains Etats gŽnŽraux une requte qui intŽressait tout le royaume (p.365)...

Le parlement d'Aix, une partie de la noblesse et du clergŽ, inquiets des progrs du parti royaliste, avaient dŽputŽ au Duc pour lui offrir le titre de Protecteur. Le lieutenant du Roi, Bernard de Nogaret, marquis de La Valette, appela ˆ son secours Lesdiguires; tous deux repoussrent au-delˆ du Var Charles-Emmanuel, qui s'Žtait avancŽ jusqu'ˆ FrŽjus... Mais Charles-Emmanuel rŽunit de nouvelles forces ˆ Nice et rentra en Provence. Il fut accueilli ˆ Draguignan avec enthousiasme. Les petits enfants criaient sur son passage : ÇVive la Messe ! Vive son Altesse ! et soit chassŽ La Valette !È L'arc de triomphe sous lequel il passa portait une allusion trs claire aux droits qu'il tenait de sa mre, fille de Franois 1er : De fructu matris tuae ponam super sedem tuam [Je dŽposerai le fruit de ta mre sur ton tr™neÑ liturgie de Noel]. De Draguignan, il se rendit ˆ Aix, o il reut des honneurs extraordinaires; le Parlement, le clergŽ et la noblesse allrent au-devant de lui et le salurent du nom de Protecteur de la religion (17 novembre 1590). Il refusa, ˆ son entrŽe, de marcher sous un dais comme un souverain, mais prit le titre de gouverneur et lieutenant gŽnŽral de la province sous l'autoritŽ de l'Etat royal et couronne de France. Le 2 mars 1591 Marseille lui ouvrit ses portes... (p.366)


[34] Quand, aprs son retour en France en 1560, elle le revendiquera judiciairement on lui rŽpondra que la loi salique avait toujours ŽtŽ interprŽtŽe en ce sens, que non-seulement, en France, une fille ne peut succŽder ˆ la Couronne ni au domaine du Roi, mais qu'elle ne peut rien demander par droit successif en tous les biens du Roi (Le Bon de Girardot Auguste, 1858, Procs de RenŽe de France contre Charles IX).


[35] . Champions du catholicisme, ils "oublient" que RenŽe, leur grand-mre royale, Žtait calviniste, ce qui, en lui appliquant le traitement que subira Navarre, lui ™terait le droit ˆ la Couronne que, en tant que femme, elle n'a dŽjˆ pas!

Ñ, Lettre d'un Gentilhomme catholique Franois, contenant breve responce aux calomnies d'un certain pretendu Anglois, [La Rochelle], 1586, 84 p., In: Mem. Ligue, T.1,  o Duplessis rŽpond page par page ˆ DorlŽans :... Je laisse Godefroi de Buillon, &c. Qui ne vient a propos sur ce sujet, car les vertus des Anctres ne justifient pas les vices de leurs successeurs ; mais je mÕŽba•s, comme il [l'A.] dit si souvent, que Messieurs de Guise nÕoublieront jamais quÕils font arrire-fils du Roi Louis XII, vu que cÕest par feue Madame de Ferrare [RenŽe], leur Grand-Mere hŽrŽtique, comme ils disent, & excommuniŽe, & qui a continuŽ jusquÕˆ la fin: car ne voient-ils pas que, selon leurs maximes, elle auroit donc perdu tous ses droits, de possŽder, de succŽder, & de transmettre, & par consŽquent quÕelle ne peut pas leur en avoir laissŽ aucun, & que leurs prŽtentions tant cŽlŽbres sont nulles, & en Bretagne & ailleurs : mauvais Avocat, qui pour un mot qui ne sert de rien, leur fait perdre une si riche cause pp.443-4.


[36] Quel est son auteur ? Franois Hotman Žtait partisan de Navarre, Antoine Hotman du Cardinal de Bourbon, Philippe Hotman (1533-1593) de Henri de Lorraine, marquis de Pont-ˆ-Mousson : conseiller au Chatelet, il est moins cŽlbre que ses frres ; je lui attribuerais volontiers ce traitŽ qui, s'il ne mentionne pas le candidat soutenu, joue en faveur du marquis que soutient la reine mre. Peut-tre a-t-elle commandŽ ou suscitŽ l'ouvrage.


[37] Je souligne systŽmatiquement les prŽnoms des Hotman car il ne faut pas les confondre. Nombreux, ils prennent des partis diffŽrents

Leur pre, Pierre HOTMAN, nŽ autour de 1485 ˆ Paris, Žtait le 5me fils de Lambert Hotman et de sa femme, Catherine de Vic.

D'abord avocat au barreau de Paris, en 1524 il prend un office aux Eaux et Forts. En septembre 1544, il est rŽcompensŽ par la charge de Conseiller au Parlement de Paris. En 1547, il est l'un des juges de la Chambre Ardente instituŽe pour condamner les hŽrŽtiques.

Avant 1524, il a ŽpousŽ Paule de Marle, d'une famille de noblesse de robe picarde.

Leurs sept fils ne peuvent pas tre classŽs dans l'ordre de leur naissance, la date en Žtant souvent inconnue. A part le premier, ils soutiennent la Ligue :

Francois HOTMAN (1524-1590), l'a”nŽ, est le plus illustre. Juriste et conspirateur huguenot, exilŽ et vŽhŽment. Pour convaincre le lecteur et Žviter la censure de Genve qui devait mŽnager la France, il dissimule souvent son esprit partisan derrire une apparente neutralitŽ juridique ou historique.

Antoine HOTMAN (c.1525-1596), membre de la Ligue. NommŽ avocat gŽnŽral prs du parlement de Paris, aprs la journŽe des Barricades. DŽfenseur du cardinal de Bourbon.

Jean HOTMAN ( 1596), sieur de Villiers, secrŽtaire de la Chambre du Roi puis du Cardinal de Guise.

Philippe HOTMAN (c. 1533-1593), conseiller au Chatelet, partisan de Henri de Lorraine.

Paul HOTMAN ( 1593), Tresorier de la Venerie du Roi, secrŽtaire du duc d'Aumale.

Jean HOTMAN ( 1572), Prieur de Saint-Maurice de Senlis.

Charles HOTMAN ( 1589). Avec Jean Boucher, curŽ de Saint Beno”t, Jean PrŽvost, curŽ de Saint SŽverin et Mathieu Launoy, chanoine de Soissons, il contribue ˆ la crŽation de la Ligue parisienne en janvier 1585. Il fait partie du dernier carrŽ des Ligueurs parisiens.


[38] Les dŽputŽs doivent dire ˆ Navarre Que la profession de la Religion Catholique, Apostolique & Romaine n'est point seulement l'ancienne coutume ; mais la principale & fondamentale loy du Royaume, & la forme essentielle qui donne le nom & le titre de Chretien ˆ nos Rois... La Religion Catholique, Apostolique & Romaine [...] n'a ŽtŽ receu‘ ˆ la seule volontŽ des Rois ; mais consentie & approuvŽe en generale AsssemblŽe des trois Etats [qui] ont voulu que tant le Roy en son Sacre, que tous les Officiers en leurs receptions, sur le Crucifix en fissent serment public & protestation; de laquelle il est tres-certain qu'ils ne peuvent plus varier, pour quelque cause, occasion, & pretexte que ce soit, non plus que de la loy Salique ; estant ladite loy de Religion beaucoup plus fondamentale que n'est celle-lˆ, & du tout immuable.


[39] AttribuŽ gŽnŽralement ˆ Bouthillier, Denys, sieur de Fouilletourte.

Vu la longueur (575 pages) et la confusion de l'ouvrage, on se demande comment l'A. a trouvŽ un imprimeur, mme en payant ! A moins qu'il n'ait travaillŽ pour quelqu'un, le chargeant de rŽfuter de Belloy, tte de turc rŽcurrente. Si le sommaire laisse croire ˆ une structuration, les 400 pages de la 4e Partie Le Roy de Navarre est inhabile de la couronne par tous droicts voyes & manieres (pp. 147-575) ont l'air d'un dŽlire qui ne craint ni les rŽpŽtitions ni la monotonie ni la grandiloquence.

L'A. est ultra-catholique, non ultra-liguard, quoique Žvidemment il soutienne les Guise au nom du roi. MalgrŽ sa maladresse d'Žcriture, il ne manque pas de subtilitŽ. Noter l'astuce de se rŽclamer de la Loi Salique expliquŽe par Dieu: explication de la Loi Salique revient tout le temps et lui permet, parlant pour Dieu, de faire ce qu'il veut de cette Loi. La loi de religion Žtant la base, la Salique lui est nŽcessairement conforme car le sang est autant spirituel que charnel.

Cependant, ˆ trop vouloir prouver, il s'embrouille : Navarre est un hypocrite qui ne se soucie pas de religion ; Navarre est un fanatique qui remplacera la vraie religion par la fausse. L'A. prŽvient sans cesse que Navarre persŽcutera les catholiques comme en Angleterre, tout en soutenant que sa seule religion est l'ambition : il vise seulement l'Etat et ses Huguenots devraient l'abandonner puisqu'il les trahit !

Que le Roy de Navarre n'aye iamais eu autre fin & but que s'impatroniser de cet Etat & de la Couronne de ce Royaume par divers moyens, pretextes & pretentions, sans se soucier de l'vne ou l'autre Religion, sinon en tant qu'elle luy pouvoit servir ˆ cette fin: tout le cours de sa vie, ses actions & deportemens en sont tres-bonne preuve, ˆ qui les veut considerer. Des lors qu'il se sentit honorŽ de ce tiltre de Roy de Navarre, qui fut par le decez de sa mere l'an 1572., y trouvant plus de fumee & de vent que de prise & de veritŽ, il fut si affriandŽ ˆ vn meilleur morceau, qu'il s'imagina devoir tendre ˆ celuy de la France p.4-5... ce beau masque de Religion n'est qu'vne espece de pavot, pour les  endormir [les Huguenots], cependant qu'on leur couppe leur bourse & la gorge p.20.

Mais il est hŽritique, hŽrŽtique, hŽrŽtique, et cela l'exclut de la Couronne. Et l'A. termine pieusement par Le Seigneur est le commencement & la fin.


[40] John Pocock, The Ancient Constitution..., p.17, citŽ par Rials, 1989, p.258 : il n'y avait gure de mouvement constitutionnel sans son mythe historique d'accompagnement. Nul ne nous a octroyŽ cette libertŽ, disait-on ; elle a ŽtŽ immŽmorialement n™tre ; et en consŽquence nul ne peut nous la retirer... Si les constitutionnalistes pouvaient montrer que les lois Žtaient aussi - ou plus - anciennes que les rois, ils seraient en mesure d'affirmer le fondement contractuel ou Žlectif de la royautŽ ; mais si les lois avaient accŽdŽ ˆ l'tre alors qu'il y avait dŽjˆ un roi, ds lors seule l'autoritŽ royale pouvait les avoir sanctionnŽes ou faites lois, et le roi serait en mesure d'affirmer un droit souverain ˆ rŽvoquer ce que ses prŽdŽcesseurs avaient octroyŽ. Les constitutionnalistes Žtaient par consŽquent toujours conduits ˆ argüer que les lois Žtaient d'une anciennetŽ pour ainsi dire infinie, immŽmoriales au sens de plus prŽcoces que le plus prŽcoce roi connu. Dans cette perspective, il pouvait arriver que la critique historique dev”nt l'une des armes les plus acŽrŽes de la monarchie et que les constitutionnalistes fussent acculŽs ˆ une forme d'obscurantisme historique - contraints ˆ imputer leurs libertŽs ˆ des pŽriodes de plus en plus reculŽes et mythiques dans leur tentative de prouver leur autonomie au regard de la volontŽ du roi.


[41] 1564, Sentence redoutable et arrest rigoureux du iugement de Dieu a l'encontre de L'impiŽtŽ des Tyrans, Lyon, ch. Jean Saugrain. Repr. in MŽmoires de CondŽ, 1743, T.5, ˆ la date de mars 1563 (1564).

Cf. aussi : de Coras, 1568, Question politique, s'il est licite aux subjects de capituler avec leur prince ; de Bze, 1574, Du droit des magistrats sur leurs sujets ; Duplessis-Mornay, 1579, De l'autoritŽ du peuple sur le prince.

Sur l'ensemble de cette littŽrature, voir : Mellet Paul-Alexis, 2003, (Žd.), "Et de sa bouche sortait un glaive" : Les Monarchomaques au XVIe sicle ; Mellet, 2007, Les traitŽs monarchomaques: confusion des temps, rŽsistance armŽe et monarchie parfaite, 1560-1600.


[42] L'annŽe suivante Odet de la Noue (fils de Franois, le grand capitaine huguenot) va encore plus loin : quand ceux qui possdent le roi et s'en couvrent le poussent ˆ la tyrannie, ils trahissent la Couronne et donc le Roi qui, sans la possŽder, la porte :

...Nous voyons donc en ce subiet deux choses qui sont comme la matire & la forme, asavoir, la personne qui est la cause de quoy, comme Charles ou Henry, & puis l'estat, qui est le droit de commander l'autoritŽ & maiestŽ... Toutesfois s'il advient que la personne abuse de l'auctoritŽ & du droit de commander, en cruautŽ & tyranie contre l'estat... [p.9] tant s'en faut qu'il faille en cela obŽir ˆ la personne que plustost le bon & fidele subiect de la couronne doit employer tout ce qu'il a de puissance & de moyens pour la conservation de l'estat, contre le debordement d'une telle tyrannie... p.10

...le Roy est celuy qui, comme personne publique, ne veut, ne fait & n'attente rien de sa propre volontŽ sinon en tant qu'elle est appuyŽe & fondŽe sur la raison universelle... p.13

Car cette societŽ populaire est comme un corps civil, duquel la iustice est l'‰me, les loix, les facultŽs de l'‰me, & le Roy, la bouche des loix p.14... ainsy quand le personnage public n'a plus la foy, la loy & l'universelle raison de son costŽ, il n'est plus ce qu'il estoit, ains desfigurŽ comme un monstre, & ne plus ne moins qu'un subiect quand il a perdu sa forme... p.15.


[43] Les ligueurs recyclent les arguments huguenots de la premire pŽriode et s'appuie sur les ambigu•tŽs des historiographes, notamment Du Haillan et Belleforest.

Pour Du Haillan, 1570, De l'estat et succez des affaires de France (nombreuses rŽŽditions), la "loi salique" n'est pas salique : ...encores que vouloir impugner la Loi Salique semble un crime & une heresie, si est-ce qu'Žtant fondŽ sur vrais tŽmoignages, je puis dire que ceux qui ont voulu faire croire que Pharamond fit la Loi Salique qui exclut les femelles de la succession du royaume de France, l'ont songŽ & ne l'ont trouvŽ en aucun ancien auteur qui ait Žcrit des 300 ans au-dessus... p.9Vo

Cette loi n'existe pas, mais elle est bonne et il faut s'y rallier ! [quoique] il ne se trouve en aucun monument antique qu'il s'en soit jamais auparavant [1316] parlŽ, je ne veux pas, Žtant franais, m'opposer ˆ si honorable constitution qui... se peut dire vraie loi puisqu'il y a trois cents ans qu'elle est faite...mais je dirai qu'il ne s'en parla jamais que depuis la mort de Hutin et fut bien fort dŽbatue aprs la mort de Charles le bel. Et bien que ce soit une des plus belles lois qui ait jamais ŽtŽ faite en royaume quelconque, si est-ce qu'elle n'a vigueur en France que par la force... Car soit qu'elle ait ŽtŽ inventŽe ou par Philippe le long ou par Philippe de Valois pour se faire rois et pour exclure leurs nices de cette couronne, elle sert d'une barrire qui empchera toujours que les races Žtrangres ne traverseront de deˆ... Philippe le long [...] fut le premier qui ˆ la vŽritŽ l'inventa... [et contre Jeanne] mit en avant cette loi salique delaquelle jamais auparavant on n'avait ou• parler, la faisant approuver par tous les seigneurs du royaume, ayant gagnŽ les uns par promesses et les autres par force... et n'eut Philippe grand peine ˆ faire passer cette loi salique, vu qu'il Žtait le plus fort, qu'il avait la faveur de toute la force de France et qu'il avait affaire contre une petite fille... (p 102).

Commensoli, 2023, commente (p. 89) : le premier livre de son ouvrage relate une querelle entre deux aristocrates francs, Charamond et Quadrek, au sujet des rŽgimes monarchique et aristocratique, qui se dŽroule lors dÕune Ç assemblŽe publique È. Certes, les deux personnages sont fictifs, mais leurs propos nÕen Žtaient pas moins crŽdibles, ˆ tel point que, pour du Haillan, cÕest ˆ la suite de cette assemblŽe que Pharamond fut Žlu. CÕest donc une assemblŽe qui a instituŽ la monarchie. Si lÕŽlectivitŽ du roi avait jouŽ un r™le considŽrable dans les traitŽs monarchomaques de la dŽcennie prŽcŽdente, dans les annŽes 1585-1590, du Haillan pouvait tre relu par les ligueurs avec une double intention. DÕune part, sa reconstruction historique affaiblissait la pertinence de la loi salique... De lÕautre, la centralitŽ de lÕancienne assemblŽe franco-germanique confirmait que le pouvoir de la Couronne provenait soit du Parlement, soit des ƒtats gŽnŽraux.

De son c™tŽ, le confus Belleforest (Grandes Annales, 1579, T1, Paris, Buon, Chp.2 DE LA LOY SALIQVE, INSTITVTION, & considerations en icelle), s'embrouille dans le 62.6  et finit par faire de la Salique une loi mentale : [l'art. 62.6] ne fait mention que des alleux et Žtend son effort et vigueur non sur le sang royal ains sur tous les Saliens. Par ainsi ce n'est pas bien Žtablir l'Žtat de cette loi royale que de la poser sur cette constitution, ainsi faut la rapporter ˆ une loi mentale et gravŽe au coeur des princes, laquelle a ŽtŽ autorisŽe par la pratique & coutume, et par la nŽcessitŽ & avancement du bien public (T.1, p. 6Vo)

Cependant, le mme Belleforest, dans le T.2, Liv.5, Chp.1, ˆ propos du "grand dŽbat", en revient ˆ la salique stricto sensu et au 62.6 : plusieurs ayant interprŽtŽ la loi... ont dit que celle qui est au 62e titre ¤6... s'entend non de la couronne ains des alleux; mais c'est tout au contraire, vu que la terre salique est proprement celle qui est du domaine royal et de la mme couronne... Et ainsi cette loi fait immŽdiatement pour la cause du Comte de Valois... vu que comme j'ai dit l'usage et la pratique gardŽs jusqu'ˆ prŽsent faisaient assez de foi que la terre salique est la royale (p.819Vo).


[44] Ñ, De la puissance des roys et droict de succession aux royaumes, contre l'usurpation du tiltre & qualitŽ de roy de France faite par le roy de Navarre, et de l'asseurance que peuvent avoir en luy les catholiques. Le tout corrigŽ, reveu & augmentŽ de nouveau par l'autheur, Robert Nivelle, ru‘ S.Jacques, aux Cicognes. M. D.XCIII [1593], 1e Žd. 1589, 177 pages.

DŽveloppement ŽlaborŽ et consŽquent en faveur de la puisance du peuple (Žtats) contre maints auteurs hostiles (dont Bodin) et ˆ l'aide d' "exemples" historiques. L'A. plaide contre feu Henri III et surtout s'attache ˆ prouver que Navarre est inhabile. La premire cause d'incapacitŽ de Navarre est qu'il a mŽprisŽ les Etats en s'alliant ˆ Henri III aprs qu'il les ait violŽs. Le roi est choisi pour le bien public, la tte et les membres ne peuvent discorder.

...les Roys sont constituez d'origine par les peuples, afin de commander pour le profit & vtilitŽ d'iceux... il sensuit que quand les Roys, de Princes deviennent Tyrans, les peuples sont delivrez de l'obligation & du serment qu'ils leur ont prestŽ : car ils ont iurŽ fidelitŽ, non ˆ vn Tyran, mais ˆ vn Prince p.13-4... Donc quand le Prince faict estat de perdre & ruiner tout, le peuple repetera la puissance qu'il luy a donnŽe p.14.

[Contre l'objection de Bodin que rien, alors, ne serait assurŽ] il est necessaire pour bien establir l'estat Monarchicque, de prescrire des cas ausquels le peuple pourra resister au Prince... Car ˆ la verite de donner licence au peuple de prendre les armes en tout cas iniuste commis par le prince, c'est abbatre l'estat Monarchicque... p.16

Voila comment en celle question agitŽe entre les Politiques, si le Roy est pardessus les Estats, ou au contraire les Estats par dessus le Roy, nous devons dire, que lors que le Prince vse bien de sa puissance souveraine, sans commettre generale iniustice, les Estats ne sont pas par dessus luy, puis qu'ils luy ont transferŽ leur puissance pour en vser ainsi... mais lorsqu'il en vse autrement, c'est sans doubte que les Estats luy sont superieurs... ce sera aux Estats de luy faire son procez, comme ˆ vn transgresseur des lois de Dieu, de Nature, & du Royaume... p.33-4

si pour tout cas iniuste commis par le prince il devoit estre deposŽ, tous les iours on viendroit aux depositions, qui seroit destruire l'estat Monarchique p.40-1... Mais quand l'iniure qui est faicte au particulier regarde le general, comme lors que le Prince tue les chefs, pour avoir plus facilement raison des petits, & pour oster les obstacles de la tyrannie [comme ˆ Blois], ie ne fay point difficultŽ de conclurre qu'il apartient aux Estats de cognoistre de telles actions du Prince p.43.

Si lors que l'iniure faicte au particulier regarde le general, le general cognoist du Prince, ˆ plus forte raison quand elle est faicte au general mesme p.49... I'adiousteray d'avantage, que le Prince qui viole les Estats, se viole soi mesme [car] le prince qui viole ses Estats, viole ses membres, & consequemment soi-mesme pour l'vnion qui est entre le chef & les membres. Il viole aussi son estat, d'autant que l'estat Royal est appuyŽ sur les Estats qui ont premierement crŽŽ les Rois... p.50

 [Inconstance  et opportunisme des heretiques] lorsque la cause des Estats leur pouvoit servir, qu'ils esperoient quelque aide d'iceux, les voila pour les Estats contre les roys, voila des livres publiez soubs vn tiltre faux, des Estats de France violez par la tyrannie de Guyse : maintenant que les Estats leur ont estŽ contraires, ils se sont appuyez des Roys, & se sont voulu faire planche ˆ la RoyautŽ, par la perte, ruine & aneantissement des Estats p.58... VOILA donc comment le Roy de Navarre est exclus de la succession de la couronne, pour des causes pour lesquelles les Rois sont privez de leur Royaume, & Henry troisiesme avant son trespas estoit descheu de cestuy- cy p.59.


[45] La Perriere, 1908 : Hugues Capet, Žlu par ses pairs, commenait une nouvelle race qui devait rŽgner huit sicles, et pourtant son accession au tr™ne Žtait la plus grande nŽgation du principe hŽrŽditaire que lÕon puisse citer... cÕest ce qui fait quÕˆ notre avis, ce droit de succession est un droit nouveau qui se crŽe et qui Žvolue ˆ partir de Hugues Capet p.14... le droit de succession dans la race capŽtienne est, par presque tous ses c™tŽs, un droit nouveau, car les grands qui avaient fait monter au tr™ne lÕun d'eux, les Žvques qui lÕavaient soutenu et dont le rve aurait ŽtŽ une royautŽ rŽglŽe comme la papautŽ, comptaient bien ne pas crŽer simplement une troisime race se transmettant le tr™ne hŽrŽditairement. LÕintŽrt des barons Žtait trop visiblement de maintenir le principe Žlectif p.15... AdalbŽron avait fait la volontŽ du roi [en acceptant le sacre de son fils], mais il Žprouva une forte dŽception, car il ne para”t pas avoir voulu Žtablir une dynastie nouvelle, et cÕest bien celle-ci qui se fondait par lÕassociation du fils au pre. ƒvidemment, ce nÕest pas par droit dÕhŽritage que, lorsque le 24 octobre 996, le premier CapŽtien mourut, son fils lui succŽda, et, si le changement sÕaccomplit sans aucune secousse, cÕest que le prince, qui ds lors rŽgnait seul, Žtait dŽjˆ roi de par droit dÕŽlection depuis neuf annŽes p.18... LÕhabiletŽ trs grande de la pratique quÕadoptrent les CapŽtiens consistait en ce quÕelle respectait dans la forme le principe Žlectif, quÕelle tournait en rŽalitŽ. LÕŽlection Žtait en quelque sorte dans la main du roi ; il pouvait composer lÕassemblŽe de telle manire que son fils fut Žlu, et, aprs la mort du pre, le roi dŽsignŽ par cette premire Žlection profitait dÕun prŽjugŽ puissant en sa faveur p.20... Tout roi dŽsignŽ quÕil Žtait, Louis le Gros eut ˆ surmonter une vaste coalition pour se faire reconna”tre comme roi ˆ la mort de son pre ; il se fit sacrer prŽcipitamment p.24... [il lui fallut] quinze annŽes dÕune lutte opini‰tre pour surmonter cette crise et pour asseoir dŽfinitivement le droit hŽrŽditaire p.25...


[46] Il termine ainsi son ouvrage de plus de 500 pages : Donques pour conclusion finale, puis que Dieu non seulement a constituŽ les Royaumes, PrincipautŽs, &Empires: mais aussi a posŽ leurs fondemens sur certaines formes loix & coutumes: & estably sur chacun d'iceux, tels Rois & Princes qu'il luy a pleu. Puis qu'il nous commande de les honorer servir & obeir pour l'amour de luy: & ne [pas] leur resister tant pour le devoir de nos consciences que pour notre bien & repos. Puis aussi qu'ˆ Dieu seul appartient le droict de punir, changer, oster & chasser les Princes lŽgitimes, & non aux peuples. Et que c'est a eux non de choisir lesRoys, notamment en vn royaume hereditaire, mais de recevoir ceux que Dieu leur ordonne, selon la loy & coutume du pais: nostre devoir est, d'aymer, honnorer, servir & obŽir au Roy que Dieu nous a donnŽ maintenant. Et aprs luy de recevoir ses successeurs que Dieu nous donnera, par la voye & coutume ordinaire: quelz qu'ilz soient indifferemment. Leur porter autant d'amour, d'honneur, service & subiection que s'il estoient les meilleurs Princes du monde. Ne nous elever contre eux, ny leur resister: pour quelque cause & occasion que ce soit. Mais de tenir touiours leur party, maintenir leur estat & dignitŽ: & les deffendre contre tous ennemis estrangers ou domestiques. Et generalement de leur obŽir en tout, fors & exceptŽ en ce qui est manifestement contre les commandemens de Dieu ou contre les loix de nature, ou les loix fondamentales du pa•s. Et neantmoins, ores que contre tous droictz divins & humains, & avec toutes sortes de rigueur, ilz voulssissent bannir & renverser tout ordre, pietŽ & justice de la terre: Que notre devoir requiert, de nous comporter tousiours envers eux avec toute reverence, humilitŽ, patience & modestie. Et nous donner garde de nous laisser transporter en impatience, pour nous elever contre eux & passer les termes de la defence necessaire & forcŽe. Mais qu'en telz inconveniens, nous devons principalement recourir ˆ Dieu & le prier dy pourveoir par sa gr‰ce: De toucher les coeurs de nos Roys & les flechir en son obeissance pour reduire toute chose en bon ordre & s'acquitter dignement de leurs charges ˆ l'honneur & ˆ la gloire de Dieu, & au bien & repos de leurs peuples. FIN (pp.282Vo-283Vo).


[47] L'Institution porte sur toutes les matires du droit franais et, si elle commence bien sžr par le droit de royautŽ et contient la forte phrase toujours citŽe (Le roi n'a point de compagnon...), l'A. dŽcrit banalement la mŽcanique habituelle : conseillers, Parlements, Žtats-gŽnŽraux. L'essentiel est consacrŽe aux matires ecclesiastiques o les privilges gallicans et royaux sont dŽveloppŽs. Au total, c'est simplement une mise ˆ plat du "droit franais".

Coquille Žtait plus pertinent dans son Dialogue sur les causes des miseres de la France, entre un Catholique ancien, un Catholique zelŽ, et un Palatin, 1590, In: Les oeuvres de maistre Guy Coquille, sieur de Romenay, Tome 1, Bordeaux, Labottiere, 1703. Ce dialogue est un plaidoyer ˆ peine dŽguisŽ pour Navarre. Tandis que le catholique zŽlŽ met "le peuple" au dessus du roi (qui a pouvoir de constituer a pouvoir de destituer), le Palatin reconna”t Navarre par fidŽlitŽ aux lois du royaume et le catholique ancien parce qu'il s'agit d'Etat et non de religion, et que mme dans ce cas, le pape n'a pas le pouvoir de l'exclure. En effet, comme le montre le recueil des Oeuvres de Coquille, la question gallicane est au centre de ses prŽoccupations, avec les arguments habituels. Il se trouve qu'elle fait pour Navarre. Rien d'original.

Le Discours des Etats de France de 1588 (auxquels Coquille reprŽsentait le Tiers du Nivernais) n'a rien d'un manifeste politique, comme la suite du titre l'indique et du droit que le DuchŽ de Nivernois a en iceux. Il s'agit surtout de l'Žternelle question de prŽseance entre dŽlŽgations.


[48] Loyseau, 1610, prŽcŽdemment citŽ, ajoute : comme il s'est pratiquŽ tout fraichement en la personne de notre grand roi d'ˆ prŽsent, et encore en celle de Mr le Prince de CondŽ qui a ŽtŽ dŽclarŽ Premier Prince du Sang comme Žtant ˆ prŽsent chef de la branche de Bourbon, combien qu'il ne soit qu'arrire-cousin de SM et qu'il ait des oncles qui sont cousins germains d'icelle et partant plus proches d'un degrŽ, s'il fallait compter selon les degrŽs de parentŽs... p.89.

Les dits oncles, ainsi infŽriorisŽs, avaient eu raison d'tre mŽcontents de la naissance posthume et suspecte de leur neveu !

L'Epinois, 1886, p.225 : les princes de la maison de Bourbon ne cachaient pas leur dŽplaisir de voir la princesse de CondŽ devenir mre d'un fils, dŽsormais le plus proche hŽritier du tr™ne aprs le Roi de Navarre et le cardinal de Bourbon ; ils avaient mme ŽtŽ tellement mortifiŽs de cette naissance, qu'ils n'avaient pas craint de jeter ˆ leur jeune cousin le soupon de b‰tardise.

C'est plus qu'un soupon. Charlotte-Catherine de La TrŽmoille (1565-1629) a ŽpousŽ le 16 mars 1586 Henri Ier de Bourbon-CondŽ qui meurt empoisonnŽ le 5 mars 1588: leur fils posthume na”t le 1er septembre 1588. SouponnŽe d'adultre et de meurtre, enfermŽe 7 ans sans jugement, elle est innocentŽe (et donc le fils lŽgitimŽ) par Henri IV qui, encore sans enfant, a besoin de dŽclarer un successeur. La procŽdure est curieuse : son procs reprend au Parlement ; les plaignants en dŽclinent la compŽtence et ne se prŽsentent pas ; le Parlement, par dŽfaut, dŽclare l'accusŽe innocente (1596). Cf. Loiseleur Jules, 1876,  "La mort du second prince de CondŽ", RH, T1, pp. 410-437.

Pour Henri IV, faire du chef de la Maison de CondŽ le Premier Prince du Sang au dŽtriment de ses oncles est une faon de renforcer le principe auquel il doit sa couronne. Au reste, le roi prŽfre sans doute un jeune homme, supposŽ mallŽable, ˆ d'incommodes cousins germains. Il sera dŽu (Charlotte de Montmorency !) et, aprs 1610, la RŽgente aura fort ˆ faire avec ses rŽbellions.


[49] Davila, 1630, Žcrira (Žd.1647, I, 7, 446-7) : d'autant que le Duc de Guise savoit par l'experience de tous les temps, & particulierement de ce qui Žtoit arrivŽ depuis peu, touchant les Huguenots, que par vne inclination naturelle aux Franois, tous mouvemens etoient mal fondez s'ils n'avoient la protection d'un Prince du Sang ; il commena de tourner les yeux de toutes parts, pour en eslire & en persuader vn qui, luy prestant le droit & l'authoritŽ de la Famille Royale, fut d'humeur ˆ se laisser entierement gouverner ˆ luy. Il n'en trouvoit point de plus propre ˆ ses desseins, ny qui deust apparemment estre plus prest ˆ recevoir cette impression, que Charles Cardinal de Bourbon, troisieme Frere d'Anthoine Roy de Navarre & de Louys Prince de CondŽ, tous deux defunts... le principal etoit que, se trouvant le plus ‰gŽ des Princes du Sang & Oncle du Roy de Navarre, il pouvoit disputer l'HereditŽ de la Couronne, & pretendre que le Roi venant ˆ mourir sans enfans, la succession luy en appartenoit legitimement... [Guise envoie ses Žmissaires, DorlŽans et l'abbŽ de Saint-Ouen, au favori du Cardinal, RubemprŽ] Il posoit pour fondement, que la Representation, comme l'appellent les lurisconsultes, n'a point de lieu dans les degrez transversaux; & partant, que le Roy de Navarre ne pouvoit representer la personne d'Anthoine son Pere, l'AisnŽ des freres, en l'HereditŽ de la Couronne de France; mais qu'indubitablement elle regardoit le Cardinal encore vivant, & non pas l'AisnŽ des Freres qui estoit mort il y avoit desja longtemps... que le Cardinal luy pourroit survivre [au roi], & avant son Neveu [Navarre], parvenir ˆ la possession de la Couronne, & la transmettre ˆ son autre Neveu le Cardinal de Vendosme...


[50] Villers, 1959 : Hotman se gardait de parler du cas o deux collatŽraux se trouvaient ˆ un Žgal degrŽ par rapport au roi : tel Žtait justement le cas du cardinal de Bourbon lui-mme et du duc de Montpensier, tous deux parents au vingtime degrŽ d'Henri II. Pourquoi Hotman se prononait-il en faveur du premier puisque les deux cousins se rattachaient ˆ saint Louis et qu'il Žtait impossible de s'appuyer sur le jus stirpis pour dire que l'un descendait d'un roi et l'autre du cadet de ce roi ? (Voir ses explications embarrassŽes dans Sur la dŽclaration du Roi...). Tout simplement, Hotman avait pris ce parti, sans le dire et peut-tre sans s'en rendre compte, parce que le cardinal Ç reprŽsentait È l'ainŽ d'une gŽnŽration antŽrieure, savoir Franois de Vend™me, tandis que le duc de Montpensier Ç reprŽsentait È Louis de Vend™me, frre cadet de Franois. Quant aux lettres de proximitŽ, elles n'avaient jamais fait que reconnaitre des privilges attachŽs ˆ un rang, mais elles ne pouvaient confŽrer ce rang lui-mme (p.203).

L'argument est valable mais, en rŽalitŽ, il ne faut pas prter tant d'innocence ˆ Antoine Hotman: il se prononce pour le Cardinal parce qu'il est son avocat et qu'il Žcrit pour le soutenir.

Cf. Rose, 1978b, APPENDIX I - Montpensier Claim: dans une lettre Žcrite en 1589 aprs la mort du roi (publiŽe par Moreau-Reibel, 1935, p.431sq) Bodin's point is that if the cardinal de Bourbon had repudiated the crown it would have gone not to Navarre but to the cardinal's cousin, Franois. This is because the cardinal's real rival for the crown is Franois, who stands in like degree of consanguinity to the genearch Louis IX. ln this contest Cardinal Charles has prior right because he was older. But if the cardinal had repudiated the crown, it would not have entered the house of Bourbon-Vendome, and so a fresh contest would have taken place between Duke Franois and Navarre. This time Franois would have won because he was both older than and senior by one degree to Navarre. Equally, if the cardinal had died before Henri IV, then Franois would have excluded Navarre for similar reasons.

Je note que la Lettre de M. Bodin, publiŽe par la Ligue en 1590, prend un Montpensier pour un autre, visant (volontairement ?), non pas Franois qui, encore vivant, est plus jeune que le Cardinal, mais son pre Louis ( 1582). ‚a ne va pas car celui-ci, s'il n'Žtait pas mort, ne serait pas ˆ ŽgalitŽ avec le Cardinal, mais avant lui puisqu'il a un degrŽ de moins : ... si feu Monsieur le Duc de Montpensier, qui sans doute estoit plus vieil que Monseigneur le Cardinal de Bourbon vivoit maintenant, il eust peu quereller le Royaume contre mondict Seigneur le Cardinal, veu qu'ils estoient tous deux au treiziesme degre, et y eust eu difficultŽ a iuger leurs differens. Et souventesfois a estŽ dict a plusieurs gens de bien qui s'en peuvent souvenir, par le dict deffunct Duc de Montpensier, que le Roy de Navarre demeurant en son opinion, si le Roy (Henri) et ses freres venoient a mourir, il ne luy quitteroit iamais sa part de la Couronne... p13.


[51] de Belloy,1587, EXAMEN DV DISCOVRS PVBLIƒ CONTRE LA MAISON ROYALLE DE FRANCE, Et particulierement contre la branche de Bourbon, seule reste d'icelle, sur la Loy Salique & succession du Royaume, p. 335:

 


[52] Nevers, 1590, TraitŽ de la prise des armes...(In: Mem. Nevers, T.2) : Et pour le regard de M. le Cardinal, ils ne se peuvent excuser de ne l'avoir pour le moins aussi-tost qualifiŽ du titre de Roy, & n'avoir fait tous leurs efforts pour sa delivrance & asseurance de sa personne ; mais c'etoit le moindre de leurs soucis, qui ne tendoit qu'ˆ exercer l'authoritŽ Royalle ˆ quelque prix que ce fust, en attendant le moyen d'en vsurper le nom p.91.

Saulnier, 1912, pp. 233sq. : De mme qu'aux prŽtentions du BŽarnais au litre d'hŽritier prŽsomptif on avait opposŽ les droits du cardinal, de mme ˆ la royautŽ de Henri IV on opposa celle de Charles X. Mais [..] Mayenne ne sut pas mme prŽparer la victoire. Les premiers, les prŽdicateurs songrent au cardinal-roi... En quelques villes [...] on reconnut mme la royautŽ de Charles de Bourbon ... Ainsi peu ˆ peu le roi de la Ligue apparaissait... Mais, chose curieuse, alors que se produisaient ces tŽmoignages de fidŽlitŽ en faveur du cardinal, les chefs de la Ligue semblaient l'oublier entirement... C'est alors [affaiblissement de la Ligue] que Charles de Lorraine usa du pouvoir qu'il possŽdait encore pour proclamer officiellement la royautŽ du cardinal de Bourbon, cherchant un moyen d'affermir son autoritŽ chancelante. En consŽquence, le 21 novembre [1589], le parlement de Paris rendit un arrt [Arrest de la cour de parlement de recognoistre pour roy Charles dixiesme de ce nom]... Ainsi il avait fallu deux dŽfaites et la menace de se voir supplanter par les Seize pour que Mayenne se dŽcid‰t ˆ mettre fin au gouvernement rŽvolutionnaire qui durait depuis prs d'un an. Charles X une fois proclamŽ, le conseil de l'Union ne fit plus qu'assister le lieutenant gŽnŽral, seul ma”tre dŽsormais au nom du nouveau souverain... A c™tŽ des parlements, les villes acclament le roi de la Ligue... Mais cette active campagne venait trop tard pour qu'on pžt croire ˆ sa sincŽritŽ. Elle ne trompa personne. D'ailleurs [...] A sa mort sans doute prochaine, ˆ qui reviendrait la couronne ?


[53] Matteo Zampini, Jurisconsulte. Conseiller secret de Catherine de MŽdicis, qu'il suivit en France. Ligueur, combattit Henri IV. NŽ ˆ Recanati en 1519 ou 1520, mort ˆ Rome en 1600.

1588, De la succession du droict et prerogative de premier Prince du sang de France, deferŽe par la loy du Royaume, a Monseigneur Charles Cardinal de Bourbon :

... combien qu'Antoine roi de Navarre ežt pu tre connu par la nature et tre a”nŽ en raison de son ‰ge, ce nŽanmoins, n'ayant onques ŽtŽ connu par la loi ou coutume pour lui dŽfŽrer ce privilge, jamais tel droit d'ainesse en la question prŽsente... ne lui a ŽtŽ acquis... et n'a jamais ŽtŽ l'a”nŽ, attendu [que cette prŽrogative] a toujours demeurŽ et rŽsidŽ en l'un des princes de Valois p.11Vo... maison de Valois de laquelle Antoine n'Žtait issu: il ne pouvait tre dit & rŽputŽ l'a”nŽ d'une maison en laquelle il n'avait pris son origine... p.12Ro... Antoine Žtait forclos de la dite prŽrogative par Henry ˆ prŽsent rŽgnant & par Franois [Anjou] de l'espŽrance d'icelle. Et ne fait ˆ propos de dire qu'Antoine Žtait l'ainŽ de la maison de Bourbon p.12Vo... Par ce moyen, la condition de Henri fils, ne peut tre meilleure que celle de son pre qui est son auteur... p.14Ro.

Je n'ai trouvŽ nulle part son factum de l'annŽe suivante Le droict de Mgr le cardinal de Bourbon ˆ la Couronne de France, dŽfendu et maintenu par les princes et catholiques franois, Paris, 1589, qui soutient que celuy qui est aisnŽ en la maison de Bourbon nÕest pourtant pas aisnŽ en la maison de France.


[54] ...sans aucune difficultŽ par la loy du Royaume (comme iÕay dit) la Couronne appartient ˆ Monseigneur le Cardinal de BOURBON, & n'en peut estre frustrŽ que par usurpation & violence, contraire ˆ la loy & reprouvee de Dieu & des hommes, quelque chose qu'on vueille dire au contraire, partie par ignorance, partie par faction, outre la passion & mauvaise volontŽ quÕont plusieurs du contraire party... Ie say bien quÕon dict que le Roy de Navarre y vient par representation [de son pre], mais cela est induire une nouvelle iurisprudence (p.10-11)... d'autant que le feu Roy dernier mort nÕestoit en ce degrŽ de parentŽ ny ˆ l'un ny ˆ lÕautre... & faut par necessitŽ que chacun y vienne de son chef sans se pouvoir aucunement ayder de representation... (p.13)

Parmi d'autres, DorlŽans, 1590, Second advertissement... reprend l'argument : Mais vous dittes que la Couronne luy appartient par droit de representation... Vous trompez, vous abusez, Messieurs de la Noblesse... Le droit de representation est vn droit incogneu & ignorŽ en France, principalement en ce qui touche la Couronne... il ne se trouvera que persone de voz Roys y soit venu par droit de representation, mais de leur chef seulement, & comme le plus proche... Iustinian ny les Empereurs ne donnent point les Loix en France, vous ne recepvez voz Loix des Romains, la France ne tient que de Dieu & de l'epee, & n'est aucunement subiette ˆ l'Empire p.136Vo... ce droict de representation n'est qu'vn droict inventŽ par vne fiction, ce n'est qu'vn droict imaginaire, qui n'a la force, la vigueur & la puissance de rompre le droict de proximitŽ, qui est vn droict solide, vn droict fort & vigoureux, & qui sert de fondement ˆ tout le droict successif p.139.

Et ce droit de reprŽsentation existerait-il, il ne jouerait pas dans une succession collatŽrale o l'on ne regarde que la proximitŽ.


[55] Rapin-Thoyras, 1733, Histoire d'Angleterre, 2nde Žd., T. 7 , La Haye, p 8-9:

Premirement, on ne sauroit produire aucune Loi, sur laquelle on puisse fonder la Succession hŽrŽditaire de la Couronne dÕAngleterre. Secondement, on trouve un trs grand nombre de prŽjugez dans lÕHistoire de ce Royaume, qui font voir que le Parlement sÕest attribuŽ le droit de disposer de la Couronne, & de rŽgler la Succession, sans aucun Žgard pour le plus prochain HŽritier. En troisieme lieu, depuis la Conqute, il y a eu plus de Rois qui sont montez sur le Tr™ne en vertu des Actes de Parlement, ou par quelque autre moyen, que par un Droit hŽrŽditaire. Les quatre premiers principalement, savoir Guillaume le Conquerant , Guillaume le Roux, Henri I. & Etienne, trs assurŽment nÕacquirent pas la Couronne par ce Droit [...]. Enfin, si lÕon peut produire quelques exemples des Rois qui ont succŽdŽ de Pre en Fils, & qu'on en veuille conclure que cÕest par un Droit hŽrŽditaire, il sera aussi facile de faire voir que ce Droit sÕŽvanouit quand on remonte ˆ la source. Par exemple, si lÕon suppose qu'Elisabeth, Marie, Edouard VI. & Henri VIII. ont possŽdŽ la Couronne par un Droit hŽrŽditaire, quoiqu'il y aurait beaucoup ˆ dire sur les Reines, la source de ce Droit se trouve dans Henri VII. qui nÕŽtait HŽritier naturel, ni de la Maison dÕYork, ni de la Maison de Lancastre. Henri VI. & Henri V. ont succŽdŽ de Pre en Fils ˆ Henri IV., qui nÕŽtait pas le plus prochain HŽritier de Richard II. Edouard III. n'a pas pu succŽder par un Droit hŽrŽditaire ˆ Edouard II. son Pre, qui Žtait encore en vie. Edouard II. Edouard I. & Henri III. forment la plus longue Succession hŽrŽditaire de Pre en Fils qui se trouve dans lÕHistoire d'Angleterre: mais ils tiraient leur Droit de Jean sans Terre, qui certainement n'Žtait pas le plus prochain HŽritier de Richard I. Je passe sous silence les Rois prŽcŽdents, parce que la chose est trop manifeste pour quÕil soit nŽcessaire de s'y arrter. Ainsi, de vingt-trois Rois quÕil y avait eu depuis la Conqute jusqu'ˆ Jaques I., il y en avait au moins plus de la moitiŽ, qui nÕŽtaient pas montez sur le Tr™ne par un Droit hŽrŽditaire.


[56] Gaillard, 1774, p. 180 : Quant ˆ la Maison de Bourgogne qui ne voyoit entre le Tr™ne & elle que les branches d'OrlŽans & d'Anjou, conoit-on qu'elle se laiss‰t aveugler par la haine, au point de placer sur ce Tr™ne l'Žtranger, l'ennemi que la France avoit toujours combattu ? & qu'alloient devenir toutes ces autres branches de la Maison Royale, OrlŽans, Anjou, Alenon, Bourbon, Artois, Dreux, Courtenay, qui toutes avoient des droits que les Princes Anglois redouteraient toujours ?

Reponse d'un bon et loyal Franois au peuple de France de tous estats, 1419, publiŽe In: 1729, MŽmoires pour servir ˆ l'Hist. de France & de Bourgogne, T.1, pp. 315-322. Il dŽbute ainsi : Considerez par quelle malice, sous umbre de paix & de mariage desdiz anciens ennemis & leurs fauteurs sŽditieux de transporter la Couronne & le Royaume de France pardurablement ausdits Anglois par dampnable tyrannie & trs-malicieuses dolosies... Considerez que de Monseigneur le Daulphin, qui est seul vray heritier du Roy & du Royaulme, n'est faite quelconque mention, comme s'il ne fust riens ou monde de lui...

Et continue : la Couronne & le Royaume de France, avec tous leurs droits & appartenances, demourront & seront d'icelluy Henry & de ses hoirs ˆ perpetuitŽ, & notŽs bien qu'il ne dit mie des hoirs de son corps, & ne parle point de m‰le ne de femelles, mais generaument parle de tous ses hoirs... & par ainsi vous veez que les fleurs de lys sont du tout dŽfamŽes &: desjettŽes du trs-noble Royaume, non pas seulement par succession de ligne masle, mais aussi de femelles, se Dame Katherine meurt sans enfans...

... comment donc peut-on ou a peu le Roy tellement infirme & malade consentir & accorder valablement de si grant chose, comme est tout le Royaulme de France, comme est le droit de la Couronne & l'honneur des fleurs de lys ˆ perdurabletŽ contre tout droit d'un naturel & canonique, & contre la coustume prescritte de France de si longtemps qu'il n'est mŽmoire du contraire, ˆ laquelle s'accorde la Loy de Charlemaigne le grand, & dicitur Lex salica, & le bon gouvernement de tout le Royaulme ainsi le requiert... quia fi filius & heres qui est Dominus omnium: Mais ledit Henry dira par avanture que le Roy son pere l'a desheritŽ. O benoit Dieu ! ™ loyaultŽ! ™ justice ! ™ veritŽ ? o tes-vous ? que dites-vous? ni o est le procs qui selon ordre de Droit ait fait ou peut faire telles exheredation...p. 319


[57] La Ligue avait vainement sollicitŽ cette bulle de GrŽgoire XIII. Sixte Quint l'accorde peu aprs qu'il soit pape. On a beaucoup disputŽ ses raisons : fanatisme ? (pour avoir passŽ la plupart de ses annŽes dans la Charge d'Inquisiteur de la Foy, il avoit tournŽ en coustume d'estre ennemy iurŽ de tous ceux qui avoient des sentimens esloignez de ceux de l'Eglise Romaine, Davila, 1630, Hist. des guerres civiles, Žd. 1647, T.1, p.500) ; pression du Consistoire et des Espagnols ? mŽconnaissance de la situation franaise ? En tous cas, il semble que le pape ait rapidement regrettŽ d'avoir fermŽ la porte ˆ Navarre et cŽdŽ aux ultras.

Cf. HŸbner, 1870, Sixte-Quint ; L'Epinois, 1886, La Ligue et les Papes.

Hubner, T.2, p. 270, cite la lettre au doge de l'ambassadeur de Venise, Alberto Badoer, 24 octobre 1589. Le cardinal Cornaro lui a rapportŽ son entretien avec Sixte qui a dit (sans qu'on sache s'il exprime sa pensŽe de 1585 ou celle de 1589) :... Nous n'avons rien contre le roi de Navarre, exceptŽ ce qui touche ˆ la religion ; nous n'avons pas voulu l'excommunier, parce que nous ne voulions pas le mettre au dŽsespoir ; parce que nous voulions laisser la porte ouverte ˆ une transaction, ce que nous ne pouvons plus faire maintenant, ˆ moins qu'il ne tente des dŽmarches auprs de nous ; mais, ˆ notre avŽnement, la bulle Žtait faite, on n'avait qu'ˆ mettre le nom de Sixte-Quint ˆ la place de celui de GrŽgoire...

Lorsque Gomberville collationne et publie (1665) les MŽmoires du D. de Nevers, il cite des lettres que le Duc aurait Žcrites au Cardinal de Bourbon lors de son voyage ˆ Rome en 1585 : le pape qui vient pourtant de fulminer la bulle aurait maudit la Ligue et ses ambitions. Mais tout laisse penser que ces lettres sont supposŽes (Bremond d'Ars, "Une question de critique historique ÑPices fausses des MŽmoires de Nevers", RQH, 1884). La prudence s'impose d'autant plus que Nevers est notoirement hŽsitant, flottant, voire ambigu, lui-mme dans une fausse position car le duchŽ appartient ˆ Madame qui est liguarde.


[58] Le prche du supposŽ catholique anglais a fait date. Il est court, vif, dŽbute par la longue mŽtaphore de la maladie (mŽdecins insouciants aggravent le mal, mauvaise nature du patient) et se poursuit en invectives dont certaines bien trouvŽes. Le thme gŽnŽral est la dŽnonciation de Navarre comme hŽrŽtique qui persŽcutera la vraie religion, comme c'est le cas en Angleterre. Voilˆ ce qui plut car il n'y a pas grand chose d'autre :

Gardez vous donc d'introduire un Roy heretique dedans le corps de votre Etat. Cette viande n'est pas propre ˆ votre maladie, vu que la maladie est venue d'en avoir mangŽ: le suc en est trop aigre, & de trop dure & difficile digestion p.52... L'on ne baille pas la brebis ˆ garder au loup p.58... Qui n'aimera donc mieux tre espagnol que Huguenot? p.117

C'est dans la trs brve Apologie... de la mme annŽe qu'on trouve des arguments (plut™t confus) ˆ propos de la Loi Salique.


[59] Martin, 1919 : Si le Parlement s'Žtait indignŽ, le roi n'en avait pas montrŽ, d'abord, de mŽcontentement [de la Bulle]; et, dans les premiers jours de novembre, la traduction de la bulle se vendait ˆ Paris. Mais bient™t son attitude changea; il fut interdit de rŽpandre ce texte; et, le 25 du mme mois, le nonce avertissait Rome qu'on venait de faire un Ždit impitoyable pour brider les imprimeurs. Quoique rŽdigŽ en termes gŽnŽraux, cet Ždit visait la bulle... p. 227.


[60] La Remonstrance faicte le 6eme Fevrier, 1589... aux Etats tenus ˆ Blois par La Guesle, Procureur general, rapporteur des cahiers desdits Etats, est publiŽe en 1611, ce qui permet de mettre dans le titre que le Roy de Navarre etoit le vray & legitime successeur de la Couronne.

Quoique rien n'assure que le texte donnŽ vingt ans aprs soit conforme ˆ la harangue prononcŽe, sa ligne gŽnŽrale est plausible. La question du lŽgitime successeur est, en 1589, prudemment traitŽe en nŽgatif : le roi ne doit pas accepter la requte des Etats de le disqualifier.

La Guesle, habilement, commence par admettre l'Žvidence de la requte des Etats contre un persŽcuteur de la religion (vos subiets n'ont que trop d'occasion d'apprehender la domination d'vn Prince ennemy de leur creance, oppugnateur de leur Eglise). Aussit™t il nuance : est-ce bien la volontŽ des Etats ou une formulation factieuse sous leur nom ? (en ces grandes assemblŽes, souvent advient-il que ce que peu commencent, le reste le bruict... Ainsi le consentement en ceste proposition, n'etant si entier qu'on pense...)

Puis, il passe au plan politique : alors que le roi est menacŽ par la Ligue rebelle, peut-il se sŽparer radicalement de Navarre et des siens ? (declarer vne animositŽ extraordinaire, & non ouye, est-ce pas battre le tambour d'vne guerre irreconciliable & inexpiable?...  La saison peut-elle estre plus eloignŽe quand votre MajestŽ est contrainte de retirer les forces qu'elle avoit envoyŽ contre le Roy de Navarre, pour les opposer ˆ ceste nouvelle rebellion, de laquelle estes assailly).

Certes, le pape l'a condamnŽ mais, dans le passŽ, les excommunications ont ŽtŽ aussi frŽquentes que douteuses et la France n'est pas sujette de Rome (Tant y a que la Religion se convertit comme souvent & presque tousiours en vn interet privŽ des Princes).

Enfin, il ne faut pas dŽsespŽrer de la Providence : la saintetŽ de S.Louis imprgne sa lignŽe, elle peut faire un miracle et convertir Navarre (Est-il du tout inconvenient [...] qu'vn iour en partie, il ne represente en sa personne, ce qui etoit propre en son premier tige [S.Louis], conviŽ qu'il est par tant de raisons de retourner ˆ l'vnitŽ de l'Eglise?).

Les Etats dispersŽs (16-19 janvier 1589), le discours du Procureur prŽlude ˆ l'alliance imminente de Henri III et Navarre ou l'anticipe.

Lui fait Žcho la Lettre du roi de Navarre aux trois Žtats de ce royaume, contenant la dŽclaration dudit seigneur, sur les choses advenues en France depuis le vingt-troisime jour de dŽcembre 1588 (In: Mem. Ligue, T1, 230 sq. Le 4 Mars 1589, Navarre, sous la fiction d'une lettre aux Etats (ˆ prŽsent dissous) affirme sa fidŽlitŽ au roi et l'adjure de lui permettre de se joindre ˆ lui car trois partis en guerre sont la ruine finale. Le bon Navarre veut, non pas Žcraser la Ligue, mais la paix gŽnŽrale. Si la Ligue fait le mauvais choix et s'oppose au roi, il le dŽfendra. Dieu l'a secouru, preuve de la justice de sa cause, lui premier prince etc.


[61] ...cette licence & permission donnee au peuple est contre la Loy de Dieu & toute raison humaine. Car puisque les sujects sont obligez par le commandement de Dieu d'obeir ˆ leurs Princes, quels qu'ils soyent, & sans s'informer plus avant de leur conscience & deportemens, ils n'en peuvent estre dispencez... (p.179) D'ailleurs la Iurisdiction & pouvoir de l'Eglise, ne touche en rien les biens & choses temporelles, ains comme chacun sait, [...] n'est la puissance des Ecclesiastiques autre que spirituelle (p.180).

D'innombrables auteurs participent ˆ cette guerre des imprimŽs o se dŽchirent les catholiques sincres (Cf. Souriac, 2009, pour une vue d'ensemble). Les dŽnonciations des excs papaux ont soin de ne pas reprendre les condamnations huguenots de l'AntŽchrist et de rester sur le terrain gallican, respectueux de la fonction "salvifique" d'une Eglise qui doit s'y cantonner.

On se rŽfre au prŽcŽdent de 1564, quand Pie IV a lancŽ un monitoire ˆ l'encontre de l'huguenote Jeanne d'Albret, reine de Navarre. La Reine rŽgente chargea l'ambassadeur de France ˆ Rome, d'Oysel, de reprŽsenter au Pape qu'il n'a nulle auctoritŽ et juridiction sur ceulx qui portent tiltre de roy ou de royne et que ce n'est pas ˆ luy de donner leurs Estats et royaumes en proye au premier occupant et mesmement (surtout) de ladicte royne de Navarre, qui a la meilleure partie de ses biens en l'obŽissance du Roy mondict sieur et filz... (Memoires envoyez av sievr d'Oysel, Ambassadeur, sur les procedures faictes en Cour de Rome contre la Royne de Navarre, In: J. Gillot, 1609). Le pape n'osa passer outre.


[62] Romulo Francisco [Bellarmin], 1586, Responsio ad praecipua capita Apologiae, quae falso catholica inscribitur pro successione Henrici Navarreni in Francor regnum, Rome ; trad. 1588 Responce aux principaux articles et chapitres de l'Apologie du Belloy, slnn.

Cf. Schmitz, 2015 : en dŽguisant l'auteur, Rome se met au-dessus de la polŽmique, ˆ la fois pour ne pas compromettre son autoritŽ et ˆ cause des excs de la Ligue parisienne.

La Responce conclut en forme de syllogisme :

1) Tous les huguenots sont hŽrŽtiques; Henri de Navarre est huguenot, par quoi Henri de Navarre est hŽrŽtique

2) [...] tous les heretiques sont privŽs lŽgitimemement par le Saint Sige apostolique du droit de succession aux royaumes. Par quoi Henri de Navarre est privŽ lŽgitimement du droit de succession qu'il prŽtend avoir au royaume de France

3) [...] Ceux qui Žlvent au royaume les hŽrŽtiques condamnŽs du saint sige apostolique & privŽs du droit de succession aux royaumes: tous ceux lˆ se dŽmontrent peu soigneux de la religion & du royaume, ou ˆ mieux dire traitres, comme sont les politiques de ce temps.


[63] Si Sixte Quint admet sans scrupule que, par raison politique, Henri III ait fait tuer le Duc de Guise, il ne tolre pas l'exŽcution du Cardinal, ni l'emprisonnement du Cardinal de Bourbon car les Cardinaux sont ses crŽatures. Cependant, il laisse du temps au roi pour demander pardon et libŽrer le Cardinal. C'est aprs l'alliance du roi avec Navarre (avril) que, le 24 mai 1589, il fait afficher ˆ Rome un monitoire menaant Henri III d'excommunication et de dŽposition s'il ne met en libertŽ le cardinal de Bourbon et l'archevque de Lyon dans l'espace de dix jours et si, dans l'espace de soixante, il ne compara”t ˆ Rome pour solliciter son absolution, personnellement ou par procuration.

Quoique la Sorbonne ne soit pas en totalitŽ acquise aux thses extrŽmistes de Boucher (De justa Henrici tertii Abdicatione), elle est liguarde et, sans attendre le pape qui en est courroucŽ, considre que le meurtre d'un cardinal entra”ne excommunication de facto. Une quinzaine de jours aprs l'ŽvŽnement, le 7 janvier 1589, l'Advis et resolution de la facultŽ de thŽologie de Paris dŽlie les sujets de leur serment d'obŽissance au roi (Primum: quod populus hujus regni solutus est et liberatus a sacramento fidelitatis et obedientiae praefato Henrico Regi praestito), ce que dŽnonce l'Advertissement aux bourgeois de Paris, (In: MŽmoires de Nevers, 1665, T1, p.885 sq.) : cet arrt n'a, ni inspiration du S.Esprit comme un concile, ni juridiction sur le roi, ni sanction papale : Ie croy bien que Messieurs de la Sorbonne n'ont garde de pretendre ouvertement vne authoritŽ egale ˆ notre Saint Pere, de crainte d'en estre bl‰mez. Neantmoins en effet ils se la sont attribuŽe.

En fŽvrier, l'Advis et resolution de la sacree Faculte en theologie interdit de jurer l'Edit d'Union de juillet 1588 (tous nosdits Sujets jureront de vivre & mourir en la fidŽlitŽ quÕils nous doivent, art. VII) que le roi a lui-mme annihilitŽ en se sŽparant du "peuple" : non seulement pour l'homicide d'un Cardinal nous sommes delivrez de l'obeissance de Henry de Valois: mais aussi pour ce qu'il a violŽ la foy publique, qui est le lien de l'obligation mutuelle. En Avril, la FacultŽ interdit de prier pour le roi au canon de la messe puisqu'il est excommuniŽ : ...tous sÕaccorderent quÕil ne falloit exprimer en aucune Oraison ecclŽsiastique le nom de Henri, ˆ raison de lÕexcommunication, quÕen beaucoup de sortes & manires (comme a ŽtŽ arrtŽ aux prŽcŽdentes assemblŽes) il avoit encourue... (MŽm. Ligue, T.3, p.540).

L'une des consŽquences de cette fiction d'excommunication est de s'Žtendre ˆ ceux qui ont assistŽ ou cŽlŽbrŽ la messe en sa prŽsence, ce qui vise notamment l'Žvque de Paris avec lequel la Sorbonne est en conflit et auquel elle arrache le contr™le des bŽnŽfices et cures parisiennes (Amalou, 2008), demandant ˆ Genebrard un traitŽ ˆ l'appui (1589, Excommunication des ecclŽsiastiques...), largement diffusŽ : non seulement ils mŽritent la grande excommunication (Coena Domini), mais elle est de fait, sans avoir besoin de sentence, et elle est majeure, ne pouvant tre levŽe que par le pape et provoquant dŽchŽance de grade, dignitŽ et bŽnŽfice, puisque le Valois est hors Eglise, et encore plus par sa familiaritŽ avec Navarre.

La Sorbonne se trouva alors prisonnire de sa propre radicalitŽ thŽocratique (Amalou, 2010) En 1590, le mŽcontentement du pape Žclate ˆ la suite de la rŽsolution de la Sorbonne d'interdire toute paix avec Navarre, mme s'il abjurait, dŽniant implicitement ˆ Rome le droit de l'absoudre (7 mai 1590, RŽsolution de messieurs de la facultŽ de theologie de Paris, sur les articles ˆ eux proposŽs par les catholiques habitans de la ville de Paris, touchant la paix ou capitulation avec l'hŽrŽtique) : ...Et pourtant, puisque Henri de Bourbon est HŽrŽtique, fauteur dÕhŽrŽsie, notoirement Ennemi de l'Eglise, relaps & nommŽment excommuniŽ par notre saint Pere, & quÕil y auroit danger Žvident de feintise & perfidie, & ruine de la Religion Catholique, au cas quÕil v”nt ˆ impŽtrer extŽrieurement son absolution, les Franois sont tenus & obligŽs en conscience de l'empcher de tout leur pouvoir de parvenir au Gouvernement du Ro•aume trs ChrŽtien, & de ne faire aucune paix avec lui... Le LŽgat et ses thŽologiens dŽsavouent la Sorbonne et autorisent la nŽgociation d'une trve avec Navarre en faisant valoir la nŽcessitŽ de la ville.

De Bouard, 1932 :...Mais quand, [ˆ Rome] l'on eut connaissance des articles publiŽs par la Sorbonne, Sixte-Quint laissa libre cours ˆ son indignation "Toutes ces menaces que prodiguent, ces temps-ci, les Espagnols, dit-il a Niccolini, sortent de cette officine de Sorbonne ˆ l'instigation de Bernardino de Mendoza"... Le 16, au nom de l'Inquisition, Monsignore Gallesino rŽdigeait une rŽponse ˆ l'impudent dŽfi de la Sorbonne et quelques jours plus tard le pape lui-mme manifestait son intention de procŽder contre elle et citait le recteur de la FacultŽ de thŽologie ˆ compara”tre dans les trois mois p.110-111.

Pithou, 1593, dŽnoncera ˆ plaisir cette Sorbonne la nouvelle : Aujourd'huy avons nous ˆ notre confusion non vne Theologie, mais vne Daemonologie. Ce sont pour la plus-part toutes heresies & invectives qu'ils enseignent ˆ la populace p.8 parmi lesquelles 4. C'est ˆ la Sorbonne [de] iuger si le Pape doit recevoir le Roy, & si d'avanture il le faisoit (chose qu'ils craignent fort) le declarer heretique & excommuniŽ.


[64] [1er abus et nullitŽ: le pape, se prenant pour l'evque universel, a excommuniŽ qui n'est pas son paroissien, violant l'ŽgalitŽ des ap™tres et moisssonnant dans le champ des autres

2nd: que les deux excommuniŽs sont franais, sujets du roi, princes du sang

3e: qu'ils sont dŽclarŽs ˆ tort heretiques, obstinez, relaps en heresie, & impenitens

4e: que le pape, avec scandale et peu de fruit, condamne avec eux deux millions de personnes, de faon pernicieuse et dangereuse: ce n'est pas ainsi qu'on procde avec un schisme, on rŽunit un concile

5e: dŽfaut de forme, pas d'enqute ni procs ni admonestation prŽalable

6e: l'excommunication doit se faire par l'Eglise du lieu, pas seulement l'Žvque

7e: absence de charitŽ

8e: le pape proclame leur dŽchŽance de tous droits alors que sa juridiction se limite aux choses cŽlestes

9e: la couronne de France est franche et le pape ne peut en disposer

10e: avoir compris les enfants dans la condamnation, d'autant que la succession au royaume n'est pas hŽritage mais vertu de la loi salique & royale.

 

Ce seroit chose trop monstrueuse, de veoir l'Žtat, puissance, & succession Royale, qui a le Ciel seulement pour aspect & fondement, appuyŽe, conservŽe, & retenue de l'appŽtit, affection, volontŽ, courroux, & passion d'vn Evque que le vulgaire appelle Pape, qui est vn homme... la consŽquence & l'exemple est trop importante & dangereuse, pour tous les Rois & Princes de la terre: s'il falloit que leurs Sceptres, leurs Couronnes, ou l'etat qu'ils tiennent immŽdiatement de Dieu, par la grace duquel ils regnent, & ont de sa main tout pouvoir & toute authoritŽ raisonnable, fussent esclaves de la trop chaude cholre, de la fureur, de l'erreur & de la mauvaise volontŽ ou de la fausse persuasion d'vn seul homme, suiet aux mouvemens, alterations, & passions immoderees, de la corruption de nature p.7.

[La Bulle proclame la dŽchŽance des princes et dŽlie leurs sujets des serments] Enquoy Sixte entreprent par dessus Sa iurisdiction &. ministere Ecclesiastique, lequel ne doit tre que des choses celestes, d'autant que le pasteur n'a point d'authoritŽ sur les Empires, Royaumes, seigneuries, & biens temporels p.361.

La neuvieme nullitŽ sera prise particulierement de l'etat & majestŽ du Royaume de France, de la succession duquel le Pape ne peut disposer, d'autant que cette courone royale est franche, & ne recognoit aucun plus grand que soy, ainsi qu'il est notoire sans aucun contredit, d'autre que de quelque EspagnolisŽ ligueur qui voudroit aujourd'huy placer l'authoritŽ du Pape en cet Empire, pour detruire la loy Royale d'iceluy... aussi quand Dieu nous aurait tant punis, que la maison de France seroit du tout faillie, (ce que ˆ Dieu ne plaise) ce seroit affaire aux Žtats d'y pourvoir, non au Pape de Rome, la puissance duquel nous est incogneue p.375... au quel ne sert de rien l'exemple par eux si souvent allŽguŽ, du Roy de France Childeric... p. 376

Donc si notre pape Sixte ne veut maintenant revoquer la malediction qu'il a iettŽe, sur lesdits Seig. Princes, les Eveques de France le doivent, ˆ l'exemple de leurs predecesseurs, qui l'ont souvent observŽ p.408.


[65] La Bibliothque historique, Žd. 1769, T2, le rŽsume ainsi, sous le N¡18739 :

 Ce TraitŽ est de Pierre DE BELLOY. Il avance dans ce Discours trois Propositions : 1.¡ Que faire ligue & association sans la volonte du Roi, c'est aller contre la Religion. 2¡. Qu'on ne peut tre bon Sujet & bon Citoyen en suivant une autre lumire que celle de l'Etat. 3.¡ Qu'il n'est pas permis de lui chercher un Successeur de son vivant. Les Rois sont Žtablis de Dieu pour tre les Chefs de leurs Peuples ; c'est donc aller contre son ordre que de s'unir contre eux. L'Auteur s'Žlve avec force contre les misŽrables Ecrivains de Libelles.

La synthse du successeur de Lelong est plus claire que le factum de Belloy dont les "trois propositions" (qui reviennent ˆ une seule, qu'il faut rŽverer le roi, image de Dieu) sont peu distinctes. L'ouvrage, non structurŽ, est d'un seul tenant. Admirons le courage de Belloy dans le Paris factionnaire de 1587 plus que son talent de polŽmiste ! NoyŽes dans le fatras biblico-antique habituel, on trouve les propositions ŽnoncŽes par LeLong. Mais l'A., courroucŽ, a trop ˆ dire et oscille entre la thse de l'usurpation des Guise par gŽnŽalogies et la dŽnonciation du crime de chercher un successeur au roi vivant qui revient ˆ le vouer ˆ la stŽrilitŽ.

Il prend vivement ˆ partie le DorlŽans du Catholique anglais et n'oublie pas les prcheurs inconsidŽrŽs : leurs sermons ne sont que medisances, ils tuent,ils brisent, ils fraquassent, ils font les bouchers en chaire, leur Evangile cÕest le sang, le fer, le feu... (p.59Vo).

A quoi DorlŽans rŽpond (Ñ, 1588, Responce a un livre de Beloy plein de faulsetez et calomnies...) en cŽlŽbrant l'obŽissance des Guise et leur service du roi. Belloy les calomnie etc. S'agissant du crime d'association qui est le point dŽlicat, l'argument est que la Ligue a exŽcutŽ la volontŽ cachŽe du roi, ˆ preuve sa rŽvocation de l'Edit de pacification. Elle justifie la Ligue qui lui a donnŽ le pretexte dont il avait besoin pour se soustraire aux maudits politiques, fauteurs de tous les Edits de pacification et complices des Huguenots. Il estoit donques expedient d'user de quelque assemblŽe en armes, pour obtenir du Roy, ce que le Roy desiroit. De plus, cette rŽvocation Žloigne Navarre de la couronne dont elle le dŽclare (implicitement) indigne, ce qu'il est puisque hŽrŽtique et non incertain comme prŽtend Belloy.


[66] Forneron, 1877, T1 : Dans un voyage de la Cour en Savoie, ˆ ChambŽry [1548], comme on vouloit marcher en cŽrŽmonie, chacun tenant son rang selon sa qualitŽ, il survint un petit diffŽrend entre lui [Guise] et le chef de la famille de Bourbon, Antoine de Vend™me. Comme premier prince du sang, Antoine marchait le premier dans toutes les entrŽes, aprs le poisle du Roy, et seul de son rang. Il fut esbahy de voir ˆ sa main gausche le jeune Franois de Guise, et lui dit : Ñ Mon compaignon, tenons-nous rang en ce pays-ci ? Ñ Oui, monsieur, rŽpond Franois, et plus qu'en aultre pays de France, car estant cestuy-cy de nouvelle conqueste, duquel je suis gouverneur et lieutenant gŽnŽral pour le Roy, Sa MajestŽ m'a commandŽ de marcher ainsy. Ñ Je le dis, mon compaignon, rŽpliqua Antoine, parce que tout ce que pourroit faire le chef de vostre maison seroit d'estre en ma main. Ñ Je le pense bien, monsieur, en la France ; mais, hors le royaume, vous seriez aprs luy, parce qu'il est souverain, et vous ne l'estes pas, ains sujet et vassal de la couronne de France, et M. de Lorraine, ne tient son estat que de Dieu et de l'espŽe. Antoine ne jugeait pas que l'on fžt hors de France, puisque l'on Žtait en pays de nouvelle conqueste, et voulut se retirer, mais il fut rappelŽ par le Roi.

L'auteur tire ce dialogue des MŽmoires de Vieilleville (Žd. Michaut, 1e sŽrie, T9, p. 80) qui poursuit: M. de Vendosme, picquŽ de ce superbe langage, se relaisse de son ranc, et se retire comme saige prince, pour obvier ˆ quelque trouble. De quoy adverty, le Roy, qui n'estoit pas encores sous le poisle, mais attendant que tout fust en ordre pour marcher, le fist savoir ˆ M. le connestable ; et eux deux adviserent d'envoyer devers ledit duc de Vendosme M. de Vieilleville pour le rappaiser, ce qu'il fist fort dextrement. Mais luy demandant M. de Vendosme, qui etoit desja gaignŽ par les remontrances qui luy avoient estŽ faites, comme il pourroit honnestement retourner, veu qu'il en estoit sorty en colere et par dedaing de la reponce du duc d'Aumalle: Dictes-luy, monsieur, respond M. de Vieilleville, qu'il marche hardiment au ranc o il est ; que si le Roy avoit commandŽ ˆ ung laquais de s'y mettre, que vous le y souffririez, et l'auriez trs-agrŽable pour le respect du mandement : vous ne vistes jamais homme si faschŽ. M. de Vendosme, qui ne se pouvoit contenir de rire pour la subtilitŽ de l'advertissement, vint reprandre sa place; mais il n'oublia pas sa leon, qui offencea tellement M. d'Aumalle, que sans quelque consideration il eust volontiers quittŽ la sienne; mais il estoit fort esclave des honneurs et de la gloire.

La querelle rebondit trs vite (Forneron) avec le duel fameux de La Ch‰taigneraie et Jarnac (10 juillet 1547) o Franois de Guise avait vu soutenir par Antoine de Bourbon l'adversaire de celui dont il s'Žtait dŽclarŽ le parrain. Ensuite Antoine, Duc de Bourbon-Vend™me, ne tarda pas ˆ se trouver de nouveau le compŽtiteur de Franois de Guise... les deux rivaux se disputaient la main de la nice de Franois Ier [Jeanne d'Albret]. Et ce fut Antoine qui l'eut.


[67] Pre Anselme, Histoire gŽnŽalogique et chronologique de la maison royale de France, 3e Žd., Cie des libraires, 1728, T. 3, Chp.34 Montpensier, pp. 522 sq (repris de Godefroy, CŽrŽmonial franais, Žd. 1649, T1, pp. 331-346) :

*Arrt pour prŽsenter les roses ˆ la cour de Parlement 1541

A dit Marillac [pour Bourbon-Montpensier] qu'il Žtait d'accord que lesd. duchŽ de Nevers et comtŽ d'Eu avaient ŽtŽ premirement ŽrigŽs et crŽŽs en Pairie que le duchŽ de Montpensier, mais fallait considŽrer que lesd. duchesse et duc de Montpensier sont du sang royal ce que ne sont pas lesd. duchesse et duc de Nevers, au moyen de quoi devaient prŽcŽder... La Cour a dit qu'en ayant Žgard ˆ la qualitŽ de prince du sang, jointe ˆ la qualitŽ de pairie et ˆ l'ancienne coutume en la session des prince du sang et pairs au lit de justice... Elle a ordonnŽ et ordonne que le D. de Montpensier... pourra le 1er bailler les roses. Parlement, 17 juin 1541 ;

*1547, 3 juillet, Franois Ier demande au Parlement une liste des dates d'Žrection car nous dŽsirons savoir et entendre l'ordre & rang que doivent tenir les Pairs de France

*1547, Ordonnance provisionnelle contenant que les D. de Guise et de Nevers pairs de France ont prŽcŽdŽ pour cette fois seulement le D. de Montpensier aussi pair de France et prince du sang, sans prŽjudice de son droit en l'ordre du sacre et couronnement du roi. [Henri II, 25 juil 1547] : le D. de Montpensier nous eut remontrŽ... que la crŽation et antiquitŽ des Pairies ne pouvait altŽrer l'ordre & rang dž aux princes du sang royal de France qui doivent toujours suivre et approcher le lieu d'o ils sont descendus.... [mais] attendu lad. briŽvetŽ de temps...

* Treize extraits des registres ˆ propos des roses... o l'on voit les prince du sang pairs y ont prŽcŽdŽ les autres pairs non princes( p. 526 sq)

*1559 couronnement Franois II: 16 sep 1559 sur le diffŽrend de M de Montpensier qui voulut prŽcŽder MM. de Guise et Nevers, disant que Žtant du sang de France et pair, il les devait prŽcŽder au fait du sacre, lesd. srs de Guise et Nevers qu'ils devaient prŽcŽder led. sr de Montpensier selon l'antiquitŽ de la crŽation de leurs pairies,... led. sr roi... a arrtŽ que lesd. pairs en l'acte du sacre seraient assis et marcheraient selon le degrŽ et antiquitŽ de leur crŽation, et que, en la cour de parlement lesd. princes du sang prŽcŽderaient les Pairs encore que lesd. princes du sang ne fussent pairs

*1575 Requte prŽsentŽe au roi par M le D. de Montpensier ˆ ce qu'il plaise ˆ SM ordonner et commander ˆ la cour de Parlement de vider sommairement le diffŽrent de la prŽsŽance d'entre led. sr D. de Montpensier & M. le D. de Guise (CŽrŽmonial franais, T1, 332)... vous savez sire qu'il n'est pas raisonnable que ceux qui ont cet honneur de vous appartenir en premier ordre de consanguinitŽ marchent aprs les seconds ou troisimes... M. de Guise, sous prŽtexte que ses prŽdŽcesseurs se sont fait accroire qu'ils reprŽsentent les pairs du duchŽ de Bourgogne, et en cette qualitŽ es sacres de Henri II, Franois II et Charles IX... il veut de prŽsent par tels moyens induire une consŽquence... il vous plaise commander ˆ votred. cour de sommairement vider et terminer lesd. diffŽrents sans figure de procs.


[68] Outre son gožt exagŽrŽ pour le cŽrŽmonial (Chatenet, 1992), Henri III n'est sans doute pas f‰chŽ de donner un coup sur le nez des Guise aprs le Manifeste de PŽronne (juin) et celui de la (premire) Ligue catholique (novembre).

Edit de dŽcembre 1576 (Godefroy, CŽrŽmonial..., T.1, p.344) : ...Savoir faisons que pour mettre fin aux procs et diffŽrends ci-devant avenus entre aucuns princes de notre sang pairs de France, et autres princes aussi pairs de France, sur la prŽsŽance ˆ cause de leursd. pairies, et voulant obvier ˆ ce que telles controverses et difficultŽs n'adviennent ci-aprs. [...] Avons dit, statuŽ et ordonnŽ, statuons et ordonnons que les Princes de notre Sang, Pairs de France, prŽcŽderont & tiendront Rang, selon leur degrŽ de ConsanguinitŽ, devant les autres Princes & Seigneurs, Pairs de France, de quelque qualitŽ qu'ils puissent estre, tant Žs Sacres & Couronnement des Roys que Žs Seances des Cours de Parlement, & autres. Lu, publiŽ & enregistrŽ 8 janvier 1577.

L'Edit, s'il contente Montpensier, ne rgle pas la question gŽnŽrale des rangs des Grands de France. DŽjˆ du Tillet (Recueil..., III.) donnait une sŽrie de cas et exemples montrant que les diffŽrends ont commencŽ depuis longtemps et opposent, non seulement les Princes du sang et les Pairs non princes, mais encore les Princes entre eux (proximitŽ ˆ la Couronne et dignitŽ fŽodale, chefs de maison et autres, etc).

L'Edit, remarque Loyseau, 1610, ne vide que le rang des princes du sang qui sont pairs et ne rgle pas l'ordre entre branches et personnes au sein des princes du sang. Loyseau le dŽplore : Mais c'est une grande difficultŽ comment doit tre entendue cette rgle de l'ord. 1576  "que les princes du sang marchent selon leur degrŽ de consanguinitŽ".

En effet (Jackson, 1971, p43)...Literally interpreted, the edict of 1576 had a rather confined character. It only settled the rank of those princes who were also peers; it did not say anything about those princes who were not peers, and it did not establish rank among the princes themselves.


[69] Pris entre les deux forces contraires dont l'une voulait l'abattre et l'autre le secourir, il n'avait pas d'autre choix. Dans son TraitŽ de la prise des armes... de 1590, Nevers suggre que la Ligue l'y a contraint pour le discrŽditer dŽfinitivement auprs des catholiques : vous devez croire qu'il ne se fust iamais aidŽ du Roy de Navarre, s'il n'y eust estŽ contraint p.40...  ils [MM de l'Union] n'ont iamais cessŽ de donner toutes les allarmes qu'ils ont peu au Roy deffunct, pour luy donner occasion de se ioindre avec le Roy de Navarre : afin d'en retirer suiet de calomnier sa MaiestŽ d'Apostasie p.41... ils n'avoient rien tant en affection que de contraindre le Roy ˆ s'aider des forces des Huguenots, cuidant valider par tel acte l'advis de la Sorbonne, & iustifier la calomnie qu'ils avoient desia publiŽe contre sa MaiestŽ, qu'il fust Apostat... Ce qui fut cause de faire precipiter le Pape ˆ publier le Monitoire contre le Roy p.45.


[70] Batiffol Louis, 1909, Žd. 1921, pp. 287sq : ...la mort d'Henri III mit tout le monde en prŽsence du fait inŽluctable que la France avait un nouveau roi et que ce roi Žtait protestant. Le sentiment qui domina dans l'entourage, en grande majoritŽ catholique, du souverain fut celui de la colre... La nuit du 2, les personnages catholiques se rŽunirent afin d'examiner la situation. Quelques-uns, comme le duc de Longueville, le baron de Givry, M. de Rambouillet, furent d'avis qu'en prŽsence du sige il fallait reconna”tre le roi de Navarre, pousser l'attaque de Paris et venger Henri III. La majoritŽ se rŽcria : il Žtait impossible de prendre comme roi un excommuniŽ ; Henri de BŽarn ne se convertirait jamais, ses atermoiements passŽs le prouvaient bien. Finalement, sur la proposition de d'Epernon, il fut convenu qu'une dŽputation irait expliquer ˆ Henri IV, que s'il voulait abjurer immŽdiatement, il serait proclamŽ sans tarder...

Il [Navarre] tint tte fermement ˆ la dŽputation qui venait le sommer de se convertir...

Cette attitude rŽsolue dŽconcerta les chefs catholiques. Ils se rŽunirent ˆ nouveau. Mais que faire ? Quel roi prendre ? En somme les scrupules du prince Žtaient respectables. Sur quoi quelqu'un proposa de reconna”tre provisoirement Henri IV, en lui donnant six mois pour se convertir ; le parti fut adoptŽ. Henri IV accepta. Un arrangement signŽ le 4 aožt ... Etait-ce la solution ? Malheureusement, nombre de catholiques irrŽductibles refusrent d'admettre la combinaison. Ils prirent leurs bagages et quittrent l'armŽe... De leur c™tŽ, les protestants dŽcouragŽs par les engagements que venait de prendre Henri IV, se retirrent [La TrŽmo•lle]... Ainsi l'armŽe royale se disloquait. Henri IV, qui par surcro”t n'avait pas d'argent, incapable de continuer le sige, quitta les bords de la Seine et se replia vers la Normandie. [Echec de Rouen, Victoire d'Arques]... Ce succs d'Arques fut pour Henri IV du plus excellent effet. Des partisans lui arrivrent. Longueville le rejoignit avec des troupes... Il rŽsolut immŽdiatement de marcher sur Paris...

 

Le D. de Nevers (qui n'Žtait pas prŽsent et peut avoir une arrire-pensŽe) Žcrit ˆ propos de Henri III : Mais comme cette intention [d'avoir un successeur huguenot] ne luy entra iamais en l'ame, ainsi en a-il fait les effets tous contraires : & ˆ sa mort il l'a tres bien temoignŽ, n'ayant iamais parlŽ de son successeur, ny exhortŽ & commandŽ aux Princes & Chefs qui etoient prŽs de luy de le reconnoitre, ainsi que vous pourrez voir par une attestation qui a estŽ faite des propos qu'il a tenus (1589, TraitŽ sur la prise des armes...).

On comprend aisŽment pourquoi la lŽgende de la transmission de la couronne ˆ Navarre par Henri III mourant a ŽtŽ mise en circulation aussit™t (cf. Fogel ci-aprs). Elle trouve une justification tardive dans les MŽmoires du Duc d'Angoulme, b‰tard de Charles IX, qui, ˆ l'occasion, se discerne le titre de neveu. ComposŽs en 1647 (!), sous le 3e roi Bourbon, ces MŽmoires sont publiŽs pour la premire fois en 1667 par Bineau.

Ed. Petitot, T. 44, 1824, pp.530-2 : [H3 mourant s'adresse ˆ Navarre] "Mon frere, c'est ˆ vous ˆ posseder le droict auquel j'ay travaillŽ pour vous conserver ce que Dieu vous a donnŽ; c'est ce qui m'a mis en l'estat o vous me voyez. Je ne m'en repens point ; car la justice, de laquelle j'ay tousjours estŽ le protecteur, veut que vous succediez aprs moy ˆ ce royaume, dans lequel vous aurez beaucoup de traverses si vous ne vous resolvez ˆ changer de religion. Je vous y exhorte autant pour le salut de vostre ame que pour l'avantage du bien que je vous souhaite"... le Roy eslevant sa voix en presence de plusieurs seigneurs et gens de qualitŽ dans sa chambre, qui en estoit toute pleine: "Messieurs, leur dit-il, approchez-vous, et ecoutez mes dernieres intentions... je vous prie comme mes amis, et vous ordonne comme vostre roy, que vous reconnoissiez aprs ma mort mon frere que voila; que vous ayez la mesme affection et fidelitŽ pour luy que vous avez tousjours eu‘ pour moy, et que, pour ma satisfaction et vostre propre devoir, vous luy en prtiez le serment en ma presence: Et vous, mon frere, que Dieu vous y assiste de sa divine Providence; mais aussi vous priay-je, mon frere, que vous gouverniez cet Estat et tous ces peuples qui sont sujets ˆ vostre legitime heritage et succession, de sorte qu'ils vous soient obe•ssans par leurs propres volontez, autant qu'ils y sont obligez par la force de leur devoir." Ces paroles achevŽes,... toute la noblesse fondant aussi en larmes avec des paroles entre-coupŽes de souspirs et de sanglots, jurerent au roy de Navarre toute sorte de fidelitŽ, et dirent au Roy qu'ils obe•roient ponctuellement ˆ ses commandemens; lequel, tirant le roy de Navarre proche de luy, et me [Angoulme] monstrant ˆ ses pieds, luy dit : "Mon frere, je vous laisse ma couronne et mon neveu ; je vous prie d'en avoir soin, et de l'aimer... "

Fogel, 2018, pp. 12-13: Dans les deux jours qui ont suivi la mort dÕHenri III, il [Navarre] avait rŽussi ˆ se faire reconna”tre comme successeur lŽgitime par tout ce quÕil avait pu trouver de dignitaires et de grands nobles : les textes de leur accord datŽ du 4 aožt ont ŽtŽ confiŽs aux soins dÕun imprimeur de fortune qui nÕa pas laissŽ de trace, si bien quÕil est impossible de savoir sÕil travaillait ˆ Tours auprs des membres du parlement de Paris restŽs fidles ou plus prs de Paris. Mais dÕune manire ou dÕune autre, ils ont trs vite ŽtŽ connus dans la capitale. Or, ces mmes textes se retrouvent dans un vŽritable occasionnel, o ils sont annoncŽs et prŽcŽdŽs de deux pages contenant "les derniers propos du roi consolant avant sa mort ses fideles sujets". Apocryphes bien sžr, ces dernires paroles ont la sŽrŽnitŽ de la bonne mort chrŽtienne... et la grandeur mŽlancolique du souverain qui abandonne le pouvoir : "Une chose me console, cet que je lis en vos visages, avec la douleur de vos coeurs, & lÕangoisse de vos ames, une belle & louable resolution de demeurer unis, pour la conservation de ce qui reste dÕentier dans mon Estat". Puis vient lÕappui au nouveau rgne : "Je say, & jÕen puis respondre, que le Roy de Navarre, mon bon frre, legitime successeur de cette Couronne, est assez instruit es loix de bien regner, pour savoir commander les choses raisonnables : & je me promets que vous nÕignorerez pas la juste obeyssance que vous luy devez". Sur la mme page que lÕŽchange final des larmes des assistants et du roi lui-mme, commence le texte du serment...

Serment et protestation dv Roy de Navarre, a son avenement a la Couronne : NOVS HENRY, par la grace de Dieu, Roy de France & de Navarre: promettons & iurons par la foy & en parolle de Roy, par ces presentes, signees de notre main... de maintenir en notre Royaume la religion Catholique, Apostolique & Romaine en son entier... Nous sommes tous prestz, & ne desirons rien davantage que d'estre instruits par vn legitime & libre Concil general [...] qu'ˆ ceste fin nous ferons convoquer & assembler dans six mois, ou plustot s'il est possible... [L'exercice du culte suivra les articles accordŽs entre Henri III et Navarre en avril] iusques ˆ ce qu'autrement il en ait estŽ advisŽ & arrestŽ par vne paix generale en notre dit Royaume, par les Etats d'iceluy, qui seront pareillement par nous convoquez & assemblez dans ledict temps de six mois..

Serment des Princes dv Sang et avtres Dvcs, Pairs, et Officiers de la Couronne de France ˆ sa MajestŽ. Nous etc. qui estoient fideles serviteurs & subjets du feu Roy Henry troisieme de ce nom, que Dieu absolve, lors de son decez : Recognoissons pour notre Roy & Prince naturel, selon les loix fondamentales de ce Royaume, Henry notre Roy de France & de Navarre: & luy promettons tout service & obeissance, sur les serments & promesses qu'ils nous a faites, cydessus escrittes..., attendant les decisions des Conciles & Estats generaux, ainsi qu'il est portŽ par laditte promesse de sa MajestŽ. Laquelle aura aussi aggreable [...] que de notre part soient deleguez quelques notables personnages vers notre saint Pere le Pape, pour luy representer particulierement les occasions qui nous ont meu de faire ceste promesse...

A quoi rŽpond le 5 aožt la dŽclaration de Mayenne, registrŽe et criŽe le 7, qui, sans discuter la prŽtendue royautŽ de Navarre (puisque "rgne" Charles X, notre roi), appelle les royaux catholiques ˆ le quitter et se ioindre, reunir & r'allier avec nous, soit pour porter les armes contre les hŽrŽtiques, ou se retirer en leurs maisons, maintenant que la mort du roi les a dŽliŽs de leur fidŽlitŽ. Il leur promet amnistie, oubli et bon traitement (Edict et dŽclaration de Mgr le D. de Mayenne, & le conseil general de la Sainte Union. Pour rŽunir tous les vrais chrestiens franois ˆ la deffense de lÕEglise Catholique Apostolique Romaine, & manutantion de lÕEstat royal).


[71] Advis de Monsieur de Villeroy ˆ Monsieur le duc de Mayenne, fin 1589, In: MŽmoires d'Etat, publiŽs posthumes, Paris, Pierre Chevalier, en 1622, Repr. Petitot, 1824, T.44, pp. 384sq.

En son temps, cet Advis a circulŽ largement en manuscrit. Mayenne rŽpond poliment et ne suit pas le conseil donnŽ. Cf. Nouaillac Joseph, 1909, Villeroy, secrŽtaire d'ƒtat et ministre de Charles IX, Henri III et Henri IV (1543-1610).

En cette fin 1589, Villeroy fait preuve de beaucoup d'astuce. Insistant sur l'urgence, il met Mayenne devant sa faiblesse, tant interne (Nostre union abonde en des-union) que militaire. Sans s'encombrer du Cardinal, roi prŽsumŽ de la Ligue, il envisage trois options dont il soutient la premire, la nŽgociation, ˆ laquelle il pose cependant des conditions et garanties prŽalables, aussi nŽcessaires du point de vue de la Ligue que problŽmatiques du c™tŽ Navarre, lequel veut tre reconnu avant de se convertir. Mais ceci posŽ, des accommodements sont toujours possibles comme on le verra plus tard.

Dans tous les cas, le roi d'Espagne (dont on surestime la force) est un appui dangereux (long dŽveloppement) et contre-productif car la crainte qu'on en a (sujŽtion, dŽmembrement) conduit les Franois ˆ rejoindre Navarre. Et qu'on ne se leurre pas de l'espoir d'Žpouser sa fille : la coustume d'Espagne est de faire de leurs filles deux gendres, c'est ˆ dire de donner esperance du mariage d'icelles ˆ plusieurs, pour s'en ayder, sans les leur delivrer (410). HŽritire potentielle de la Couronne d'Espagne, elle ne sera mariŽe que dans sa Maison.

Villeroy poursuivra ses efforts de nŽgociation et fera partie de la dŽlŽgation parisienne aux confŽrences de Suresnes de 1593.


[72] DorlŽans, 1590, Second Avertissement des Catholiques Anglois, aux Franois Catholiques & ˆ la Noblesse qui suit ˆ present le Roy de Navarre.

Ce Second avertissement (c. 300 p), souvent publiŽ avec une rŽŽed. du premier, s'adresse principalement ˆ la noblesse catholique qui suit ou tolre Navarre. MalgrŽ d'innombrables rŽpŽtitions, le pamphlet est aussi vigoureux dans la forme que nul dans le fond (sauf in fine ˆ propos de la reprŽsentation).

L'A., cultivant le parallle avec les troubles provoquŽs par le roi de Navarre Charles le mauvais pendant la captivitŽ du roi Jean, les croisades et les Albigeois, incrimine les villes qui n'ont pas secouru Paris, les riches qui n'ont pas donnŽ d'argent, l'oubli de la Noblesse (ˆ laquelle l'A. s'adresse instamment), la mŽchancetŽ et le mŽpris de la justice, les pillages, les dissensions et traitrises dans Paris. Et vive Charles X ! Et honneur aux Guise martyrs de la foi ! La Sainte Union est le seul remde et ne vise pas ˆ instaurer un Etat populaire, au contraire des huguenots qui veulent nous faire suisses.

Henri III, l'Žcorcheur de Blois, tyran, sodomite et sorcier, offrait la couronne ˆ l'hŽrŽtique, Navarre, l'agent de Satan qui trompe la noblesse catholique, laquelle se trahit elle-mme. Navarre qui, en plus de tous ses vices et cruautŽs, est b‰tard de la paillardise de sa mre. Il vous prendra tout et vous dŽvorera pour nourrir ses hŽrŽtiques. Il anŽantira le Tiers qui l'a combattu constamment et, contre son espoir, a maintenu la sainte union aprs le massacre de Blois.

De toutes faons, Dieu punit toujours les hŽrŽtiques, ils perdent les batailles tandis que les catholiques sont rŽcompensŽs. L'Union est le salut. Le tyran n'a cessŽ de servir l'hŽrŽtique, Guise n'a cessŽ de le combattre. Dieu a donnŽ la victoire ˆ la Ligue. Quand seul Paris tenait encore et que les politiques allaient s'en emparer, le peuple, stimulŽ par la prŽsence de Guise, les a empchŽs. Aprs Blois, la Ligue rena”t de ses cendres. Ce n'est pas parce que le Cardinal est prtre et vieux qu'on peut le refuser comme roi. Au contraire. Et d'ailleurs, Navarre n'a aucun titre, le Cardinal est plus proche. Dieu vous maudit et vous punira si vous ne renoncez pas ! Ce sera lors, que vous recongnoitrez voz fautes, mais ce sera ˆ tard, car la plenitude de l'ire de Dieu sera venu‘, & voz miserables enfans payeront avec vsure les detestables abominations de leurs peres qui auront adorŽ Baal & fait la foy & hommage au Roy de Navarre, qui est le Dieu & le Seigneur des heretiques, & l'Žgout ou se rendent toutes les immundices de la France. FIN p.142Vo.


[73] Est visŽ l'arrt du Parlement (liguard) de Paris du 22 dec. 1592 qui, ˆ l'occasion de sa condamnation de l'arrt de la Cour (royaliste) de Ch‰lons contre les bulles du LŽgat, reformulait des dernires, ˆ l'initiative de Marillac et non sans rŽsistances : il remplaait procurer l'assemblŽe des Estats du royaume pour estre en iceux fait election d'un roy par procedder ˆ la declaration et establissement d'un prince catholique et franois, suivant les loix du royaume.

Arrt auquel fait rŽfŽrence Le Maistre (Recit fait ˆ la cour par Monsieur le President Le Maistre, des remonstrances par luy faictes, de la part de ladicte Cour, au sieur duc de Mayenne, le 29e juin 1593, In: PV des Etats gŽnŽraux, p 742, sq) : ...Que, par arrest de la cour de ceans, toutes les chambres assemblŽes et prononcŽ le 22 decembre dernier [1592], prŽsent ledict sieur duc, et publiŽ ˆ son de trompe et cry public par les carrefours de cette ville afin que pareillement il servist de loy, la cour avait jugŽ, verbis disertis, que l'assemblŽe des Žtats generaux, publiŽe en cette ville, ne tendait point ˆ faire tomber l'estat royal et couronne de France ez mains des estrangers, ains affin de procedder ˆ la declaration et establissement d'un roy trs-chrestien, catholique et franois, selon les loix du royaume. Que l'establissement de l'infante estoit tant contre... et contre ledict arrest du 22 decembre.

Marillac, dans ses MŽmoires, se prŽsente comme l'initiateur de l'arrt Lema”tre. En un sens, il n'a pas tort d'insinuer qu'une telle dŽcision rendait inutile celle qui, le 28 juin suivant, devait proclamer l'inviolabilitŽ de la loi Salique, Žcrit Radouant, 1907, p.312, qui remarque cependant que la clause glissŽe ainsi en passant dans un arrt relatif ˆ autre chose, manquait de l'autoritŽ nŽcessaire.


[74] Je cite d'aprs l'Žd. Radouant : [Si nous n'adoptons pas aussit™t cet arrt] nous faisons tort ˆ monsieur du Mayne, ˆ sa fidŽlitŽ et ˆ sa prudence, si nous doutons quelle est [p.139] en cela sa volontŽ et ce qu'il aurait ˆ nous respondre, luy que nous avons ouy, et en general et en particulier, faire tant de grands et solemnels sermens qu'il ne souffrirait jamais que lon fist prejudice aux droicts de la couronne et ˆ la loy de l'Estat... Vous a-il pas assez fait sentir ses intentions, quand, avant que permettre l'ouverture des Estats, il a voulu que lon entrast en traictŽ avec ceux du party contraire? quand au commencement de l'assemblŽe il a voulu que les cours souveraines, les grands du Royaume y eussent voix ˆ part, afin de rompre le coup aux pratiques que les Espagnols avaient fait avec les deputez des Provinces ?... Que pensez-vous donc que doit desirer monsieur du Mayne en son ame ?...Ouy, mais vous voudriez ouyr sa voix, c'est ˆ dire, Messieurs, que vous le voudriez ruiner... p.140 ...que n'entreprendraient-ils maintenant contre luy, si publiquement et ˆ haute voix vous luy faisiez declarer ce qu'il pense de ce fait ? Ceux qui sont en telles charges sont contraints, pour la necessitŽ des affaires, de dire et promettre beaucoup de choses contre leur coeur et leur intention, desquelles ils ne veulent rien moins que l'effect... Il y a beaucoup de choses que les Princes desirent estre faictes, lesquelles ils ne peuvent toutefois honnestement commander. Ce qui se presente, Messieurs, est de cette nature: il est juste, utile, necessaire, seant en nos bouches, peut-estre ne serait-il pas seur [sžr] en la sienne... p.141


[75] Davila, 1630, Hist. des guerres civiles, Žd. 1647, II/13, p.1054, dŽcrit la presque trahison des Bourbon catholiques : Durant ces choses, le Roy qui savoit ponctuellement ce qui se passoit, faisoit tout ce qu'il pouvoit par le moyen de la Conference [Suresnes] pour detourner les resolutions des Etats. Mais ses Deputez ne pouvoient pas beaucoup avancer, a cause qu'on leur mettoit toujours en avant la Religion ; iusques-la mesme, que les Catholiques de son Party etoient fort mal satisfaits de ce qu'il differoit tous les iours sa Conversion, que lon desiroit si fort, & qu'il avoit tant de fois promise. Ce qui etoit cause aussi, que les Princes du Sang le menassoient ouvertement d'y donner ordre, & de prendre tout de bon vne resolution la dessus, puis qu'ils voyoient qu'on pressoit si fort l'election d'vn Roy d'vne autre race que la leur. A quoy ils se portoient d'autant plus, qu'il n'y en avoit pas vn seul parmy eux qui ne se persuadast, qu'en se iettant dans le Party de la Ligue, il pourroit pretendre au mariage de l'Infante d'Espagne, & s'etablir puissamment par la protection des forces du Roy Catholique. A raison dequoy, non seulement le Cardinal de Bourbon en etoit emeu plus que de coutume, mais encore le Comte de Soissons, pour les nouveaux mecontentemens qu'il avoit de se voir exclus du Mariage de la Princesse Catherine [sÏur de Navarre]. Le Prince de Conty mesme n'y aspiroit pas moins que les autres, & croyoit advantageux pour luy ce qu'on disoit de son impuissance, se persuadant que les Espagnols en seroient bien aises, afin que l'Infante n'ayant point d'enfans, il y eut quelque esperance d'vnir endemble les deux Couronnes. A quoy pretendoit aussi comme eux le Duc de Montpensier, Prince d'vn grand cÏur, d'vne prompte vivacitŽ d'esprit, beau de sa personne, & de bonnne mine; de maniere que l'election de l'Infante n'etoit pas peut-estre moins bien receu‘ dans le Party du Roy, que dans celuy de la Ligue.


[76] Boucher Jean, 1594, Sermons de la simulŽe conversion, et nullitŽ de la prŽtendue absolution de Henry de Bourbon, prince de BŽarn, ˆ S. Denys, prononcez en l'Eglise S.Merry ˆ Paris [aout 1593] par Me Jean Boucher, Paris, Chaudire, Nivelle & Thierry (environ 800 pages).

Boucher dŽjˆ exilŽ, l'ouvrage est bržlŽ ˆ Paris en place publique le 2 avril 1594, avec les livres d'OrlŽans et quelques autres.

Sur Boucher, voir : Laubner JŽr™me, Paschoud Adrien, 2020, "De la chaire ˆ lÕexil : pratiques de la polŽmique dans les Sermons (1594) du prŽdicateur ligueur Jean Boucher", ƒtudes ƒpistŽm, N¡38.

Ces sermons, rŽŽcrits pour l'impression, ne sont pas qu'imprŽcations. Labitte (1841, p.204) les caractŽrise justement par un cliquetis perpŽtuel de l'Žrudit et du rhŽteur.

Voici les titres de ses sermons, avant un Žchantillon de leur manire :

Serm.1. Du mal de l'hipocrisie & simulation, specialement en matiere de Religion. [Sathan est hypocrite, id les hŽrŽtiques, id les calvinistes, id leur roi: ¤15. Qui fait que d'autant moins nous devons nous Žtonner de ce qui aujourd'hui se remue avec tant de bruit, de la feinte conversion & prŽtendue absolution de celui que Dieu a fait naitre pour tre le flŽau de l'Eglise... 30b]

Serm.2. Du premier moyen de la faulsetŽ de la conversion pretendue, qui est par la consideration des agens d'icelle.

Serm.3. Second moyen de coniectures de conversion faulse, tirŽes de la personne du pretendu converty.

Serm.4. De la nullitŽ de l'absolution & inthronisation pretendue de Henry de Bourbon. Et premierement, qu'il est de droict & de fait excommuniŽ, & privŽ de tout droict de la Couronne. ¤14 Que par loi d'Etat & royaume chrŽtien, le roi est tenu d'tre catholique en France, non moins que d'tre m‰le par la loi salique ¤15 Que la loi de chŽtientŽ est dŽclarative & modificative de la loi salique

Serm.5. Que Henry de Bourbon n'a peu estre absous ad cautelam, ny simplement absous, pour l'indisposition du subiet.

Serm.6. Que l'absolution est nulle, pour l'impuissance des ministres. Et premierement pour la reseruation du cas, tant de fait que de droict, & suspension de leurs personnes.

Serm.7. Du quatriesme moyen d'impuissance, pour l'entreprise faite par l'Archevesque de Bourges, par dessus l'ordinaire.

Serm.8. De la nullitŽ d'absolution, pour le vice & deffectuositŽ de la forme.

Serm.9. De la resolution finale, pour l'election d'un Roy Tres-Chrestien, & moyens d'exclusion du pretendu Catholique.

 

...Car si bien Dieu authorise les Roys (ce que nous disons & prechons), si ne laissent-ils d'etre constituez par les peuples p.160b... Et quant ˆ ce que S. Paul dit, que toute puissance est de Dieu & ce qui est de Dieu est bien ordonnŽ, devoit s'adviser que cela s'entend de la puissance legitime, ˆ laquelle il n'est loisible de resister. Mais non de la tyrannie, telle qu'est l'intrusion d'un excommuniŽ... Et de dire qu'il n'y fault resister, il ne faudroit par meme moyen resister au Diable. Ce qui est contre l'ecriture... p.164Ro

...on allegue icy deux choses. L'une, que la loy de succession a liŽ la main aux Etats, & ne pouvoient aller ˆ l'encontre. L'autre, qu'il n'y a point de loy d'Etat en France, qui oblige le Roy d'estre Catholique, comme d'etre masle par la loy Salique. Et pour l'egard de la premiere, c'est merveille qu'une chose tant rebatu‘ & pourmenŽe ose encore paroitre de nos jours... Que la loy de succession dit que le mort saisit le vif, le plus proche & habile ˆ succeder. Que l'on sait, que de ces deux parties necessaires, qui sont la proximitŽ & habilitŽ, la derniere est la principale, & qui dŽroge ˆ la premiere... Que quand bien l'habilitŽ n'auroit point ŽtŽ exprimŽe, l'intention de la loy, n'a peu estre autre... Que quand meme l'intention de la loy, seroit en faveur de la proximitŽ seule, ce que non, elle ne pourroit lier les Etats, qui pour leur souverainetŽ, ne peuvent estre astreins ˆ autre loy qu'a la loy naturelle, generale, & souveraine, qui est LE SALVT DV PEVPLE. Et par consequent de la ChretientŽ. p.183

... si l'on demande quelle est cette loy d'Etat en France par laquelle le Roy est tenu d'etre Catholique, la reponse ne sera autre, sinon Que cette loy est la meme ChretientŽ. Qui a ŽtŽ des lors qu'une fois le Royaume s'est submis ˆ la foy de Iesus Christ & a iurŽ l'obeissance de l'Eglise Catholique. 184Ro... il s'ensuit que par le meme Lien dont le Royaume s'est obligŽ ˆ Iesus-Christ, par le meme il est tenu, de ne recognoitre autre Roy que Catholique. p.187Vo

Et que dira-on icy de la loy Salique, pour opposer ˆ cette loy, ou estre plus que cette loy? Ou lequel penserions nous devoir etre preferŽ, d'etre masle ou Catholique? Car bien sommes nous d'accord, que la loy Salique ait lieu. Mais subordinement pourtant ˆ la loy de ChretientŽ, & sans preiudice d'icelle. Et que Iesus Christ surtout, en soit le modificateur, l'interprete & declarateur p.188Ro... Qui ne sait meme que, quand bien les deux loix seroient incompatibles, ou de droict ou de faict, (ce que grace ˆ Dieu elles ne sont, l'une declarant & reglant l'autre) la loy Salique devroit perir, pour nous conserver la Chretienne ? Que le moindre bien cede au plus grand, l'eau au vin, & le vin ˆ la santŽ, l'argent ˆ l'or, l'or a la pierre pretieuse, & tous deux ˆ la vie ?... Non que pourtant la loy Salique, soit otŽe ny perdu‘, que nous advouons etre vtile & honorable au Royaume, & digne d'etre bien conservŽe. Et ne s'ensuit, que pour estimer l'or d'avantage, l'argent soit iettŽ au loin p.188Vo... La loy veut que le Roy soit male, & nous le voulons aussi. Mais [...] qu'il soit parfaict Catholique, qui ne soit excommuniŽ de l'Eglise Catholique, qui ne soit relaps heretique, qui ne supporte l'heretique, qui extermine l'heritique p.189Ro... Et si ces Messieurs veulent dire que, ravaller la loy Salique par dessoubs celle de ChretientŽ, seroit la perdre & la detruire, combien plus nous devrions nous plaindre, & dire que la mettant au dessus, ils detruisent la loy Chretienne?... p.189


[77] Boucher, alors aux Pays-Bas espagnols, dans son Apologie pour Jehan Chastel, parisien, exŽcutŽ ˆ mort, et pour les pres et escholliers, de la SociŽtŽ de JŽsus, bannis du Royaume de France, 1595, slna,  refuse au pape la capacitŽ d'absoudre Navarre et de lui reconna”tre le droit de succession au tr™ne de France dont il avait ŽtŽ privŽ par la bulle de 1585 : selon lui, cette rŽhabilitation est contraire aux canons de lÕƒglise et excde le pouvoir des clefs.

Schmitz, 2015 : Ë en juger par les efforts dŽployŽs pour les convaincre, les consciences tourmentŽes et les esprits indŽcis devaient tre nombreux durant ces annŽes cruciales. Sans se ranger ˆ toutes les thses romaines [...], les Franais nÕŽtaient pas disposŽs ˆ franchir le pas qui sŽparait un conflit avec la papautŽ du schisme, dont ils ne savaient que trop o il avait conduit lÕAllemagne et lÕAngleterre... Aprs la brve parenthse du pontificat de GrŽgoire XIV, ClŽment VIII parvint ˆ sÕŽmanciper des canons pour imposer la rŽconciliation dÕHenri IV. Ce changement de politique rŽussit parce quÕau mme moment des gallicans modŽrŽs comprenaient quÕil Žtait temps dÕen venir ˆ une concorde. Dans deux traitŽs de 1594, Antoine Hotman et Pierre Pithou abandonnrent la polŽmique et manifestrent la volontŽ de renouer le dialogue avec Rome : bien compris, les libertŽs de lÕƒglise gallicane et le pouvoir suprme du pape nÕŽtaient pas incompatibles.


[78] Henri IV avait besoin d'tre catholique reconnu pour que Rome annule son mariage avec Marguerite qui marchanda son accord contre la promesse de substancielles contreparties (qui tardrent ˆ venir). Outre les "difficultŽs conjugales" bien connues, le roi devait, aprs que la mort de Gabrielle l'ežt empchŽ de se mŽsallier, se marier noblement pour engendrer un successeur lŽgitime. MŽdicis, outre son Žnorme dot, est petite-fille de l'empereur romain germanique Ferdinand Ier. Mais il fallait d'abord se libŽrer de Marguerite.

La stŽrilitŽ, l'inconduite, la sŽparation, n'Žtant pas des motifs canoniques, on excipa de l'absence de dispense de consanguinitŽ et du consentement forcŽ de Marguerite en 1572 que sa mre et son frre roi auraient obligŽe ˆ Žpouser quelqu'un dont elle ne partageait pas la religion. Des tŽmoins l'attestrent. Aprs avoir suivi la procŽdure habituelle, la Cour de Rome pronona l'annulation et autorisa les ex-Žpoux ˆ se remarier (Cf. Feret Pierre Yves, 1876, "NullitŽ du mariage de Henri IV avec Marguerite de Valois", RQH, T.20, pp. 77-114).

Henri IV ne fonde dŽfinivement sa dynastie Bourbon que absout (1595), dŽmariŽ (1599) remariŽ (1600) et pre d'un fils lŽgitime et royal (1601).

A partir de 1605, la "reine Marguerite", enfin autorisŽe ˆ revenir ˆ Paris, occupe une place centrale et fait le pont entre l'ancienne et la nouvelle lignŽe royale, ce que traduit et symbolise le choix qu'elle fait du dauphin comme hŽritier universel.


[79] Chantereau-Lefebvre, 1647 :... Seissel Archeveque de Turin, lequel s'est persuadŽ le premier, que le 6. ¤. du 62. Tiltre de la Loy Salique o il est parlŽ de la succession en la Terre Salique, attribuoit la Couronne aux m‰les, & en excluoit les femelles. Les Franois se sont tellement plus ˆ cette nouveautŽ, que sans davantage approfondir le vray ou le faux, le bien ou le mal qui en pouvoit reüssir ; d'vne commune voix ils ont appellŽ Loy Salique, la succession masculine de la Couronne : ayans ainsi tacitement abrogŽ le nom d'ancienne Coustume des Francs, qui seule a etably la masculinitŽ, & non la Loy Salique... ie maintiens que iusques ˆ Seissel, la Loy Salique n'a point ŽtŽ alleguŽe en toutes les occasions qui se sont presentŽes de decider du droit de la Couronne de France ; mais seulement l'ancienne Coustume du Royaume. La derniere contestation est celle dont ie viens de parler, lors que la Couronne fut adjugŽe ˆ Philippe de Valois: j'ay cinq ou six Autheurs contemporains, ou presque contemporains, lesquels disent tous que cette question fut terminŽe par l'ancienne Coustume du Royaume, sans que pas vn ait alleguŽ la Loy Salique... Paul Emile, Gaguin, & Seissel nous ont fait parler autrement que l'AntiquitŽ : Ils font juger ce different par la Loy Salique, huict-vingts ans apres avoir ŽtŽ terminŽ par l'ancienne Coutume du Royaume... Depuis ce temps-lˆ nos Franois ont eu la Loy Salique en la bouche aussi frequemment que la salive... Nos Ecrivains n'ont pas toutesfois entendu par le terme de Loy Salique, le Code de cette Loy... mais seulement la succession masculine de la Couronne : & ainsi ˆ present il signifie la mesme chose que faisoit devant ces trois derniers Autheurs [Paul Emile, Gaguin, & Seissel], l'ancienne Coustume des Francs ou du Royaume... pp.21-23.


Dupuy (1655, Traitez touchant les droits du roy trs chrestien, Rouen, "Des diffferens entre les rois de France et d'Angleterre", Žd. 1670) dit de mme : ...Ce mot de Loi Salique est perpetuellement en la bouche des Franois lors qu'il est question de la succession du royaume... Avant ce temps [Valois] l'on n'avait point ou• parler de cette Loi salique mais bien de l'effet d'icelle. Depuis tous les historiens & jurisconsultes ont appliquŽ ˆ cette usage le texte qui est au code de la loi salique dont voicy les mots de terra salica...... en suite de cette application ils se sont imaginŽs mille absurditŽs... qu'ils ont cru que cet article rŽglait la succession hŽrŽditaire du royaume de France ce qui n'est pas car l'on voit que toutes les loix de ce Code ne parlent point & ne se peuvent entendre de la succession du royaume... Les lois de la succession des rois dŽpendent plus de l'ancienne observance que non pas de l'Žtablissement par Žcrit p.135-6... Ils [Anglais et Espagnols] ont raison de dire que l'on ne trouve ni commencement ni Žcriture de cette loi salique car la loi de nature est nŽe avec les hommes et est un droit non Žcrit... Partant, ce que l'on appelle communŽment en France la loi salique [...] n'est autre que la loi de Nature gardŽe en la Maison de France p.139.


[80] Grotius, 1625, TraitŽ de la Paix & de la Guerre, trad. Barbeyrac, Žd. B‰le, 1746, T.1, LIVRE SECOND  O, en traitant des causes de la guerre, on explique la nature & l'Žtendu‘ des Droits, tant publics que particuliers, dont la violation autorise ˆ prendre les armes. Chapitre VII. De l'acquisition derivŽe, qui se fait en vertu de quelque loi : o l'on traite des successions abintestat, p 396 sq:

XXII.1. Il y a une autre maniŽre de succŽder ˆ la Couronne, fort en usage, & qui n'est point hŽrŽditaire, mais linŽale, comme on parle. Voici en quoi elle consiste. On n'y observe pas ce que l'on appelle ordinairement droit de ReprŽsentation * , mais le droit de transmettre la Succession ˆ venir, comme si elle Žtoit actuellement Žchu‘, une simple espŽrance, qui par elle-mme & naturellement n'a aucun effet, donnant ici un vrai droit, en vertu de la Loi, qui rŽgle la Succession. Ce droit se transmet donc nŽcessairement aux Descendans du premier Roi, en sorte qu'on appelle d'abord ˆ la Succession les Enfans du dernier Possesseur de la Couronne, tant morts, que vivans; & qu'entre les Vivans & les Morts, on a Žgard, premiŽrement au Sexe, & ensuite ˆ l'Age. Que si le droit des Morts prŽvaut, il passe ˆ leurs Descendans, avec la mme condition de donner toujours entre ceux qui sont au mme degrŽ la prŽfŽrence aux Garons, & puis ˆ l'A”nŽ, & de faire passer le droit des Morts aux Vivans, & des Vivans aux Morts. Si le dernier Possesseur de la Couronne meurt sans Enfans, on vient aux plus proches Parens, ou ˆ ceux qui le seroient, s'ils Žtoient en vie. Ceux-ci transmettent leur droit de la mme maniŽre, c'est-ˆ-dire, qu'on a toujours Žgard entre Žgaux dans la mme ligne, ˆ la diffŽrence du Sexe & de l'Age, & qu'ˆ cause du Sexe & de l'Age on ne passe jamais d'une ligne ˆ l'autre. D'o il s'ensuit, que la Fille d'un Fils est prŽfŽrŽe au Fils d'une Fille, & la Fille d'un FrŽre au Fils d'une SÏur, comme aussi le Fils d'un FrŽre A”nŽ au FrŽre Cadet; & ainsi du reste... La Succession linŽale, de la maniŽre que nous l'avons dŽcrite, s'appelle aussi Cognatique, parce que les Femmes, & leur lignŽe n'en sont point exclu‘s: elles vont seulement aprs les M‰les, dans la mme ligne; en sorte nŽanmoins qu'on revient ˆ elles, si les M‰les plus proches ou d'ailleurs Žgaux viennent ˆ manquer, avec tous leurs Descendans.

* Note 2 pour le droit de reprŽsentation : Car le droit de ReprŽsentation, proprement ainsi nommŽ, a seulement la vertu de faire regarder le Petit-Fils, par exemple, comme Žtant au mme degrŽ que l'Oncle, en sorte qu'alors c'est l'‰ge qui donne la prŽfŽrence. Au lieu que, dans la Succession LinŽale dont il s'agit, le DŽfunt est censŽ avoir dŽja exclu son Frere par droit d'a”nesse, & par lˆ avoir transmis la Couronne ˆ ses Descendans. Voyez ci - dessous, ¤. 30.

¤. XXIII. 1. IL Y A une autre sorte de Succession linŽale, nommŽe Agnatique, selon laquelle il n'y a que les M‰les & nez de M‰les, qui succŽdent. On l'appelle aussi Succession ˆ la Franoise, parce qu'elle est en usage dans le Roiaume de France, un des plus considŽrables. L'exclusion des Femmes & de tous ceux qui sortent d'elles, qui est ce qui distingue cette sorte de Succession, a ŽtŽ Žtablie principalement pour empcher que la Couronne ne parvienne ˆ une Race Etrangre, par les Mariages des Princesses du Sang Roial.

Dans l'une & l'autre sorte de Succession linŽale, on admet ˆ l'infini les Parens mme les plus Žloignez du dernier Roi, pourvu qu'ils descendent du premier. Il y a aussi des Pa•s, o, quoique la Succession soit ordinairement Agnatique, cependant si les M‰les & nez de M‰les viennent ˆ manquer, on suit alors la Succession Cognatique, & on prend les Femmes qui restent, ou les M‰les sortis d'elles.

XXVIII.2. ... dans cette sorte de Succession, pour avoir droit de succŽder, il suffit qu'on en ait eu l'espŽrance : & ce droit ne se perd point par un effet de quelque chose arrivŽe depuis...